Isabelle et Élise Bouchard entourent Ruth Tremblay, maman et grand-maman, devant ses écrans d’ordinateur où elle passe pas moins de cinq heures par jour. À son âge, elle dit manquer de temps pour tout faire ce qu’elle a envie de faire.

Quand Grand-maman raconte

CHRONIQUE / La famille de Ruth Tremblay lui a organisé un beau party de fête, le 1er décembre dernier, à Saint-Coeur-de-Marie, pour célébrer ses 80 ans. Ses enfants lui ont écrit un hommage pour souligner son âge vénérable. À l’image de nombreuses femmes de son âge, Ruth Tremblay est encore très active et, pour occuper son temps, la femme de lettres a choisi d’écrire sa biographie et celle de ses quatre enfants.

J’ai rencontré madame Tremblay dans le confort de son foyer, à Alma, en compagnie de sa fille Isabelle et de sa petite-fille Élyse.

Manque de temps

Elle a 80 ans, mais elle en paraît 60. Sa peau est lisse, peu de rides, elle est animée d’une vivacité d’esprit inspirante et un désir sans fin de créer et de réaliser des choses. « Je manque de temps », me dit-elle en me faisant visiter son atelier de travail muni de deux écrans d’ordinateur. Sa petite fille lui a montré comment fonctionne le logiciel Adobe Photoshop pour modifier les photos et elle a scanné toutes les photos qu’elle avait dans ses albums, couleur et noir et blanc, pour les retoucher et enlever les yeux rouges. Elle passe au moins cinq heures par jour devant ses ordinateurs pour écrire, retoucher des photos, créer des CD musicaux ou préparer des chansons pour des karaokés.

« Ses anciennes photos en noir et blanc sont tellement nettes qu’on dirait qu’elles ont été prises cette année », fait remarquer sa fille Isabelle. « Elle passe des heures et des heures à les numériser pour les retravailler et leur donner une belle clarté », dit-elle.

Ma vie en musique

Sur la table de la cuisine, Ruth Tremblay me montre les deux tomes de sa biographie intitulée Ma vie en musique. « Dès l’âge de sept ans, je pouvais jouer sur un xylophone jouet. Ça venait tout seul, naturellement, j’avais ça en dedans de moi. Ce n’est pas moi qui suis allée vers la musique, c’est la musique qui est venue à moi », raconte la dame qui a passé sa vie à faire danser les gens.

« Quand j’avais 12 ans, j’étais au couvent des Ursulines. Un jour nous sommes sorties pour faire le tour de la région et visiter des églises. La religieuse nous avait dit qu’on avait droit à trois vœux quand on visitait une église pour la première fois. Moi je faisais trois fois le vœu d’avoir un accordéon, dans chaque église que je visitais. Vous ne le croirez pas, mais en arrivant à la maison, mon père m’avait acheté un accordéon », raconte la dame, tout sourire, en tournant les pages de son livre.

50 000 karaokés

Tout en travaillant sur son ordinateur, Ruth Tremblay a profité de son amour pour la musique pour monter une banque de karaoké comprenant 50 000 chansons. « Quand j’ai des partys avec des amis, j’emprunte le disque dur de l’ordinateur de maman et ce n’est pas arrivé une fois que je n’ai pu répondre à une demande spéciale. Elle les a passés une par une et s’il y a une faute d’orthographe dans les paroles elle la corrigeait », raconte sa fille Isabelle en admiration devant sa mère.

Rédaction de biographies

Depuis qu’elle est toute jeune, Ruth Tremblay collige des informations quotidiennes dans son journal intime qui compte plusieurs exemplaires. « J’ai écrit les biographies de mes quatre enfants, ça va faire de beaux souvenirs pour leurs enfants », commente la grand-mère. En feuilletant dans la biographie de sa fille Hélène, où toutes les pages sont insérées dans une pellicule plastique, je suis tombé sur une page qui contient toutes les passes d’autobus et les cartes d’identité scolaires de sa fille. La maman a conservé tout ça au cours des années et les a intégrées dans un livre.

Intérêt pour la généalogie

La dame est une véritable encyclopédie, elle a conservé toutes les factures des instruments de musique qu’elle a achetés au cours de sa carrière au sein des quatre orchestres pour qui elle a joué pendant toutes ces années. L’ordinateur, les logiciels de photos, la tablette ou le cellulaire n’ont pas de secret pour elle. « Depuis quelques années, je m’intéresse à la généalogie. Je fais des recherches dans mes origines pour identifier mon arbre généalogique. Je scanne des photos et je complète les familles », raconte Ruth au sujet de sa nouvelle passion.

Je suis toujours impressionné de rencontrer des gens qui ont plus de 80 ans et qui sont actifs comme des gens de 60 ans. Ça demande une grande force intérieure et des habiletés intellectuelles pour se mettre à jour dans le domaine informatique. Peut-être que les jeunes d’aujourd’hui pourront compter sur Facebook et ses algorithmes pour écrire votre histoire en amalgamant tout ce que vous avez envoyé dans le nuage depuis votre arrivée sur le Net, mais avant ça, ça demande un devoir de mémoire, ce que Ruth Tremblay a fait, soit se rappeler sa vie et celle de ses enfants.

Racontez votre vie

J’aurais aimé ça que ma vieille mère ou mon père aient un livre de bord ou un journal intime dans lequel ils auraient quotidiennement raconté leur vie. Je n’ai aucune idée de ce qu’ont été leur enfance, leurs jeunes années, leurs folies d’adolescence, leurs premières amours, leurs idées, leurs rêves, leurs opinions, bref ce qu’a été leur vie.

Le legs que Ruth Tremblay fait à ses enfants est d’une valeur inestimable. Témoigner de sa vie, raconter ce qu’elle a été, c’est un trésor pour sa descendance. Voilà un beau projet de retraite pour les boomers, racontez votre vie et léguez-la à vos enfants. Ça ne vous tente pas d’écrire ? Pas de problème, réalisez des vidéos. Internet aime ça autant que les mots et les photos.

Je suis certains qu’un jour vos enfants auraient aimé savoir les noms de vos amis, les écoles que vous avez fréquentées, les sports que vous avez pratiqués, les différents emplois que vous avez occupés, le nom des rues où vous avez habité, les exploits que vous avez réalisés. Faites marcher votre mémoire comme Ruth Tremblay le fait depuis une quinzaine d’années.