Roger Blackburn
Il faisait très chaud pour aller manger sur une terrasse de la rue Racine jeudi soir.
Il faisait très chaud pour aller manger sur une terrasse de la rue Racine jeudi soir.

Père à distance

CHRONIQUE / Fête des Pères, mon oeil ! Je ne peux pas voir mes enfants à moins de deux mètres. C’est la même chose qu’à la fête des Mères. Mes enfants et moi, on ne vit plus sous le même toit depuis des années, donc distanciation obligée.

Ma fille et mon fils vivent à Montréal ; ma blonde et moi, à Chicoutimi. On côtoie des gens immunosupprimés, on fréquente des personnes âgées et on voit des gens qui ont des systèmes respiratoires fragiles. On doit donc respecter les consignes de la santé publique, même si, dans la région, on le constate, le deux mètres ressemble de plus en plus à un mètre, surtout depuis qu’on peut se rassembler à l’intérieur et dans les restaurants.

Mon fils m’a clairement fait savoir qu’il était impossible de gérer une distanciation de deux mètres avec sa petite Flora, qui est âgée de 3 ans et qui court partout. On a donc remis à plus tard les quelques jours de vacances qu’on avait prévus. J’espère qu’un jour, le Dr Arruda annoncera en conférence de presse que les grands-papas peuvent prendre leurs petits-enfants dans leurs bras.

Respect inégal des consignes

Alors qu’ici, dans la région, des gens à l’intérieur d’une même bulle ont recommencé à se serrer la main et à se faire des câlins, on doit encore demeurer distants vis-à-vis nos jeunes montréalais.

Évidemment, nous n’avons pas tous des comportements égaux quant aux consignes de la santé publique. Une amie me racontait dernièrement que sa mère, qui vit sur la Côte-Nord, est venue lui rendre visite après le déconfinement des régions. En arrivant chez elle, sa mère l’a prise dans ses bras et a fait de même avec son amie, leur faisant la bise. Les deux sont restées surprises.

Elle m’a expliqué comment elle s’est mal sentie, elle qui respecte la distanciation depuis le début de la pandémie, en évitant les accolades et les bisous sur la joue avec les proches.

Elle s’est laissée câliner, mais avec une boule dans le ventre, sans vraiment en profiter.

Les vieux papas

C’est triste tout ça. C’est triste cette distanciation.

Je pense aux papas âgés, dont plusieurs sont vraiment découragés de toutes ces mesures et qui commencent à trouver qu’on en fait trop.

Imaginez un vieux papa avec toute sa lucidité et son expérience de vie qui voyait ses enfants au travers d’un cadre de porte, il y a trois mois, et qui disait : « Ben voyons ! C’est donc ben simple, ces affaires-là. Entrez dans la maison, passez au salon, prenez le temps de prendre un verre. » Et nous de dire : « C’est pour vous protéger qu’on fait ça. »

Et là, asteure, on peut entrer dans les maisons, s’asseoir dans le salon et prendre un verre avec nos vieux papas âgés. On peut leur dire qu’ils ont raison de nous trouver compliqués. On n’a pas le choix d’écouter le docteur à la télé, qui répète sans cesse que ce qui était vrai hier ne l’est plus aujourd’hui.

Les papas, fête des Pères ou pas, reprennent tranquillement leurs activités avec leurs enfants. Ils ont eu l’occasion de se confiner avec eux, dans la maison, et de vivre à temps plein, alors que les écoles avaient fermé leurs portes.

Les papas ont eu l’occasion de jouer leur rôle de papa comme jamais auparavant, durant ce confinement. Pour certains, ç’a été une occasion de rapprochement ; pour d’autres, leur patience a été mise à dure épreuve. « Vive les services de garde », se disaient-ils.

Hâte que ça finisse

On a hâte que ça finisse et on se pose beaucoup de questions chaque fois que les mesures de restriction deviennent plus permissives. Pendant que des milliers de gens se rassemblent dans les rues pour manifester dans des zones chaudes de Montréal, on doit se tenir loin de nos enfants qui vivent dans la métropole.

En attendant, on essaie de faire pour le mieux à distance.

Jeudi dernier, pour souligner la réouverture des restaurants, on a décidé de réserver à la terrasse de l’Inter sur la Racine, avec une belle et longue soirée d’été de juin.

Comble de malheur: on se demande s’il faut annuler, à cause de la chaleur intense. Généralement, à Chicoutimi, on annule une réservation parce qu’il pleut ou qu’il fait trop froid, mais s’abstenir de manger sur une terrasse parce qu’il fait trop chaud, en soirée, il fallait que ça arrive la semaine de la réouverture des restos...

Il faisait 36 degrés Celsius à 17 h, avec peu de vent.

Vraiment, les restaurateurs ne l’ont pas facile.

Mais une fois la chaleur passée, l’ombrage arrivé, nous étions contents de revoir des gens, attablés autour d’une bière, lors d’un beau 5 à 7 d’été.