L’étudiant doit traverser deux terrains résidentiels avec de la neige jusqu’aux cuisses pour se rendre à l’arrêt d’autobus qui le mènera à l’université après ses heures de travail dans une entreprise de la rue des Actionnaires.

Saint-Paul interdit aux piétons

CHRONIQUE / J’ai utilisé à quelques reprises le boulevard Saint-Paul à Chicoutimi, ces derniers temps, et cette artère est vraiment mal foutue pour les travailleurs de ce secteur industriel qui voudraient se déplacer à pied sur l’heure du midi pour manger au restaurant ou pour utiliser les transports en commun.

Il est carrément impossible pour un piéton de penser marcher, ne serait-ce que quelques pieds sur cette artère. Des travailleurs tentaient de traverser récemment pour se rendre au Resto Roberto et ils marchaient en plein milieu du boulevard à travers les automobiles qui circulaient dans les deux sens, une vraie folie.

Pourtant, on compte des restaurants comme McDonald’s, Subway, Tim Hortons, Chez Annie et autres qui peuvent être invitants pour prendre un café ou un repas pour les travailleurs du parc industriel qui en compte quand même pas moins de 3600.

Mesures à venir

Je veux bien croire que c’est une artère commerciale et industrielle, mais il y a quand même des piétons qui se déplacent et ils doivent se débrouiller à travers les stationnements des différents commerces pour marcher de l’un à l’autre ; c’est dangereux.

Le conseiller municipal du secteur, Simon-Olivier Côté, se dit au parfum de la situation sur Saint-Paul, mais aussi à plusieurs endroits de la ville. « Pour le moment, nous allons améliorer l’accès à ce qui existe déjà. Avant, la piste cyclable du boulevard Barrette n’était pas déneigée ; maintenant nous l’entretenons pour faciliter la circulation aux piétons. »

Il n’y a pas de trottoir sur le boulevard Saint-Paul, c’est donc impossible de circuler. « La circulation piétonnière fait partie de nos préoccupations. Je ne sais pas si ça va se traduire un jour par un trottoir sur le boulevard Saint-Paul, par l’ajout de feux pour piétons ou de passerelles pour faciliter l’accès, mais nous allons analyser les différentes options pour rendre la ville plus sécuritaire pour les piétons », fait valoir le conseiller qui veut laisser le temps aux nouveaux élus de s’installer à l’hôtel de ville.

Avec les années, le boulevard Saint-Paul a été le théâtre de nombreux travaux de réfection qui ont facilité la circulation automobile, entre autres grâce à des voies de refuge pour les virages à gauche, alors que des dizaines de milliers d’automobilistes circulent sur cette rue principale quotidiennement. Pour les piétons cependant, c’est l’absence totale d’aménagement. La directrice générale de l’Association des commerçants du parc industriel du Haut-Saguenay, Nathalie Simard, est au courant des dangers pour les utilisateurs du boulevard Saint-Paul. « C’est un sport extrême pour les automobilistes et c’est impraticable pour les piétons. Nous avons réussi à faire installer un abribus pour les utilisateurs du transport en commun et on communique avec la ville quand les bancs de neige deviennent trop hauts et qu’ils nuisent à la vision quand on sort des entrées des commerces. »

Dans la neige jusqu’aux cuisses

Je fais part de ces réflexions autour de la table familiale, un de ces soirs, et notre jeune de 20 ans à la maison me lance comme ça : « T’as juste à me suivre le midi quand je prends l’autobus. Il faut que je traverse le terrain de deux résidences avec de la neige jusqu’aux cuisses pour me rendre à l’arrêt d’autobus. »

J’ai accepté son invitation, par curiosité. Il est étudiant à l’UQAC en informatique et il a déniché un travail à temps partiel dans une entreprise industrielle de la rue des Actionaires qui est accessible par le boulevard Saint-Paul.

Il doit faire une marche de dix minutes pour se rendre sur le boulevard Barrette après son travail pour prendre l’autobus, le numéro 2, qui le conduit directement à l’université sans passer par le terminus. Ça lui fait sauver 30 minutes. Il n’a pas peur de marcher, il a étudié deux ans à la l’École polytechnique à Montréal et ses déplacements se faisaient à pied, sans compter qu’il a marché sur le chemin de Compostelle quand il étudiait au secondaire.

La marche ne lui fait pas peur, mais il faut que je lui donne raison. Il doit marcher dans les stationnements des entreprises en sautant des bancs de neige, qu’il enfourche sans difficulté, selon ses dires. Mais là, j’ai compris pourquoi il enfile des pantalons de neige pour prendre l’autobus ; c’est pour ne pas remplir ses bottes de neige avant d’aller à l’université.

Heureusement, me dit-il, que la piste cyclable sur le boulevard Barrette est maintenant dégagée, car il peut se rendre à l’arrêt d’autobus sans utiliser des raquettes. Si j’entends bien le conseiller du secteur, Simon-Olivier Côté, ça va faire du bien une administration municipale qui compte se préoccuper des piétons.