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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Voici le genre de photo qu’on ne devrait pas voir, malheureusement, cette année pour le temps des Fêtes, un moment où le gros bon sens et le bon jugement devraient se retrouver sous le sapin.
Voici le genre de photo qu’on ne devrait pas voir, malheureusement, cette année pour le temps des Fêtes, un moment où le gros bon sens et le bon jugement devraient se retrouver sous le sapin.

Premières vacances en 55 ans pour Banquets Huguette

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CHRONIQUE / Il y a un an, l’entreprise Banquets Huguette de Jonquière nageait dans le tourbillon fou du temps des Fêtes pour préparer des repas, avec une vingtaine de menus différents, pour le réveillon de Noël, des partys de bureau, des rencontres professionnelles, des fiançailles, des funérailles, bref pour des rassemblements de toutes sortes avant que tout ça soit interdit par la pandémie.

Le mauvais sort s’est abattu sur l’entreprise alors que des dizaines de clients ont été malades après avoir consommé des repas servis entre le 23 et 24 décembre. De nombreuses personnes avaient fait part de leur état de santé sur les réseaux sociaux.

Un rapport d’enquête du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a révélé quelques semaines après l’événement qu’aucune bactérie n’avait été retrouvée dans les échantillons de nourriture, mais que deux employés qui avaient manipulé des aliments présentaient des symptômes de gastro-entérite pour ainsi gâcher le congé des Fêtes de plusieurs dizaines de personnes, dont 31 avaient porté plainte au MAPAQ.

Une expérience difficile

Les dirigeants de Banquets Huguette étaient bien démontés de cette affaire. L’entreprise qui existe depuis 55 ans a bonne réputation et un inspecteur du MAPAQ avait visité leur cuisine le 17 décembre. Les propriétaires ont dû composer avec la virulence et les manières intraitables des réseaux sociaux en faisant face à de nombreux commentaires désagréables. Même leurs enfants ont été victimes d’intimidation à l’école alors que des jeunes leur disaient que leurs parents avaient empoisonné du monde.

Les propriétaires de Banquets Huguette étaient sous le choc de l’ampleur médiatique de toute cette histoire. Un an plus tard, le copropriétaire de l’entreprise, Robert Labrecque, se montre philosophe face à cette histoire. «Ç’a été difficile sur le coup, ça nous a fait du tort sur le moment, mais les gens ont compris qu’on ne pouvait avoir aucun contrôle là-dessus. Dès le mois de janvier, les affaires ont repris. Ça fait 55 ans qu’on fait ça et nos enfants vont célébrer le 100e anniversaire de l’entreprise», exprime Robert Labrecque lors d’une entrevue téléphonique.

«Cette année, on n’en fait pas de banquets. Pour la première fois en 55 ans, on va être en vacances à Noël et au jour de l’An», fait savoir celui qui fait rouler l’entreprise avec sa fille Sarah. «On ne fera pas des banquets pour deux ou quatre personnes. En bas de dix personnes, ce n’est pas rentable et comme les rassemblements sont interdits, on a décidé de ne pas faire de repas», précise Robert Labrecque.

«Le téléphone sonne, nous avons des demandes, mais on refuse, on préfère profiter de nos vacances, nous sommes chanceux, nous sommes capables de le faire», dit-il.

«On aurait fait quoi si on avait eu des commandes pour des partys de plusieurs personnes? On ne pouvait pas être complices de rassemblements», évoque l’homme d’affaires.

Je souhaite de belles vacances de Noël à l’équipe de Banquets Huguette, vous l’avez bien mérité, une fois en 55 ans ce n’est pas exagéré, profitez-en malgré la pandémie.

Bon jugement et gros bon sens

C’est une question que plusieurs personnes se posent à savoir comment la sécurité publique va gérer les rassemblements dans le temps des Fêtes. Supposons que vous êtes restaurateur et que vous recevez une commande pour six ou huit personnes. Vous livrez les repas en supposant que ce sont les membres de la même famille ou vous dénoncez le rassemblement à la police?

Ça va prendre du gros bon sens et du jugement de la part de tout le monde et on va devoir se fier au pouvoir discrétionnaire des policiers. Je vous raconte cette anecdote d’un 24 décembre en après-midi, c’est un policier qui me l’a raconté.

C’est donc le 24 décembre en fin d’après-midi, l’automobiliste est pressé et brûle un feu rouge sur le boulevard Talbot. Ça tombe mal, c’est une voiture de patrouille qui attendait le feu vert de l’autre bord de la rue. «Tout le monde avait vu l’automobiliste passer sur le feu rouge, je ne pouvais pas le laisser filer comme ça devant tout le monde, je dois faire mon travail. J’allume les gyrophares et je le colle sur le bord de la route en me disant: ‘‘tiens, je vais lui faire un cadeau de Noël en lui servant seulement un avertissement, c’est le 24 décembre quand même et ce serait désagréable d’arriver à la maison avec un billet d’infraction dans ses poches le soir du réveillon’’», me raconte le policier.

L’agent descend de son véhicule rempli de bonnes intentions et en arrivant près de la portière du véhicule, l’automobiliste ouvre sa fenêtre et engueule le policier comme du poisson pourri avant même que l’agent ne puisse dire un mot. Des commentaires du genre: ‘‘#$&)*, m’arrêter un 24 décembre, tu dois être @\!&* en ta..., envoye donne-le moi ton %*(#@ de ticket à marde’’.

Cette journée-là, le bon jugement et le gros bon sens ne se sont pas rencontrés, pourtant ils avaient rendez-vous. Le monsieur a eu son ticket en cadeau de Noël. J’espère que ce genre de rencontre entre les familles et les forces de l’ordre vont bien se passer dans les prochains jours.