Les panélistes Roxanne Martel-Perron et Aurélie Girard, du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, étaient accompagnées du professeur de l’UQAC, Pierre-André Tremblay, du Groupe de recherche et d’intervention régionales, lundi dernier, à L’Érudit Café de Chicoutimi, dans le cadre d’une conférence sur la radicalisation.

Radicalisation et réseaux sociaux

CHRONIQUE / La radicalisation menant à la violence ou à l’extrémisme violent. C’était le sujet de la conférence publique présentée à L’Érudit Café de Chicoutimi, le lundi 28 janvier, soit la veille du deuxième anniversaire de l’attentat de la grande mosquée de Québec, par le Groupe de recherche et d’intervention régionales de l’Université du Québec à Chicoutimi (GRIR-UQAC), en collaboration avec le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) de Montréal.

Rassurez-vous, cette conférence n’avait pas lieu au Saguenay–Lac-Saint-Jean parce les intellectuels ont remarqué une tendance à la radicalisation dans les villages qui ceinturent la région.

Il s’agissait d’une activité d’animation scientifique tenue dans le cadre d’un cours universitaire.

Les deux conférencières, Roxanne Martel-Perron et Aurélie Girard, du CPRMV, baignent dans ces sujets quotidiennement et côtoient, entre autres, des gens de l’extrême droite pour documenter leurs recherches sur les questions de (dé) radicalisation, d’incidents et de crimes haineux, ainsi que de la prévention de la radicalisation menant à la violence.

Radicalisation n’égale pas violence

La radicalisation est chose courante dans plusieurs domaines, et ça ne mène pas nécessairement à la violence.

Des religieux stricts ou des véganes, par exemple, peuvent avoir des postures radicales et être bien campés dans leur position, sans pour autant sombrer dans la violence.

« La radicalisation peut être différente d’un pays à l’autre, et d’une époque à l’autre. Par exemple, les suffragettes, au début du siècle dernier, qui revendiquaient le droit de vote pour les femmes au Royaume-Uni, étaient considérées comme des radicales. Aujourd’hui, ce serait une manifestation féministe », ont mis en relief les panélistes.

Pour Aurélie Girard, l’extrême droite est difficile à définir, mais elle identifie trois trames qui reviennent régulièrement. Il y a le « nous », qui inclut certaines personnes. Il y a ensuite le « eux », l’ennemi, ceux qu’on exclut, qui ne sont pas avec nous. Et, finalement, la « nécessité d’agir », souvent pour des raisons de sécurité.

« La nécessité d’agir vient souvent avec des commentaires du genre ‘‘Les immigrants viennent voler nos jobs’’ ou ‘‘Le gouvernement fait rien, il faut faire quelque chose’’ », a précisé Aurélie Girard, faisant référence à certains groupes d’extrême droite.

« Au lendemain du 11 septembre 2001, il y avait un sentiment très fort de la nécessité d’agir. On a vu apparaître le visage de l’ennemi », a fait valoir la conférencière.

Nationalisation québécoise

Le combat nationaliste au Québec s’est radicalisé par la violence avec le Front de libération du Québec (FLQ), dans les années 60 et 70, alors que le Québec a vécu deux référendums sur l’indépendance dans les années 80 et 90.

Pour les conférencières, la radicalisation est une affaire à long terme. « On ne se lève pas un bon matin en disant ‘‘Tiens, je vais aller joindre la meute’’. C’est un long processus. Certains débats vont trouver écho en nous. Généralement, on accepte plus facilement les opinions qu’on aime. Il y a une expression anglaise, ‘‘cherry picking’’, qui veut dire ‘‘choisir exclusivement ce qui nous convient’’. De fil en aiguille, on finit par adhérer à des groupes qui rejoignent notre pensée, en croyant que c’est la réalité », a expliqué Mme Girard.

« À notre époque, les algorithmes des réseaux sociaux se chargent de faire le ‘‘cherry picking’’ pour nous. Plus on va consulter des sites qui nous intéressent, plus ils vont nous en proposer, et plus nous allons considérer que c’est la réalité », a ajouté Roxanne Martel-Perron.

Accommodements raisonnables

Selon les conférencières, il y a une hausse des signalements des crimes haineux depuis 2007 au Québec, soit depuis le débat sur les accommodements raisonnables de la Commission Bouchard-Taylor et celui sur la charte des valeurs de Bernard Drainville et du Parti québécois, en 2013.

Finalement, les spécialistes ont convenu qu’au Québec, il n’y a pas de discours antiraciste.

Il n’y a personne sur la place publique pour répondre aux propos des organismes d’extrême droite. On leur laisse la parole dans les médias, et il n’y a personne pour les contredire.

Ça finit par générer une polarisation et de la désinformation sans nuance.