L’abbé Luc Bergeron a procédé à la bénédiction des cloches suspendues au monument dans le parc Jean-de-Brébeuf, un des martyrs canadiens.

Retour des cloches à Roberval

CHRONIQUE / Roberval a inauguré un superbe monument mercredi matin en faisant résonner les cloches retrouvées de l’Église Saint-Jean-de-Brébeuf. Cette église située en face de la Place de la Traversée a été désacralisée en 2008 et les cloches ont été vendues en 2010 à l’entreprise Léo Goudreau et fils de Laurierville à Québec, une firme spécialisée dans la réparation et la revente de cloches. «La paroisse avait besoin d’argent», a confié un membre du comité des cloches.

C’est une résidante de Roberval, Lise Dufour, qui vit maintenant à Québec, qui a sonné l’alarme en 2010, indignée d’apprendre que la fabrique avait vendu ses cloches qui font partie de l’histoire de Roberval. Les trois cloches ont été achetées par un marguillier de l’époque, Érice-Raoul Truchon, en 1934 au coût de 2615 $.

Des cloches de France

Ces cloches ont été fabriquées à la fonderie de cloches Paccard en France et livrées à Roberval pour leur installation en 1935. Elles portent des noms et ont chacune des particularités. La plus grosse (2070 livres) se nomme Érice-Raoul-Wilhelmine, le nom du donateur et celui de son épouse. La seconde (1450 livres) s’appelle Marguerite-Germaine-Gertrude, les noms des trois filles du couple. Finalement, la troisième (1000 livres) se nomme Charles-Georges-Édilbert, les prénoms de l’évêque, du curé et du vicaire de l’époque.

«À une époque où Amazon et Internet n’existaient pas, des paroissiens ont réussi à commander des cloches en Europe et à faire livrer leur colis de près de 5000 livres à Roberval», a lancé le juge de la Cour d’appel du Québec, François Doyon, fils de Gertrude et petit-fils de Érice-Raoul Truchon, qui était présent pour l’inauguration du monument des cloches à Roberval.

Le juge Doyon a prononcé un témoignage touchant, empreint de nostalgie en rendant hommage à son grand-père.

«Mon grand-père a fait inscrire les prénoms de sa femme et de ses enfants. Au plan historique, on pourrait y voir peut-être une sensibilité pour l’égalité des sexes et les premières traces du féminisme», a-t-il dit. Il a également souligné l’attachement profond des gens pour leur paroisse, «à une époque où les gens donnaient pour le bonheur de donner sans demander un reçu pour des déductions d’impôt. Ma mère aurait été fière de votre geste de récupération des cloches dans cette ville qu’elle a adorée», a-t-il souligné.

L’ancien ministre conservateur au fédéral, Benoît Bouchard, l’ancien ministre libéral au provincial, Gaston Blackburn, et le maire de Roberval, Sabin Côté, ont assisté à l’inauguration des cloches de Roberval, un site qui s’inscrit dans le circuit des bronzes.

C’est Gertrude qui sonne

Le juge Doyon est ravi d’avoir découvert une vérité historique au sujet des cloches de son grand-père, mais son histoire était plus belle. «L’histoire que je connaissais était plus charmante que la vérité historique que j’ai découverte. Ma mère me racontait que les cloches portaient les noms des trois filles de mon grand-père et quand elles sonnaient, les gens de Roberval disaient: «tiens, c’est Gertrude qui sonne» ou «tiens, c’est Marguerite qui sonne». Ce n’est pas tout à fait exact, mais c’est l’histoire que je vais raconter à mes enfants jusqu’à ce qu’ils découvrent par eux-mêmes la vérité historique», a gentiment partagé le petit-fils des cloches.

Les trois cloches trônent maintenant en face de l’église où elles étaient accrochées, dans le parc Jean-de-Brébeuf. Elles ont résonné pour l’inauguration du monument et résonneront à nouveau lors de l’arrivée du premier nageur à l’issue de la Traversée samedi prochain.

Une légende veut que les cloches sonnent aussi chaque fois qu’un nageur originaire de Roberval réussit la Traversée du lac. L’auteure Chantale Potvin, qui assistait à la cérémonie, se rappelle que le nageur robervalois Philippe Chouinard-Rousseau avait terminé en dehors du temps réglementaire en 1994, et le curé avait ordonné qu’on sonne quand même les cloches pour souligner son exploit.

Pour qui sonne le glas?

Le son des cloches va continuer à retentir à Roberval. Le comité des cloches qui a réussi à mobiliser la population pour exposer au grand public ce bien patrimonial évaluera dans les mois à venir à quel moment elles les feront résonner.

J’ai grandi aux pieds des cloches de l’église Saint-Joachim à Chicoutimi, et je garde en mémoire profondément leurs carillons quand elles battaient à la volée. Mon rédacteur en chef, Denis Bouchard, a aussi grandi dans la paroisse Saint-Joachim et lors d’une récente visite à Lac-Bouchette, il a entendu les cloches de Saint-Joachim qui se retrouvent maintenant dans ce site de tourisme religieux. «Je me suis assis pour entendre leurs sons et tous les souvenirs de mon enfance me sont revenus alors que j’allais à la messe avec ma mère à l’appel des cloches. Les offices religieux, les curés Lavoie, Blackburn, Néron et le père Ladouceur, les messes de Noël et les cérémonies pascales; tout m’est revenu en tête», m’a-t-il partagé.

À une époque où les montres étaient un objet de luxe et qu’il n’y avait pas Internet, le son des cloches marquait le temps. À 6 h du matin, à midi et à 18 h, on sonnait l’Angélus pour rappeler aux gens de faire une prière pour l’annonciation à la Vierge Marie. Dans certaines paroisses, le clocher résonne encore toutes les heures.

À Saint-Joachim, on sonnait le glas à 10 h du matin. Deux coups indiquaient qu’une femme de la paroisse était décédée et trois coups pour un homme. Quand on entendait le glas, on écoutait ensuite les avis de décès à la radio pour savoir qui était décédé. C’était la façon de communiquer avant Internet.