Le père Ammar Shamoon (38 ans), son épouse Nawal Habash (38 ans), leurs filles Anwar Alqas Hanna (18 ans), Farah Alqas Hanna (16 ans), Rimi Alqas Hanna (13 ans), Malak Alqas Hanna (4 ans), le garçon, Polus (10 ans), et la grand-maman Salma Alqas Hanna (61 ans) étaient tous souriants et heureux d’être au Canada, en avril 2018. Sur la photo, ils signaient le livre d’or de Saguenay en compagnie de la mairesse Josée Néron. Leur présence au Saguenay, malgré un accueil et une intégration exceptionnelle, n’aura duré guère plus d’un an.

Partis du Saguenay malgré tout

CHRONIQUE / La mairesse de Saguenay, Josée Néron, a fait part, récemment, d’un plan d’action pour accueillir et intégrer de façon durable les immigrés qui arrivent dans la métropole régionale. Le ministre de l’Immigration du Québec, Simon Jolin-Barrette, était aux côtés de la mairesse pour annoncer la création de deux nouveaux postes d’agents d’aide à l’intégration, un à Chicoutimi et l’autre à Jonquière, afin de faciliter l’accompagnement des nouveaux arrivants.

Honnêtement, le défi d’inciter des immigrants à demeurer de façon permanente au Saguenay exige un alignement des planètes qui n’arrive qu’en de rares exceptions.

J’ai suivi, au printemps 2018, l’arrivée d’une famille irakienne à Chicoutimi. Malgré toutes les belles promesses, un accueil exceptionnel et des efforts d’intégration sans pareil, la famille de réfugiés irakiens d’Ammar Shamoon a quitté le Saguenay en mars dernier.

Tout a pourtant été fait en matière d’inclusion, d’accueil et d’intégration. Le couple du secteur nord de Chicoutimi, composé de Réjean Bergeron et de Monique Simard, avait décidé de passer à l’action pour se rendre utile face la crise des réfugiés. Ils ont monté un dossier avec la fabrique de la paroisse Sainte-Anne pour accueillir une famille qui fuyait les violences de l’Irak et de l’État islamique en se réfugiant au Liban.

Le couple, qui dirige la ferme d’alpagas sur le boulevard Sainte-Geneviève, avait réussi à amasser des fonds en plus de passer deux ans à remplir la paperasse pour parrainer cette famille composée du père, de la mère, de la grand-mère et de cinq enfants.

Tout a été fait

Le couple Bergeron-Simard a tout fait pour que cette intégration soit une réussite. Ils ont loué un autobus Intercar pour aller les chercher à l’aéroport de Montréal. Ils les ont ramenés au Saguenay en pleine nuit alors qu’il neigeait abondamment dans la Réserve faunique des Laurentides. Ils leur ont trouvé une grande maison sur les terres où ils élèvent des alpagas. Ils les ont accompagnés pour l’inscription des enfants à l’école, à l’hôpital quand c’était nécessaire, à l’épicerie. Ils leur ont trouvé des vêtements offerts par de généreux donateurs, une automobile, des emplois. Ils les ont aidés à aménager un jardin, à apprendre le français ; ils ont tout fait. C’est Monique Simard qui faisait le lien avec les professeurs à l’école. Elle utilisait les services d’un interprète quand c’était nécessaire. Le couple leur a fait visiter la région d’un bout à l’autre et la paroisse Sainte-Anne les accueillait à la messe les dimanches. Les enfants étaient bien intégrés, ils avaient rapidement appris à parler français et s’étaient faits des amis à l’école. Malgré tout ça, ils ont quitté pour retrouver une communauté irakienne à Sherbrooke.

De la déception à la compréhension

Réjean Bergeron s’est réconcilié avec leur départ malgré tous les efforts que son épouse et lui ont déployés pour les accueillir. « Quand ils ont décidé de partir, j’étais en colère, j’étais déçu, car on s’était investis à fond dans cette démarche. Mais avec le temps, j’ai fini par comprendre, on aurait peut-être fait la même chose à leur place », concède-t-il.

« Dans le fond, ces gens n’avaient pas vraiment l’intention de rester à Chicoutimi. Ce qu’ils voulaient à tout prix, c’était de fuir les violences de leur pays et sortir du Liban où ils étaient réfugiés. Notre démarche aura été une étape pour eux, pour faire avancer leur dossier d’immigration », constate Réjean Bergeron, qui ne regrette rien dans leur projet de parrainage de réfugiés.

« Il y a des Québécois qui passent l’hiver en Floride et qui se regroupent avec d’autres Québécois, c’est un peu normal que des réfugiés irakiens veuillent se retrouver avec d’autres Irakiens dans un pays étranger. Ce sont des réfugiés étrangers qui ont subi des violences et ils recherchent des gens de leur communauté », philosophe l’éleveur d’alpagas.

Plus facile pour les jeunes

« Je suis convaincu que les enfants vont s’intégrer facilement au Québec et qu’ils vont parler français dans un proche avenir. Malgré leur jeune âge, ils servaient déjà d’interprètes pour leurs parents. Ils me téléphonent régulièrement pour prendre des nouvelles et continuent de m’appeler papy ; les liens vont rester malgré leur départ. Les jeunes auraient aimé rester ici, mais leurs parents voulaient partir. Je comprends cependant que pour des adultes qui ne parlent pas la langue, l’intégration est plus difficile et c’est naturel qu’ils aient le goût de se retrouver avec d’autres adultes de la même origine et qui parlent la même langue qu’eux », confie le Chicoutimien.

L’immigration permanente au Saguenay risque de demeurer une affaire d’exception, et ce, malgré un guichet unique à Saguenay et des ressources permanentes pour gérer ces dossiers. Les milieux communautaire et social de Saguenay sont très accueillants pour les immigrants étrangers à Saguenay, mais des barrières comme la langue et le froid sont des embûches très difficiles à surmonter.