Certes, on ne peut pas reprocher aux jeunes hommes la domination masculine du passé, mais vous pourriez peut-être faire partie des soixante prochaines années de support et d’accompagnement pour l’amélioration de la condition des femmes dans la société, pour ainsi vous assurer qu’il sera de plus en plus facile d’être une femme dans nos sociétés.

Osez le féminisme!

CHRONIQUE / Lors d’une discussion, récemment, je lance un chien dans un jeu de quilles pour voir un peu ce que les jeunes pensent du féminisme. Je leur demande s’ils ont vu passer l’information selon laquelle une avocate britannique, mère de famille, voulait faire interdire le conte La belle au bois dormant des lectures obligatoires à l’école de son fils, car le prince donne un baiser non consentant à la princesse pour la réveiller de son sommeil. Le bisou devient donc un problème d’agression sexuelle.

Évidemment, la discussion a déraillé, car tous, ou presque, considéraient que dans la foulée de #metoo ou #dénoncetonporc, les féministes allaient trop loin. Parfois il faut aller trop loin et commettre des excès pour faire évoluer les choses.

Une femme s’invite dans la conversation en disant « moi, à l’âge de huit ans, j’apprenais que le masculin l’emporte sur le féminin. C’est comme ça que j’ai commencé ma vie de jeune fille et c’était réglé pour toujours ». On part de loin quand on parle de condition féminine. Il y a de vieux ancrages à déboulonner et les excès ont parfois leur raison d’être, ne serait-ce que pour provoquer un débat ou une réflexion.

Ne rien laisser passer
Ça m’a rappelé l’entrevue que j’avais réalisée avec Marthe Vaillancourt, avant son décès la semaine dernière. Celle qui a fondé le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) était une féministe de la première heure. Elle me racontait que la condition de la femme en société était telle qu’il fallait ne rien laisser passer. Elle avait même dénoncé publiquement un journaliste du Quotidien qui avait traité les joueurs des Sags de fillettes, car ils avaient mal joué lors d’un match.

La piètre condition des femmes en société a toujours été et il faut continuer encore la lutte pour que la cause des femmes progresse. Lors d’un voyage à Ottawa, ma conjointe a été très émue devant la sculpture Les femmes sont des personnes sur la colline du Parlement. Elle n’en revenait pas de constater que jusqu’en 1929, les femmes n’étaient pas considérées comme des personnes en vertu de la loi canadienne. La sculpture montre les « Les célèbres cinq » (famous five) d’Alberta, Emily Murphy, Irene Parlby, Louise McKinney, Henrietta Muir Edwards et Nellie McClung, qui ont lutté pour faire changer la loi. Inauguré en 2000, il s’agit de la première statue représentant des femmes canadiennes sur la Colline. Il en a fallu du temps pour honorer des femmes.

Le droit de vote aux femmes a été accordé le 25 avril 1940 au Québec, c’est tout récent dans notre histoire. Il n’y a pas si longtemps, les filles mères devaient laisser leur enfant à la crèche, ce que Gilles Vigneault qualifie de « barbarie au masque de vertu », dans la chanson Madame Adrienne.

J’ai grandi en regardant des films à la télé où les hommes frappaient les femmes au visage pour montrer leur virilité. J’ai vécu aussi cette période où le machisme était à la mode au début des années 80 alors que les blagues sexistes alimentaient les soirées entre gars.

Osez le féminisme
Heureusement, la société a évolué et une forme de respect mutuel s’est installée entre les sexes. Il y a encore de vieux relents qui refont surface à l’occasion, on le voit dans plusieurs domaines d’activités, comme la politique, où les femmes sont jugées plus sévèrement, ou sur le plan professionnel, où souvent une femme doit être deux fois plus performante qu’un homme pour accéder à de haut poste de direction.

Vous ne trouverez personne pour valider cette information, mais quand il est question d’embauche, l’allusion au fait que des dirigeants ne veulent pas embaucher de femmes au début de la trentaine qui n’ont pas d’enfant, ça existe. Ces candidates risquent d’être enceintes dans les prochaines années et profiter des congés de maternité, une situation que ne veulent pas gérer certains administrateurs.

Je trouve que les jeunes garçons sont un peu sévères à l’égard du féminisme. « Elles veulent l’égalité, bien qu’elles le soient ; on ne peut pas nous reprocher 10 000 ans de domination masculine », disent certains jeunes que j’ai rencontrés. Certes, on ne peut pas vous reprocher la domination masculine du passé, mais vous pourriez peut-être faire partie des soixante prochaines années de support et d’accompagnement pour l’amélioration de la condition des femmes dans la société, pour ainsi vous assurer qu’il sera de plus en plus facile d’être une femme dans nos sociétés. Osez le féminisme, disent certains.

Une affaire d’homme aussi
Les hommes doivent faire partie du féminisme et pas seulement lors de la Journée internationale de la femme. Ça doit se faire tous les jours dans les discours que vous servez à vos enfants, à vos amis, à vos collègues. L’homme et la femme que vous êtes aujourd’hui vont contribuer à façonner ce que sera la société de demain. Nous sommes beaucoup plus fiers aujourd’hui de ceux qui ont donné le droit de vote aux femmes que de ceux qui ne voulaient pas leur attribuer ce droit.

Je trouve qu’il y a beaucoup plus de fierté à faire partie du mouvement féministe et de participer à l’avancement du droit des femmes que de rester en retrait du débat de société. Le féminisme aura toujours sa raison d’être et les gars doivent en faire partie, tout autant que les femmes.