Pas le temps de faire des partys

CHRONIQUE / « Il faut discuter avec les jeunes si on veut les convaincre de l’importance de la situation. Il faut leur poser des questions et leur expliquer. Plus on prend le temps d’expliquer, mieux c’est, et il faut de l’information crédible. »

Dès dimanche, à la télé de Radio-Canada, dans le cadre d’une émission spéciale, la Dre Cécile Rousseau, pédopsychiatre, a parlé des bons mots à choisir avec les jeunes.

« On n’utilise pas les mêmes mots pour parler à un enfant de 3 ans qu’à un enfant de 7 ans, sans les tétaniser, ou à un ado, en lui imposant un comportement, sachant que souvent, ils font le contraire. Il faut faire appel au sens des responsabilités sociales », a-t-elle conseillé.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a d’ailleurs demandé aux artistes et aux influenceurs sur les réseaux sociaux de passer le message aux jeunes, en leur disant que ce n’est pas le temps de faire le party. « Passez l’info, pas le virus », pourra-t-on voir dans une campagne de sensibilisation prochainement.

Pour une rare fois, les sciences psychosociales et les sciences pures – sciences molles et sciences dures, diraient certains – se passaient la parole dans un échange très instructif.

La pédopsychiatre était à la même table que les microbiologistes Cécile Tremblay et Karl Weiss et Mona Nemer, conseillère scientifique en chef du Canada, à l’occasion de l’émission spéciale de Découverte animée par Anne-Marie Dussault et Charles Tisseyre.

Tableaux, chiffres et anxiété

Pendant que les scientifiques décrivaient ce virus qu’on ne connaît pas bien et qu’ils expliquaient pourquoi il fallait appliquer les mesures de sécurité et de distanciation sociale pour éviter d’engorger les unités de soins intensifs dans nos hôpitaux, à l’aide de tableaux et de chiffres, la scientifique psychosociale expliquait l’angoisse et la peur que vivent les gens.

« La peur est utile dans ce genre de situation. Elle nous appelle à nous renseigner et à nous protéger. La peur peut aussi nous amener à réagir de façon contraire en disant : “Je n’ai pas peur.” La pensée magique, c’est aussi une façon de se protéger contre la peur. Ou encore, la peur peut nous paralyser » a fait valoir la dame, qui invite les parents à bien gérer l’isolement.

« Les enfants vont lire l’angoisse des parents dans leur visage. Donner trop d’informations peut aussi être angoissant. Ce n’est pas bon de passer 12 heures par jour devant la télé pour entendre parler du coronavirus », a-t-elle relevé.

La peur des plus de 80 ans

Le public pouvait poser des questions pendant cette émission spéciale et une dame de 80 ans a demandé si elle devait se résigner à mourir, si elle était atteinte de la COVID-19. Les scientifiques venaient de présenter un tableau démontrant que les risques de décès augmentent avec l’âge des personnes. Le taux de mortalité est de 15 % pour les gens de 80 ans et plus.

Il a fallu l’intervention de la science sociale pour désamorcer la situation en inversant la statistique. « Il faut constater que les personnes de 80 ans et plus ont 85 % des chances de s’en sortir. Il est important de rester positifs, car la façon dont on se sent influence notre immunité. Si nous sommes stressés ou déprimés, notre immunité diminue » a fait valoir la spécialiste des traumatismes.

« Le Québec d’aujourd’hui n’est plus le même qu’il y a une semaine », a lancé Dr Karl Weiss, qui est aussi président de l’Association des microbiologistes et infectiologues du Québec.

La responsabilité de chacun

« La prévention de chaque individu, de chaque famille, est importante. Ça va nous placer dans une position où nous pourrons grandement embêter ce virus. Il faut être inventifs. Il existe des données scientifiques sur les effets de la quarantaine, mais c’était avant la présence des réseaux sociaux. Il faut rester en contact avec nos gens », a conclu la pédopsychiatre.

Personne ne veut se faire pointer du doigt dans un mois parce qu’il n’a pas respecté les consignes.

Les scientifiques souhaitent qu’on soit capables de se mobiliser sans contrainte et soulignent le fait qu’une solidarité, ça se construit. « Il n’est pas trop tard pour prendre des mesures pour contrer cette pandémie. On va toujours devoir prendre des mesures qu’on n’a pas prises la veille », a déclaré Mona Nemer, conseillère scientifique en chef du Canada.

L’émission spéciale de Radio-Canada, même si elle est déjà vieille de plus de 48 heures, est disponible en ligne.