«Au final, ces personnes souffrant d'une maladie mentale se retrouvent dans le système judiciaire, la solution moderne pour prendre soin de nos malades en crise.»

Où sont nos hospices?

CHRONIQUE / Le cri du coeur de la comédienne bien connue dans la région, Guylaine Rivard, est apparu jeudi sur sa page Facebook dans le cadre de la campagne Cause pour la cause pour nous sensibiliser aux maladies mentales. Le message de la femme de théâtre commence ainsi : « Quand la vie devient un véritable cauchemar ».
Elle continue en décrivant la situation suivante : « Je connais une personne exceptionnelle souffrant d'une énorme détresse psychologique. Ses parents, malheureux comme les pierres doivent la tenir à l'écart malgré leur amour inconditionnel. Une situation d'une extrême cruauté pour eux. Hier (mercredi), en ce jour de Cause pour la cause, cette personne vulnérable et démunie a une fois de plus perdu le contrôle, détruisant tout autour d'elle. La colère était si violente que le propriétaire de son logement s'est vu forcé de demander l'aide de policiers qui l'ont conduite à l'hôpital. Minuit 15, le médecin lui donne son congé, elle n'a pas de manteau, pas de clef, pas un sou sur elle et son appartement est sens dessus dessous. Elle appelle ses parents afin qu'ils viennent la chercher en pleine nuit. Sachant qu'ils sont à l'origine même de la crise de la veille, ceux-ci ne se sentent pas en mesure de lui venir en aide, comme ça en pleine nuit. Attristés et inquiets, ils refusent de venir la chercher et téléphonent au 911 paniqués pour demander de l'aide. Comme s'ils n'en avaient pas assez sur la conscience au chapitre de la culpabilité, on informe les parents qu'il faudrait qu'ils portent plainte pour bris de condition, pour que les policiers viennent la chercher à l'hôpital ? Porter plainte, l'abandonner comme ça, sans manteau, sans clef, sans un sou, ou venir la chercher. Bouleversés, ils ne savent plus... On dit que la nuit porte conseil ?
ÉPUISÉS, LE COEUR BRISÉ, ILS ATTENDENT IMPUISSANTS ET EN COLÈRE...
NE POUVANT S'EMPÊCHER DE CRAINDRE... ». Une cinquantaine de messages d'encouragement suivent ce cri du coeur.
Trois à quatre appels par jour
La police de Saguenay reçoit de trois à quatre appels de ce genre chaque jour. Au final, ces personnes souffrant d'une maladie mentale se retrouvent dans le système judiciaire, la solution moderne pour prendre soin de nos malades en crise.
Les médecins, les psychiatres, les psychologues ne peuvent plus faire grand-chose pour ces gens malades à part les diagnostiquer, leur prescrire des médicaments et des rencontres d'évaluation. Après les consultations médicales, on les retrouve dans la société, livrés à eux-mêmes à faire des crises à répétition en se montrant violents envers leurs parents, leurs proches et finalement envers les policiers.
On finit par porter plainte dans le but de les judiciariser et les faire entrer dans un système où les policiers les prennent en charge en passant la plupart du temps par l'incarcération avant de trouver des ressources pour en prendre soin.
Qu'on passe par les médecins ou par les policiers, on revient toujours à la case départ dès que ces personnes retournent en société alors qu'ils ne prennent plus leurs médicaments ou qu'ils se mettent à consommer de l'alcool et des drogues et c'est le cercle vicieux qui continue.
Ils sont où les asiles, les hospices ou les Roland-Saucier de ce monde qui accueillaient ces gens à une époque où nos malades mentaux ne croupissaient pas en prison automatiquement ? Il y a bien quelques bénévoles ici et là qui soutiennent des organismes d'aide pour les familles, mais ce qu'il faut c'est une maison d'accueil permanente avec des chambres, du personnel, des services pour accueillir ces gens comme un CHSLD, comme une résidence pour personnes âgées. Si ça fait peur au monde d'appeler ça une résidence pour malades mentaux, appelons ça un Centre d'accueil pour personnes souffrant de troubles ou de comportements déficients et de mésadaptation sociale (CAPPSTCM), peu importe, le fait est que le statu quo n'est plus une option en matière de maladie mentale. Ce n'est pas normal que la gestion de ce problème de société se retrouve entre les mains des policiers. La judiciarisation a ses limites.
Si Martin Matte a réussi à créer une fondation pour faire construire une maison pour son frère et les autres personnes souffrant d'un traumatisme crânien, le Québec devrait s'en inspirer pour faire construire des maisons pour malades mentaux dans toutes les régions du Québec.