La conseillère en urbanisme Julie Simard estime que l’aménagement du centre-ville de Chicoutimi doit faire place à des habitations pour les jeunes familles et faciliter la circulation piétonnière.

Redonner une âme au centre-ville

CHRONIQUE / Si vous étiez une famille avec de jeunes enfants, iriez-vous vous installer au centre-ville de Chicoutimi pour élever votre marmaille ? La réponse est non, évidemment. C’est le milieu de vie le moins invitant en ville ; c’est l’endroit où l’automobile est reine et la qualité des logements n’est pas toujours au mieux.

Avec ou sans amphithéâtre, le centre-ville de Chicoutimi doit redevenir un milieu de vie sécuritaire, accessible et où il fait bon vivre. « Le logement périclite, le nombre d’habitants est en régression et ceux qui habitent au centre-ville sont des locataires à 80 % », laisse savoir Julie Simard, de la firme Services conseils en gestion, marketing, développement socioéconomique et urbanisme de Chicoutimi.

Julie Simard a voulu faire écho à l’entrevue que j’ai réalisée avec l’architecte à la retraite Jacques Coutu concernant l’aménagement de la zone ferroviaire au pied de l’autogare.

Renverser la tendance

« Il faut inverser la tendance au centre-ville. L’automobile occupe trop de place et il manque de logements. Un centre-ville, c’est l’âme d’une ville et on ne peut pas seulement y trouver des commerces, des services et des stationnements. Au cours des dix dernières années, chaque fois qu’une résidence ou un bâtiment était détruit par un incendie ou en raison de la vétusté des lieux, on en profitait pour faire un stationnement », fait remarquer Julie Simard, qui habite la maison ancestrale de ses grands-parents sur la rue Dubuc, laquelle offre une magnifique vue sur le bas de la ville.

« Outre la zone portuaire, il n’y a pas beaucoup de parcs au centre-ville. On a la fâcheuse tendance à faire des stationnements dès qu’un bâtiment disparaît au lieu d’aménager des milieux de vie. Il faut renverser la vapeur et retisser la ville. Il faut avoir une vision globale, exprime l’urbaniste. Notre ville manque aussi d’espaces commémoratifs. Elles sont où, les statues de nos bâtisseurs, Talbot, Dubuc ou la statue des soeurs qui ont fondé l’hôpital ? »

Étalement urbain

« La Ville doit avoir une réflexion sur l’étalement urbain. De nouveaux quartiers voient le jour chaque année en périphérie de la ville. Ça augmente la charge fiscale, car il faut faire des rues, les égouts, la collecte des vidanges et le déneigement. Toutes ces familles qui habitent ces nouveaux quartiers, loin des écoles et des services, utilisent leur automobile pour se déplacer et surchargent les espaces de stationnement. Il faut inverser la tendance et créer un milieu de vie agréable pour que les jeunes familles s’installent au centre-ville », insiste l’urbaniste, qui possède, dans sa bibliothèque, des ouvrages qui traitent de l’aménagement des villes modernes.

Nous avons la mauvaise habitude de détruire un équipement ou un bâtiment quand il a besoin d’être restauré ou rénové. Julie Simard cite en exemple l’installation de jeux pour enfants sur la Zone portuaire. « Cet équipement était utilisé par les jeunes familles, mais au lieu de le restaurer et même d’améliorer cette installation, on la démolit en privant les citoyens du centre-ville du peu d’endroits qu’ils ont pour amuser leurs enfants. Les familles qui vivent au centre-ville n’ont pas de cour arrière avec une piscine pour amuser leurs enfants. Les espaces publics sont encore plus importants là où les citoyens vivent dans un édifice à logements », fait valoir Julie Simard.

La Baie en exemple

L’urbaniste cite le quartier du quai de croisière de La Baie comme un bel exemple. « La construction d’un quai de croisière n’aurait pas suffi à dynamiser le secteur. On a créé une mixité d’occupation en construisant des condos de luxe à côté de logements sociaux et on a aménagé des corridors de mobilité et de marchabilité, avec de l’éclairage et de la verdure, pour que les rues communiquent facilement entre elles. Il y a une école, des commerces de proximité ; c’est un milieu très attirant pour la population », met en relief la spécialiste en aménagement urbain.

« Quand on a construit le boulevard Saint-Paul et le boulevard de l’Université, on a enclavé des quartiers. L’école Antoine-de-Saint-Exupéry sur le boulevard Université est un bel exemple. On n’a pas besoin d’être un urbaniste pour comprendre que cette école n’a pas d’affaire là. Il y a des évidences comme ça partout à Chicoutimi, ajoute-t-elle. Les rues méritent d’être réaménagées aux intersections pour favoriser la circulation des piétons avec des feux de circulation et des rétrécissements pour ralentir le trafic automobile. »

Un sujet à réflexion

L’urbaniste ne veut pas se mêler de politique, mais de son point de vue, le meilleur endroit pour construire un amphithéâtre sportif, c’est à l’endroit actuel où est construit le centre Georges-Vézina, près du cégep, de l’université, à mi-chemin entre le boulevard Talbot et le centre-ville, se permet-elle de suggérer.

Pour ce qui est de la zone ferroviaire, Julie Simard dit ne pas avoir étudié précisément ce secteur, mais elle estime qu’une réflexion serait nécessaire. « D’un point de vue urbanistique, on va regarder l’ensemble du centre-ville au lieu de regarder uniquement un emplacement précis. Je me poserais la question suivante : ‘‘On a besoin de quoi pour revitaliser le centre-ville ? La construction d’une école, d’un pavillon universitaire, d’un centre de la petite enfance, d’habitations modiques, de condos, de parcs, une piscine publique, des jeux pour enfants, des circuits piétonniers ou de la verdure seraient-ils plus bénéfiques pour revitaliser ce secteur que peu de jeunes familles habitent ? ’’ C’est une question qui mérite d’être posée et une réflexion que doivent avoir nos élus. »

Il y a plein d’espaces résidentiels au centre-ville de Chicoutimi et il y a de nombreuses décisions à prendre d’ici quelques années pour réparer les erreurs du passé. Des choix devront être faits en ce qui concerne l’ancien Lycée du Saguenay, l’ancienne prison de Chicoutimi, le terrain vague de la Zone portuaire et l’autogare.

Il est temps de se retrousser les manches et redonner une âme au centre-ville de Chicoutimi avant que ça ne soit que des voies de circulation, des commerces et des stationnements ; bref, un endroit où il ne fait pas bon vivre.