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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Par respect et solidarité envers le personnel médical, les personnes malades et leur famille, on doit se confiner durant encore quelques semaines. ­
Par respect et solidarité envers le personnel médical, les personnes malades et leur famille, on doit se confiner durant encore quelques semaines. ­

Pour éviter le drame

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CHRONIQUE / Et rebelote, on fait encore une petite pause. On va continuer à minimiser les contacts, on n’a pas le choix, c’est notre effort de guerre. On est tanné, on va se le dire. Depuis que la région est passée en zone rouge, on a recommencé à se faire des 5 à 7 sur Zoom, on porte le masque, on se lave les mains, on continue le télétravail, on ne voit plus notre monde et l’ambiance des Fêtes est nulle à ch…

On commence à manquer de patience, on devient un peu plus irritable, la COVID-19 est au coeur de nos vies, c’est le sujet de discussion tous les jours. On surveille le nombre de cas comme on regarde la température extérieure, on trouve que le fil d’arrivée du marathon est loin avec des ampoules sous les pieds.

Aller à l’épicerie est une mauvaise expérience, faire ses courses est une mauvaise expérience, les jeunes sont à bout, même le sapin de Noël a l’air déprimé (il est tombé à la renverse sur le sol).

Mais par respect pour ceux qui l’ont plus difficile que nous, on devrait s’abstenir de se plaindre et se conformer avec encore plus de rigueur aux règles sanitaires durant les prochaines semaines.

Ceux qui l’ont plus difficile

Il faut écouter le témoignage des infirmières qui oeuvrent aux soins intensifs de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus présentés dans un reportage de Radio-Canada cette semaine. Trois d’entre elles ont accepté de capter des images et des témoignages avec une caméra en filmant des patients et des collègues de travail. Elles sont au front avec les personnes atteintes de la COVID-19 et nous avons le devoir de prendre notre mal en patience.

C’est impressionnant de voir le personnel médical en action aux soins intensifs. Les procédures sont strictes et exigeantes. « C’est difficile, mais on pense aux autres qui l’ont plus difficile que nous. Il y a des patients qui passent 25 jours et plus en hospitalisation et qui sont très malades », dit une infirmière pendant le reportage.

Si les infirmières refusent de se plaindre alors qu’elles travaillent en zone chaude tous les jours, on doit les supporter moralement en respectant les consignes sanitaires. Alors que certains d’entre nous chignent de ne pas pouvoir être physiquement avec leurs parents à Noël, voici ce que disait avec tristesse une infirmière dans ce reportage: « Je vais travailler le jour de Noël, mais après ma journée de travail, je vais pouvoir appeler mes parents et parler avec eux alors que pour d’autres familles ce ne sera pas possible de le faire parce que leur père ou leur mère sont ici, intubés, sous respirateur. »

Elles accompagnent jusqu’au dernier souffle

Vous voyez à quel point les malades, leur famille et le personnel soignant sont affectés par la pandémie, alors c’est la moindre des choses d’éviter les contacts le plus possible. La situation est très difficile pour ceux qui côtoient la mort quotidiennement. « On s’attache aux patients, on crée des liens avec eux et comme les membres de la famille ne peuvent pas les visiter, c’est vers nous qu’ils se tournent pour se confier », témoigne une infirmière.

« Quand nous administrons des soins de confort en fin de vie, c’est nous qui leur tenons la main, au moment du dernier souffle, à la place d’un membre de la famille, c’est troublant », fait part avec émotion l’infirmière aux soins intensifs Lindsay Vongsawath-Chouinard. « L’autre semaine, nous avons eu cinq décès, on pleurait, on était triste », ajoute-t-elle.

Un Saguenéen survivant

L’équipe des soins intensifs a d’ailleurs célébré l’anniversaire de Daniel Bouchard, un Saguenéen, qui a quitté les soins intensifs le jour de ses 65 ans. Les infirmières lui ont offert un gâteau et l’ont applaudi lors de son passage dans le corridor. Pour le personnel, c’est une victoire chaque fois qu’un patient repart guéri.

Le Saguenéen avait été transféré à Québec aux soins intensifs de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. « Mon Dieu que vous êtes fins », a-t-il dit en recevant son gâteau. Dans le corridor, en sortant en fauteuil roulant, d’une voix éteinte, mais avec conviction, il leur a dit : « Vous êtes toute une équipe, vous êtes “bottes” en tabarouette ».

Pour éviter que ça déborde, pour éviter le drame à trop de familles, pour éviter de surcharger les hôpitaux, il ne faut pas faire de rassemblement. On ne peut pas faire comme si ce n’était pas grave, il y a des gens qui meurent chaque jour, du personnel qui travaille pendant 16 heures, des infirmières qui tiennent la main des mourants à la place des membres de leur famille, alors vivre Noël et le congé des Fêtes dans sa petite bulle familiale, ce n’est pas un très gros effort comparativement à ce que font ceux qui affrontent la maladie jour après jour.