Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Voici une photo du Festival des Bières du Monde pour se rappeler une époque où les rassemblements étaient permis. On aperçoit, à l’avant, Robert Hakim et Vladimir Antonoff .
Voici une photo du Festival des Bières du Monde pour se rappeler une époque où les rassemblements étaient permis. On aperçoit, à l’avant, Robert Hakim et Vladimir Antonoff .

Robert Hakim se porte bien

CHRONIQUE / Robert Hakim, le producteur d’événements, c’est un ami personnel. On se retrouve souvent à la même table, entre amis, pour partager un repas, de bonnes bouteilles de vin, pour refaire le monde, imaginer d’autres événements, rêver, se raconter des histoires, se rappeler des souvenirs et faire naître des projets.

Récemment, sur sa page Facebook, il a remercié les gens pour leurs bons souhaits d’anniversaire. « C’est bien la première fois que je dois vivre mon anniversaire à l’hôpital. Et non, ce n’est pas la COVID. Soigné à Québec par des gens extraordinaires... »

Évidemment, ce commentaire a piqué la curiosité de plusieurs personnes. « Qu’est-ce qu’il a Robert ? As-tu su pour Robert Hakim ? Ç’a l’air que Robert Hakim… »

Oui, je sais, mais ça ne lui tente pas de répandre la nouvelle. Il sait que les gens ont bien d’autres préoccupations que son état de santé par les temps qui courent.

Il y a un an, Robert est entré d’urgence à l’hôpital pour se faire enlever de l’eau sur les poumons. S’ensuit la batterie de tests, le PET scan, la pleuroscopie, une biopsie, toute la patente.

Robert nous dit qu’il passe des tests, que les médecins ne savent pas ce que c’est. Il reste discret, ne veut pas trop en parler. Chacun a droit à son intimité.

En février, chez lui, autour d’une bonne table, on jase et il prononce le mot « mésothéliome », mais ça ne lui tente pas d’en parler. On mange, on boit du vin et il a fait le disc jockey toute la soirée, en commentant chacune des tounes qu’il fait jouer et en nous rappelant la fois qu’il a vu ce groupe en spectacle.

Recherches sur Internet

De retour à la maison, j’allume mon ordinateur et je tape sur Google « mésothéliome ». Je ne savais pas ce que c’était. « Forme rare et virulente de cancer des surfaces mésothéliales qui affecte le revêtement des poumons (la plèvre). [...] Un cas sur un million. [...] Les patients ont une durée médiane de survie de six à 12 mois après le diagnostic. »

On capote, on se parle entre amis. C’est quoi, cette patente-là !

Son dossier médical est transféré à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Il nous raconte qu’il rencontre des médecins, qu’il passe des tests, qu’il a pris des rendez-vous ici, à l’hôpital de Chicoutimi, en oncologie, à la fin du mois de mai, pour subir six traitements de chimiothérapie.

On se parle toutes les semaines. On fait des 5 à 7 virtuels avec les amis. Il va bien, qu’il dit, et n’a pas trop d’effets secondaires de ses traitements. Son oncologue lui a même fait la remarque : « Bonne nouvelle ! Je vois, M. Hakim, que vous n’avez pas perdu l’appétit ! »


« Je reste positif. Garder un bon moral est une attitude essentielle pour traverser cette opération. »
Robert Hakim

L’été passe

L’été passe. On se voit à quelques occasions sur des terrasses extérieures. Oui, on garde nos distances ; nous sommes en pandémie. Il termine ses traitements de chimiothérapie en septembre. Au début du mois d’octobre, il reçoit un appel de l’Institut : un docteur veut l’opérer.

Je me rappelle de ce soir-là. Nous étions réunis autour de l’îlot de cuisine et Robert raconte. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Robert est un homme coloré qui a du bagou.

« Le docteur s’appelle Loic Lang (Lang-Lazdunski). C’est un nouveau. Ça fait seulement quelques mois qu’il est à Québec. C’est une sommité mondiale : il fait partie des cinq meilleurs au monde. C’est le Paul McCartney des poumons ! Il me dit que je devrais être mort ; ça commence bien », de raconter le miraculé.

« Comme je ne suis pas mort, le Dr Lang dit qu’il va m’enlever l’enveloppe du poumon, qu’il a déjà fait cette opération plus d’une centaine de fois (pleurectomie agressive et une chirurgie de décortication), que ses patients reviennent le voir une fois par année pour des tests sanguins et que la plupart se portent bien. Il y a des patients que ça fait trois ans, d’autres cinq et d’autres plus de dix ans qu’ils ont été opérés », nous dit-il, avec plein d’optimisme dans les yeux.

« Non, mais il faut être drôlement chanceux pour tomber entre les mains d’un des cinq meilleurs spécialistes au monde, ici, au Québec », ajoute-t-il.

Vivre normalement

De retour à la maison, je tape Dr Loic Lang sur Google et je découvre en effet un des grands spécialistes au monde.

« Le Dr Loic Lang-Lazdunski s’est joint à l’Institut de cardiologie et de pneumonologie de Québec de l’Université Laval en 2020, après près de deux décennies au Royaume-Uni, où il a bâti sa réputation comme l’une des plus grandes autorités européennes en chirurgie du mésothéliome », peut-on lire sur le site de l’hôpital.

Dans un des articles scientifiques qu’il a écrits, le Dr Lang soutient que « les patients devraient savoir que le mésothéliome pleural est en train de devenir une maladie chronique et non une maladie rapidement mortelle. Les patients peuvent vivre avec un mésothéliome, tout comme ils vivent avec le diabète ou une maladie cardiaque. Beaucoup de mes patients vivent une vie tout à fait normale, bien au-delà de cinq ans après la chirurgie du mésothéliome ».

Robert Hakim était donc à l’hôpital pour une hospitalisation de 15 jours quand il a publié ses remerciements sur Facebook pour les voeux d’anniversaire.

Cette semaine, par FaceTime, il m’a dit qu’il allait bien. « Je reste positif. Garder un bon moral est une attitude essentielle pour traverser cette opération. Dans la maison, ici, avec Chantal (sa conjointe), nous n’avons jamais parlé de cancer et nous avons toujours été positifs », dit-il.

Dans son cas, la pandémie lui aura permis de vivre une convalescence moins agitée, alors que tous ses événements, sauf Brasse ta région, une version réduite du Festival des Bières du Monde, ont été annulés.

Pour l’instant, comme bien des promoteurs d’événements partout au Québec, il attend pour voir comment va se résorber la pandémie pour relancer ses activités. Il a encore plein de projets en tête.