Dave Pageau a commencé sa journée de lundi à moins 35 degrés. Il nous a accordé quelques minutes sur l’heure du midi pour commenter son travail par froid extrême.

Quand les marteaux cassent au froid

CHRONIQUE / Il faisait autour de moins 35 degrés Celsius, lundi matin, au moment d’aller au travail. C’est un peu emmerdant pour ceux qui travaillent au bureau et qui doivent se taper une voiture gelée et une banquette aussi froide qu’un bloc de glace avant de s’installer dans le confort de leur poste de travail, mais ça n’a rien à voir avec les travailleurs de la construction qui doivent jouer du marteau ou monter des échafauds à moins 30.

« À matin, ce n’était pas évident, il faisait moins 35, ce n’est pas invitant », commente Dave Pageau que j’ai rencontré sur l’heure du midi sur un site de construction de maison résidentielle à Chicoutimi. « C’est dur pour les pieds et les mains, mais le pire, c’est le nez. On est toujours en train de l’essuyer », commente l’employé des Entreprises R&G Gauthier qui retirait les formes de coulage de béton pour une galerie et des escaliers.

Ça ne vous tente pas de « caller » malade quand il fait froid comme ça, que je lui demande. « Si on ne travaille pas, on n’a pas de salaire », me répond-il au travers des glaçons de sa moustache et de sa barbe. Le travailleur concède qu’il a une pause à 9 h 30 et à midi pour se réchauffer, mais que les conditions sont plus difficiles après. « On a chaud en bougeant tout le temps et après la pause, la transpiration nous colle à la peau; c’est donc plus froid au moment de recommencer », dit-il sans vraiment se plaindre.

Les travailleurs portent des vêtements en conséquence de la température, c’est-à-dire que les caleçons et les pantalons doublés d’un isolant sont de mise pour éviter les engelures. Il confie toutefois qu’il s’agit souvent de travaux d’urgence, quand ils travaillent à l’extérieur. Dans son cas, le client voulait absolument que sa galerie de ciment soit complétée cette semaine. Ils ont donc installé des bâches avec des systèmes de chauffage pour pouvoir couler le béton. « Normalement, par grand froid, nos patrons s’arrangent pour nous trouver des contrats à l’intérieur des bâtiments », précise-t-il.

Même son de cloche pour les deux travailleurs des Constructions Béchard, Gabriel Truchon et Stéphane Arseneault. « Nous devons monter des échafauds à l’extérieur parce que des travailleurs vont souffler de l’isolant par les corniches demain, sinon nos patrons nous auraient fait travailler à l’intérieur de la maison », font savoir les jeunes ouvriers qui confirment que c’est le visage qui est le plus sensible au froid. « Pour le reste, nous avons de bonnes bottes et de bons gants et tant qu’on bouge il n’y a pas de problème », témoignent ces travailleurs qui œuvrent dans des conditions de froid extrême. À voir leur allure, on constate qu’ils ont compris les bienfaits de se vêtir de multicouches au lieu d’opter pour un seul manteau épais.

C’est également très difficile pour l’outillage, conviennent les constructeurs. « C’est dur pour les batteries d’outils. Il faut les recharger au chaud et, ce matin, il y a deux perceuses qui n’ont pas voulu fonctionner », font-ils remarquer, confiant toutefois que ça ne les empêche pas d’aimer leur métier. Ces gars-là ne se verraient pas dans un bureau, bien au chaud.

En démontant les formes de bois après la coulée de ciment, Dave Pageau a cassé deux marteaux. « Les marteaux avec les manches de plastique ne résistent pas, les clous cassent, la broche casse, ce ne sont pas des conditions faciles. Il ne faut pas qu’on arrête de bouger », témoigne celui qui travaille depuis sept ans pour les Entreprises R&G Gauthier.

Les travailleurs ont même dû renoncer à récupérer certains matériaux qui étaient pris dans la glace derrière la maison en construction. Le temps doux de vendredi avec les averses de pluie combiné à un refroidissement soudain en fin de semaine a fait que la glace a pris au piège certains équipements. « Nous allons revenir vendredi, il va faire moins froid si on se fie aux prédictions de la météo », dit-il.

Les travailleurs qui doivent agir à l’extérieur par des températures de moins 30 sont « faits forts » pour reprendre une expression consacrée. Les pompiers, les responsables de l’entretien du réseau électrique d’Hydro-Québec et les monteurs de lignes, les réparateurs de bris d’aqueduc, les travailleurs forestiers, les moniteurs de ski alpin et tous ceux qui passent leur journée dehors l’hiver, je vous lève mon chapeau. Bon hiver!