Pas de jeunes au théâtre

CHRONIQUE / Dario Larouche fait partie des rares artistes qui vivent du théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’est un acteur important du milieu théâtral, mais il est beaucoup plus présent dans les coulisses que sous les projecteurs. Il célèbre cette année les 20 ans du Théâtre 100 masques, la troupe de théâtre où il occupe la direction générale et qui a réalisé pas moins de 49 productions, dont 20 théâtres d’été depuis 1999.

« Nous sommes continuellement en répétition, car nous mettons à l’affiche une trentaine de représentations par année si on tient compte de nos deux productions annuelles, la création de Noël, le théâtre d’été et les ateliers de créations estivales qui se terminent par une saynète », défile Dario Larouche lors d’une entrevue accordée dans la loge mythique du Côté-Cour.

« Au cours des 20 dernières années, le milieu du théâtre a considérablement changé. D’abord il ne sort pas beaucoup de comédiens des écoles. Il y a 20 ans, on pouvait compter sept ou huit finissants en théâtre à l’UQAC alors que de nos jours il en sort un ou deux par année, quand il y en a. Il y a des années où il n’y a aucun finissant en théâtre dans le bac interdisciplinaire en art », met en relief celui qui est aussi auteur et metteur en scène.

Dario Larouche, grand acteur du milieu théâtral au Saguenay, souligne les 20 ans du Théâtre 100 masques.

Absence des jeunes

Une autre constatation que fait Dario Larouche c’est l’absence des jeunes lors des représentations théâtrales. « C’est fou comme on ne voit pas les jeunes qui sortent des cégeps et de l’université. On ne les voit pas dans nos salles. Ils ont peut-être plus de distractions ou d’intérêts différents qu’à notre époque. Les jeunes qu’on voit au Festival Regard sur le court métrage, par exemple, ne viennent pas voir du théâtre », constate Dario Larouche.

« Le Théâtre du Faux Coffre avec les Clowns noirs fait un peu mieux, mais ils sont allés chercher leurs spectateurs presque un par un dans les écoles secondaires pendant dix ans d’activités parascolaires », dit-il. « Aux 100 masques, on reçoit des centaines de jeunes qui s’intéressent au théâtre dans nos ateliers d’été, l’intérêt est là, mais ça ne se traduit pas dans nos salles », évoque le créateur.

Dario Larouche ne se montre pas inquiet pour l’avenir de son art. « C’est cyclique ; le théâtre existe depuis plus de 2500 ans, c’est la forme la plus simple d’expression, ça se résume à un texte, des comédiens et des spectateurs. Ça va toujours exister, c’est un art qui doit se réinventer. Si tu t’emmerdes dans une soirée de théâtre, il y a peu de chances que les gens y retournent », fait valoir celui valorise cet art.

Pouvoir de provocation

« Le théâtre a toujours un grand pouvoir de provocation, il a marqué l’histoire du Québec et on l’a vu encore récemment avec les controverses du spectacle SLAV de Robert Lepage », donne-t-il en exemple. C’est probablement que l’offre de divertissement est de plus en plus variée pour les jeunes. « Le discours public ces temps-ci parle plus de sport, de saines habitudes de vie et de jouer dehors. Le théâtre n’occupe pas une grande place dans les médias, sans compter qu’il y a énormément de divertissements avec les nombreux festivals, les spectacles d’humour et une très grande offre télévisuelle qui monopolise beaucoup d’attention », analyse le directeur général du Théâtre 100 masques.

Notre homme de théâtre fait pourtant sa part pour animer les planches culturelles du Saguenay. Non seulement Dario Larouche dirige le Théâtre 100 masques, mais il assume parallèlement la direction générale du Côté-Cour de Jonquière et du Festival de musique de création, sans compter qu’il a pris quelques semaines, cette année, pour réécrire les dialogues et mettre en scène Le Procès à l’ancienne de la Société historique du Saguenay, en plus d’une tâche d’enseignement à l’UQAC et au Cégep. »

« J’adore ce que je fais, je jouis d’une totale liberté de création et j’organise mon temps pour être toujours en avance dans mes projets, je suis toujours à mon affaire et jamais à la dernière minute », confie le producteur qui consacre également beaucoup de temps à la lecture d’œuvres théâtrales. Il se considère plus un chercheur que comme un metteur en scène.

Faire preuve d’imagination

Comme dans bien des domaines, l’argent et le soutien financier sont au cœur de bien des projets. « Le manque de moyens financiers nous oblige à une réflexion plus grande pour produire des œuvres. Je m’arrange pour que les trois quarts du budget servent à payer les artistes. Les décors et accessoires de scène deviennent secondaires, ce qui nous oblige à faire preuve d’imagination », indique celui qui peut compter sur un important inventaire de costumes dans les locaux des 100 masques.

Le père Noël est une ordure sera la production qui prendra l’affiche au théâtre d’été de La Pulperie pour célébrer ce 20e anniversaire.