Le sommelier, chroniqueur de vin et porte-parole du Festival des vins de Saguenay, Philippe Lapeyrie, a lancé son guide des vins 2019, jeudi, à Chicoutimi.

Pour faire « popper » les bouchons

CHRONIQUE / Le sommelier et vedette du vin au Québec, Philippe Lapeyrie, était de passage à Chicoutimi, jeudi, pour lancer son huitième guide des vins dans lequel il propose ses 125 bouteilles coups de cœur. Classées par ordre de prix (il propose même un vin blanc à 7 $), chaque bouteille est bien présentée alors que l’auteur a pris soin de raconter un brin d’histoire sur le vin et son producteur.

« J’avais comme difficulté de ne pas proposer des vins que j’avais recommandés l’an dernier. J’ai retenu 125 coups de cœur sur les 300 bouteilles présentées dans le guide. Avec mon comparse Mathieu Saint-Amour, nous avons dégusté 2000 produits à raison de 50 à 70 bouteilles par jour. Ce que je propose dans ce guide, c’est ce que j’aime », a commenté celui qui est notamment porte-parole du Festival des vins de Saguenay depuis 13 ans.

Un blanc à 7 $

Comment oses-tu proposer un vin blanc à 7 $ (Crama Regala 2016, domaine Vinaria din Vale en Moldavie), que je lui demande ? « C’est une belle trouvaille de la Moldavie. Le rouge de la même étiquette n’est pas très bon, mais le blanc est parfait dans son genre. Il n’a pas de sucre, pas de goût de bois. Il n’a pas de profondeur, mais c’est du sauvignon blanc pur, un vin simple et facile », commente le sommelier que j’ai rencontré au restaurant l’Inter où il a fait son lancement.

« Je suis content quand j’aime une bouteille et je découvre que ça vient d’un petit vignoble cultivé par des passionnés qui se mettent les doigts dans la terre. Chaque fois, je prends le téléphone et je discute avec le vigneron pour en savoir un peu plus sur ses cépages. Je m’intéresse à eux, je leur pose des questions et je rapporte leurs propos dans la page de droite », détaille le spécialiste qui a encore et toujours le goût du vin, une soif qui n’est pas près de s’apaiser.

Popularité du blanc

Pour ce qui est des tendances, Philippe Lapeyrie remarque une montée de popularité pour le vin blanc. « Peut-être que l’été chaud que nous avons connu y est pour quelque chose, mais les ventes de vin blanc ont augmenté à 32,5 % dans les succursales de la SAQ. L’alimentation change au Québec, les gens mangent plus de poissons, de fruits de mer et ils aiment bien les accompagner d’un blanc. On le prend aussi comme apéro et plusieurs y ont trouvé un bel accord mets-vin avec des fromages », explique le sommelier.

Il ajoute d’ailleurs qu’il ne faut pas hésiter à carafer les jeunes vins blancs. « Souvent à tort, les amateurs croient qu’il faut seulement carafer les vieux vins rouges, mais souvent il ne faut pas trop brasser les vieux vins », indique le spécialiste.

Les rosés gagnent aussi en popularité, même s’ils ne représentent que 4,5 % des ventes de la SAQ. « Le rosé se buvait principalement en avril et en mai avec l’arrivée du printemps, alors que les gens se le permettent maintenant l’automne et l’hiver », fait-il remarquer.

Des bulles à l’année

Lapeyrie remarque aussi une tendance à la hausse pour les bulles. « Les amateurs adorent faire “popper” les bouchons. On ne boit plus seulement du champagne ou du mousseux dans le temps des Fêtes. Toutes les occasions sont bonnes ; un bon bulletin scolaire de nos enfants, une augmentation de salaire, une bonne nouvelle, la réussite d’un projet, bref on invente toutes sortes de défaites pour se faire plaisir et c’est maintenant à longueur d’année », fait-il valoir.

L’an dernier, lors de son lancement, Philippe Lapeyrie avait dit que les gens buvaient du vin plus coûteux et que l’achat d’une caisse de vin pour l’année de naissance des enfants, bon à boire pour leur 18 ans, était une mode qui se pointait le nez. J’ai une petite-fille née en 2016 et j’ai profité de sa présence pour lui demander conseil.

« Pour les vins de garde qu’on voudrait laisser vieillir pendant 15 ans, il faut attendre au mois trois ans pour que les bouteilles soient libérées sur le marché. Les vins de garde sont en barrique pendant deux ou trois ans avant de les envoyer sur les tablettes. Pour ta petite née en 2016, je te conseille d’attendre à l’automne 2019 pour monter une caisse de vin », a-t-il conseillé en ajoutant que 2016 est une très bonne année avec beaucoup de soleil.

Les tops 10

En plus des 125 coups de cœur, il propose aussi quelques « tops 10 » pour les meilleurs vins de mariage, les meilleurs mousseux, les meilleurs champagnes, les meilleurs vins d’apéro, les meilleurs vins du Québec et les meilleurs vins de garde, entres autres.

Le sommelier continue d’innover et la tâche est ardue. « Il y a 20 ans, au Québec, on publiait six à sept guides par année, maintenant il n’en reste que deux, Michel Phaneuf et moi. Phaneuf, qui est écrit par Nadia Fournier maintenant, en est à sa 38e édition. Un très bon guide en passant », commente l’auteur qui a vendu près de 30 000 copies l’an dernier.