Archives La Presse, Robert Skinner

Québécois ou Canadiens?

CHRONIQUE / Le Québec a beaucoup changé depuis les 50 dernières années. Il fut une époque, dans mon jeune temps, où la fête du Canada était boudée par un bon nombre de Québécois qui ne se disaient pas Canadiens. Même que les artistes québécois qui participaient au spectacle de la fête du Canada se faisaient discréditer sur la place publique. On les traitait presque de traîtres à la nation.

C’est que je suis né en 1961 et que la première fois que j’ai voté, c’était lors du référendum de mai 1980. J’ai donc passé une partie de mon âge adulte à débattre et à discuter de la séparation du Québec, jusqu’à l’autre référendum d’octobre 1995.

Pendant de nombreuses années, le Québec était divisé en deux. Les Oui et les Non. En réalité, le Québec était divisé en quatre : les Oui et les Non d’un côté ; et les Canadiens et les Nordiques de l’autre.

Dans la politique comme dans le hockey, nous étions très polarisés comme société. Heureusement, il y avait les Expos et Jacques Villeneuve en Formule 1 pour nous réconcilier.

Il s’agit d’une époque où nous avons cessé d’être Canadiens pour nous définir comme Québécois. C’était une drôle d’ambiguïté. On se disait Québécois tout en étant fiers du bras canadien sur la navette spatiale américaine. On se voulait Québécois, mais on s’émouvait quand l’hymne national canadien retentissait lorsqu’un de nos athlètes remportait une médaille olympique.

On était Québécois quand les Anglais du reste du Canada ne voulaient pas qu’on se sépare du pays, mais on était fiers de présenter notre passeport canadien quand on voyageait à l’étranger. C’est dans cette dualité que j’ai grandi. Je peux vous assurer que passer 20 ans à faire des débats constitutionnels, c’est lancinant et pénible.

Québécitude

Il y avait un excellent texte dans Le Devoir du samedi 22 juin sous la plume de Fabien Deglise, qui traite de la québécitude. « Ce concept franchement existentiel cherche à définir la difficulté de se définir comme Québécois », dit-il.

C’est que nous ne sommes pas des Anglais, nous ne sommes pas des Français et nous ne sommes pas des Américains. Le journaliste du Devoir cite Alain Farah, professeur au Département des littératures de langue française, de traduction et de la création de l’Université McGill : « Dans notre récit collectif, nous avons eu longtemps de la difficulté à admettre que nous étions une nation construite par les Anglais, et pourtant, il suffit d’aller en Angleterre pour le comprendre. On y est comme à la maison. »

C’est exactement le sentiment que j’ai eu quand j’ai mis les pieds à Londres. Le matin, au restaurant, les gens déjeunent avec des toasts, deux oeufs et du bacon. Dans les bistrots, on sert de la saucisse de porc avec des patates pilées, et les Anglais aiment bien se rencontrer lors du 5 à 7 après le travail pour boire de la bière.

Je me suis senti chez nous aussi quand je suis arrivé à Paris et que j’ai découvert tout ce que nous avaient décrit la chansonnette française et le cinéma. Montmartre, Saint-Germain-des-Prés, le pont des Arts, l’île Saint-Louis (Lutèce d’Astérix), le vin, les fromages et le pain baguette.

Nordicité et boréalie

« Nous avons pendant longtemps aimé nous croire à un peuple latin, ajoute l’écrivain David Homel, dans l’article du Devoir. Mais c’est faux. Nous sommes des Nordiques, un peuple du Nord, qui regardent de plus en plus les autres nations du Nord pour s’en inspirer. »

C’est vrai que maintenant, on se définit comme des Nordiques. L’équipe de hockey de Québec avait bien choisi son nom de formation. Je reviens de la Norvège et nous partageons beaucoup de choses avec eux, à commencer par la végétation et le climat.

L’expression boréale se retrouve d’ailleurs dans toutes sortes de produits, bières et autres productions comme le gin Km12. Le Zoo sauvage de Saint-Félicien est géré par le Centre de conservation de la biodiversité boréale et toutes les espèces présentes sont issues de la boréalie.

Notre dualité identitaire nous aura tout de même donné deux beaux congés en plein coeur de l’été pour qu’on puisse profiter de nos nombreux plaisirs boréaux. Si j’ai passé 20 ans de ma vie à entendre parler de souveraineté et d’indépendance, les jeunes d’aujourd’hui pourront dire qu’eux, ils ont entendu parler de changements climatiques et de signes religieux pendant 20 ans.

Bonne fête du Canada.