La ministre des Affaires municipales et de l'Habitation du Québec et députée de Chicoutimi, Andrée Laforest, est prête à sauter dans la mêlée pour la réalisation de grands projets à Saguenay. Il ne manque que la volonté des élus municipaux.

Plus de chicane dans la cabane

CHRONIQUE / Imaginez un instant : vous êtes députée de Chicoutimi à l’Assemblée nationale, vous êtes la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec, le gouvernement majoritaire au pouvoir a de l’argent plein les poches pour développer des projets, mais les élus qui gèrent votre ville mettent les projets sur la glace.

Imaginez encore un peu : vous êtes la ministre des Affaires municipales et la plupart des grandes villes dynamiques du Québec déposent sur votre bureau des projets pour leur ville avec des beaux plans, des études de faisabilité et des critères qui répondent parfaitement aux programmes en place. Vous aimeriez mettre les dossiers de votre ville sur le dessus de la pile, mais les élus de votre ville n’en veulent pas des grands projets, ils veulent attendre plus tard.

Ajoutez-en une couche si vous voulez : vous êtes la ministre des Affaires municipales, vous rencontrez des maires, des élus, des fonctionnaires, des spécialistes et vous avez accès à des gens de qualité qui élaborent des programmes gouvernementaux avec qui vous discutez au quotidien et qui vous suggèrent des idées qui pourraient être bien pour votre ville et vous n’êtes même pas capable de les mettre à profit pour votre communauté.

La ministre des Affaires municipales et députée de Chicoutimi, Andrée Laforest, n’a pas mâché ses mots, mercredi, alors qu’elle accordait des entrevues à la radio (KYK et Radio-Canada). Elle, la députée et la ministre, ses patins coupent et elle est prête à sauter sur la patinoire, mais les élus municipaux refusent de mettre la rondelle au jeu. Ils préfèrent un temps d’arrêt.

Andrée Laforest est au pouvoir, il y a de l’argent dans les coffres de l’État, on a une ministre qui a la confiance du premier ministre et l’appui de ses collègues au conseil des ministres, une belle fenêtre pour le comté Chicoutimi qui a été longtemps sur les banquettes de l’opposition au cours des dernières années, mais on n’en profite pas.

Ça ne vous tente pas, élus municipaux, de dire « profitons du leadership politique de notre ministre, réalisons ces grands projets pendant que nous avons des représentants au pouvoir, et on se serrera la ceinture après ». Le conseil de ville de « l’après-Jean-Tremblay », passera-t-il à l’histoire comme celui qui a mis un frein au développement de notre ville ?

Rappelez-vous comment on trouvait ça ordinaire de voir le maire Jean Tremblay se crêper le chignon avec Sylvain Gaudreault quand il était ministre des Transports. Là, on a une ministre et une mairesse qui sont prêtes à collaborer, mais non, nos élus disent que c’est le temps de ménager.

« On fait ça pour le bénéfice des citoyens... Il faut pratiquer des finances durables... Quand est-ce qu’on va frapper le mur... », clament en choeur nos élus municipaux qui enlèvent à nos jeunes le goût de rester ici. Un peu plus puis on roule les trottoirs le soir à 22 h et on ferme la ville.

Ça doit être choquant pour une députée, qui voudrait bien investir dans son comté, développer son milieu, faire profiter les électeurs des programmes gouvernementaux disponibles, de ne pas avoir le soutien des élus municipaux.

J’imagine la députée de Chicoutimi dire à la mairesse de Saguenay en privé : « Si tu veux, ton projet de soccerdôme et ton amphithéâtre +, je peux te financer ça dans un seul et même projet dans le comté Chicoutimi. Il vous suffit de parler d’une seule voix, de ne pas vous chicaner sur la place publique et je vous règle ça avant les prochaines élections ; ça vous tente-tu ? En plus, je suis capable de te régler le pont de Sainte-Anne pendant que je suis temporairement ministre de la Sécurité publique. Pour ton autogare au centre-ville qui va se retrouver dans une zone inondable dans 30 ans, ne t’en fais pas, on met ça à terre, on redessine la rue du Havre, on aménage des stationnements et on fait un beau parc pour la mobilité citoyenne. Ça vous tente-tu ? »

Et les élus municipaux de répondre : « non, ça ne nous tente pas ».

Ça me fait penser quand la députée libérale du comté de Jonquière, Françoise Gauthier, était ministre du Tourisme de 2005 à 2007 et qu’elle était à La Baie pour annoncer une subvention de plusieurs millions $ dans un projet de quai de croisières de 40 millions $. La députée de Jonquière était dans le comté de Dubuc pour cette annonce et elle avait dit au maire Tremblay qu’elle aimerait bien faire des grands projets aussi à Jonquière, mais les élus municipaux de l’époque n’en avaient pas à proposer, ils voyaient des bateaux de croisière dans leur soupe et ne voulaient pas augmenter les taxes.