Honoré Martel est brigadier depuis 18 ans. Il a presque déjà hâte à l’automne pour retourner au boulot!

Quand la vie nous sourit

CHRONIQUE / La fin des classes sonne aussi pour le brigadier scolaire Honoré Martel de Chicoutimi. Un beau monsieur de 86 ans (87 ans le 7 juillet) qui se pointe quatre fois par jour à la sortie de l’école Sainte-Bernadette, sur la rue Chabanel, pour faire traverser une trentaine d’élèves du primaire.

« J’aime ça, ça passe le temps, ça me garde actif. Je voulais arrêter, mais ma femme est décédée l’an passé, alors au lieu de rester seul à la maison, je viens faire traverser la rue aux enfants », bavarde le retraité que j’ai rencontré dans sa voiture, lundi, alors qu’il attendait la sortie des classes.

« Il faut être là, quatre fois par jour, et il faut être à l’heure. J’ai un coin en “L”, il y a deux traverses pour les jeunes. Ici c’est un beau secteur, les jeunes sont polis et il y a même des parents qui viennent les chercher à pied pour les raccompagner à la maison », détaille celui qui termine sa 18e année à titre de brigadier scolaire.

Toujours au rendez-vous
« Ça fait drôle, je n’ai jamais été syndiqué tout au long de ma vie professionnelle et, ce soir, j’ai une réunion syndicale », lance-t-il, sourire en coin. Un brigadier à Saguenay gagne autour de 900 $ par mois, un peu moins de 50 $ par jour pour se pointer à quatre reprises sur le coin de la rue.

À la retraite depuis 1994, Honoré Martel a bien l’intention de rependre son poste à l’automne. Même si la présence du brigadier ne dure guère plus de cinq minutes aux coins des rues, il ne faut pas manquer son rendez-vous. Autobus scolaires, camions de livraison, automobilistes pressés, tous respectent l’homme quand il lève son stop octogonal en l’air pour laisser passer les enfants.

Entraîneur sportif
Je me rappelle de monsieur Honoré Martel, il était coach des équipes de hockey et de baseball pee-wee du Plateau des Saguenéens à l’époque des équipes paroissiales, au début des années 1970. Son fils André était gardien de but et il joue encore aujourd’hui dans les ligues de garages et dans le tournoi des Quasi-Légendes. Je me souviens qu’on ne gagnait pas souvent contre eux, le coach entraînait ses joueurs sérieusement.

« Mon fils patinait déjà à l’âge d’un an, j’ai même coaché Luc Dufour (Bruins de Boston) quand il était jeune. C’est moi qui lui ai montré à patiner », dit-il.

C’est toujours un plaisir de retourner dans le passé quand on jase avec nos aînés, ça nous rappelle que ces gens ont dû trimer dur pour s’organiser une vie. « Nous étions 11 enfants chez nous, huit gars, trois filles. J’ai commencé à travailler à l’âge de 12 ans, je cirais des chaussures au restaurant Chez Germain à Jonquière. Ça coûtait 0,15 $ par cirage, dix sous pour le boss et cinq sous pour moi. Les gens me donnaient souvent 0,25 $ ou 0,50 $, je faisais plus d’argent que mon boss, environ 28 $ par semaine », raconte le vieil homme qui bénéficie d’une très bonne santé.

« François Lapointe, propriétaire de Coca-Cola, venait faire cirer ses chaussures deux fois par semaine. Il a été mon patron pendant 46 ans chez Coke, avec J.BA. Gagnon. Son nom était Jean-Baptiste, mais tout le monde l’appelait JBA », fait savoir celui qui a été directeur de production à l’usine de Chicoutimi.

Une vie au coeur du sport
« Le sport a toujours fait partie de ma vie. J’ai eu des équipes de hockey et les mêmes joueurs jouaient au baseball l’été. On s’entraînait au baseball dans l’entrepôt chez Coke », se rappelle en riant celui qui a été aussi moniteur de ski dans son jeune âge. « J’ai skié quelques fois, il y a trois ans, mais là j’ai arrêté, je ne veux pas me blesser, je n’ai plus l’équilibre de mon jeune âge », dit-il sans regret.

Honoré Martel assure qu’il a mené une bonne vie. « J’arrive de chez mon médecin et, l’autre jour, il m’a crié de son bureau. Il n’est pas gêné lui, “Salut Honoré, ça fait 50 ans qu’on se connaît cette année”. Il se rappelle que c’est moi qui lui ai donné son premier emploi d’étudiant chez Coke pendant deux étés. »

Quand même, brigadier à 86 ans, il faut le faire, que je lui dis. « Je ne suis pas le seul, il y en a d’autres de mon âge », fait-il remarquer humblement. « Je n’ai pas de problème de santé, j’ai renouvelé mon permis de conduire dernièrement. Je me suis fait opérer aux yeux, il y a deux ans, et je vois deux fois plus loin qu’avant », badine le vieil homme qui profite encore de la vie.

L’année scolaire se termine cette semaine, mais Honoré Martel aurait été prêt à continuer encore à faire traverser la rue aux jeunes. Il devrait être de retour cet automne.