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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
L’église Saint-Joachim trône à l’angle des rues Jolliet et des Eudistes, juste aux pieds du club de curling de Chicoutimi et du salon de quilles Le Dallo.
L’église Saint-Joachim trône à l’angle des rues Jolliet et des Eudistes, juste aux pieds du club de curling de Chicoutimi et du salon de quilles Le Dallo.

Préserver au lieu de démolir

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CHRONIQUE / Au mois de décembre dernier, les élus de Saguenay ont réservé une somme de 600 000 $ dans le plan triennal de la Ville pour la démolition de l’église Saint-Joachim, cette église qui trône à l’angle des rues Jolliet et des Eudistes, juste aux pieds du club de curling de Chicoutimi et du salon de quilles Le Dallo.

Dans la même foulée, le Comité sur le patrimoine de Saguenay annonce une ronde de consultations pour la fin février afin de dresser le portrait des églises de la ville fusionnée. « Des échanges auront lieu avec les paroisses et j’ai bon espoir que le plan sera complété d’ici l’été. À ce moment-là, on connaîtra l’état de ces bâtiments, ainsi que les besoins du milieu », a déclaré à mon collègue Daniel Côté dans la dernière édition du Progrès, l’agent de projets à la division arts, culture et bibliothèques de la ville de Saguenay, Jonathan Skeene-Parent.

J’aimerais bien, justement, connaître l’état de l’église Saint-Joachim avant de procéder à sa démolition. Peut-être que ce bâtiment est construit sur des bases solides. Pour la petite histoire, il y a eu trois églises Saint-Joachim. La première, en 1942, a passé au feu avant la fin des travaux. La deuxième a aussi été détruite par un incendie en 1954. Les architectes Alfred Lamontagne (1883-1967) et Armand Gravel (1895-1980) ont décidé d’en construire une solide en 1954 et 1955, en granit rose du Lac-Saint-Jean et à l’épreuve du feu. Ces informations sont disponibles sur le site de Patrimoine Québec.

Elle est à l’épreuve du feu, car au moins quatre à cinq incendies ont été allumés à l’intérieur ces dernières années, nécessitant l’intervention des pompiers. Et l’église n’a pas brûlé.

Le Comité du patrimoine de Saguenay pourrait décider de préserver l’église Saint-Joachim pour un projet futur au lieu de dépenser 600 000 $ pour la démolir.

Attendre un projet

Un homme d’affaires du secteur, dans le quartier du parc Caron, m’a interpelé récemment en me disant qu’on devrait peut-être préserver l’église Saint-Joachim au lieu de la démolir. Il suffit de placarder solidement les portes et fenêtres pour y empêcher l’accès. «Si la structure de la bâtisse est solide, on pourrait la préserver en attendant qu’un promoteur se pointe un jour avec une idée, comme ce fut le cas pour l’église Christ-Roi avec le Centre d’escalade de bloc Beta Crux.

Il me semble que si j’étais membre du Comité sur le patrimoine, je chercherais des raisons pour préserver l’église Saint-Joachim plutôt que dépenser 600 000 $ pour la démolir. Il me semble qu’on devrait être capable de la préserver pour laisser son sort entre les mains des prochaines générations.

J’ai grandi à quatre maisons de cette église et au-delà de mon attachement personnel envers ce bâtiment, il n’en demeure pas moins que c’est une bâtisse intéressante sur le plan architectural qui mériterait une chance de survivre au pic des démolisseurs.

J’ai passé une partie de ma jeunesse à jouer dans les ruines des bâtiments de la Pulperie de Chicoutimi. Toutes les vitres étaient cassées, l’herbe poussait au travers les planchers de béton et un ado est décédé à l’époque si je me souviens bien en marchant sur les rails du pont roulant. Les jeunes que nous étions ignoraient l’histoire de ce site, mes amis disaient que c’était un vieil hôpital militaire dans le temps de la guerre.

L’église Saint-Joachim est placardée pour la protéger des intrusions.

De ces ruines sont nés le musée régional, un site industrialo-touristique, un théâtre d’été, des sentiers pédestres, et la mise en valeur de ce lieu n’est pas encore terminée, il faut laisser de l’ouvrage pour les prochaines générations.

Si les élus de l’époque avaient dit: ce site est dangereux, il n’y a plus rien à faire avec ces ruines, il faut passer le bulldozer et construire des logements comme ceux de la rue Smith dans le bas de la ville. Il y aurait seulement une plaque commémorative pour nous rappeler l’histoire de la compagnie de pulpe. Val-Jalbert est un autre exemple d’un site qu’on a préservé au lieu de le démolir.

Des condos avec une belle vue

Alors, pourquoi démolir si on peut préserver en sécurisant les lieux ? C’est un beau bâtiment, l’église Saint-Joachim. Au lieu de dépenser 600 000 $ pour la détruire, on pourrait consacrer cet argent pour la préservation du bâtiment. C’est beaucoup de sous, 600 000 $.

Je suis certain que des promoteurs rêvent du jour où ils pourront acheter le terrain de l’ancienne église pour y construire des condos de plusieurs étages offrant une vue sur le bas de la ville et les monts Valin. La Ville va collecter les taxes et tout le monde va être content, sauf le patrimoine qui va encore se mériter une baffe.

Le site de l’église Saint-Joachim offre une belle vue sur le bas de la ville et les monts Valin.

Désormais, ça prend le feu vert du Comité sur le patrimoine pour décrocher un permis de démolition à Saguenay. J’ai hâte de voir si l’église Saint-Joachim aura une deuxième chance de se faire préserver au lieu de se faire démolir. J’espère que le comité du patrimoine ne viendra pas nous dire qu’on ne peut plus rien faire, la décision de la démolir a été prise avant qu’on décide de consulter ledit comité. La démolition est prévue pour cette année, il y a sûrement moyen de privilégier une préservation au lieu d’une démolition.

Pour les gens pieux, Saint Jaochim est l’époux de Sainte Anne et le père de la Vierge Marie, dans la tradition catholique et orthodoxe. Il est de fait le grand-père de Jésus de Nazareth, nous informe Wikipédia. Bon, quand même, c’est un des plus célèbres grands-papas de la planète, je ne sais pas si ça peut influencer la décision du Comité sur le patrimoine, mais je vous le fais savoir à titre informatif et à la blague; c’est bien de savoir à quel symbole on s’attaque. Peut-être que les gens du milieu vont se mobiliser pour préserver cette église pour des projets d’avenir.