Frédéric Coulombe, Steeve Tremblay, Nicolas Gagnon, Marc-Antoine Gaudreault et Duniesky Montoro de l’entreprise Eloi Boudreault pendant leur 15 minutes de pause à l’ombre.

On prend un p’tit deux sur le toit

CHRONIQUE / « Les gens sont gentils. En début de semaine, alors qu’une de nos équipes de couvreurs était en pause, une dame est venue leur déposer des serviettes d’eau froide derrière la nuque pour les rafraîchir », me raconte Frédéric Coulombe, couvreur professionnel, que j’ai rencontré sur la rue Saint-Jean-Baptiste à Jonquière.

C’est que la journée de jeudi était particulièrement chaude, à Saguenay, avec plus de 33 degrés au mercure. Je prenais des notes au soleil et la sueur me coulait sur les tempes. J’avais de la difficulté à imaginer comment des travailleurs de la construction pouvaient survivre sur une toiture à clouer du bardeau d’asphalte par une telle chaleur.

Le boyau d’arrosage sur le toit

« C’est dur. La radiation du soleil sur la toiture rend encore plus difficile le travail, la chaleur vient à la fois d’en haut et d’en bas » explique Frédérick Coulombe, chef d’équipe pour l’entreprise Éloi Boudreault, qui compte 15 ans d’expérience dans le domaine.

« On monte un arrosoir sur le toit. En arrosant de temps en temps, ça fait baisser la température et on en profite pour s’arroser la tête », lance Nicolas Gagnon, couvreur de dix ans d’expérience qui s’est invité dans la conversation. « On a 15 minutes de pause le matin et 15 minutes de pause l’après-midi. Avec des chaleurs pareilles, on s’prend un p’tit deux sur le toit, le temps de prendre une gorgée d’eau et de soulever notre casque pour respirer un peu », dit-il.

J’ai rencontré l’équipe de couvreurs pendant leur 15 minutes de pause, en après-midi. Ils avaient tous le t-shirt trempé de sueur et les cheveux mouillés, sauf Duniesky Montoro, un Cubain d’origine qui travaillait en manche longue pour se protéger de la chaleur.

Des journées de neuf heures

« Ici, c’est un beau contrat, le toit n’est pas trop en pente, c’est moins dur pour les pieds. C’est parce qu’on travaille toujours en déséquilibre et c’est dur en fin de journée », fait savoir le chef d’équipe. Les ouvriers devaient cependant changer les planches de la couverture par des feuilles de 4 X 8. « C’est encore assez lourd à trimballer par ces grandes chaleurs, sans oublier qu’on déplace au moins 50 paquets de bardeau par jour qui pèse chacun 80 livres (36,3 kg). Le soir en arrivant à la maison, après une journée de neuf heures de travail, on n’a comme pas le goût de partir faire une balade de vélo », dit-il.

« Moi, après ma journée sur les toits, je travaille sur mes projets de rénovation à la maison », lance Nicolas Gagnon en riant, en nous montrant ses photos de dalles de patio sur son téléphone. « Je vais avoir 25 ans demain et ça fait 10 ans que je fais ce métier ; j’aime ça encore », précise-t-il.

Frédéric Coulombe, Steeve Tremblay, Nicolas Gagnon, Marc-Antoine Gaudreault et Duniesky Montoro de l’entreprise Eloi Boudreault travaillent sous la surchauffe du soleil et du bardeau d’asphalte.

« C’est compliqué de trouver de la main-d’œuvre. Il y a la pénurie de travailleur, mais en plus couvreur, c’est un métier difficile, c’est dur physiquement. Il y a des jeunes qui commencent avec nous et qui partent au bout de deux ou trois jours pour ne plus revenir », explique Frédéric Coulombe.

« Moi, ça fait trois jours que j’ai commencé et je ne suis pas encore parti, j’aime ça », m’informe Marc-Antoine Gaudreaut, 19 ans, qui vient juste de terminer son DEP en charpenterie-menuiserie au CFP d’Arvida et qui gagne entre 25 $ et 35 $ de l’heure.

Journée de surchauffe

« Il y a des gars qui aimeraient commencer plus tôt le matin pour finir plus tôt en après-midi, mais les clients et les voisins dorment à 6 h du matin. Dans ces chaleurs, on boit beaucoup, c’est le secret », fait savoir le chef d’équipe qui a déjà été témoin de coup de chaleur de la part de travailleurs. « Ce n’est pas drôle, les gars deviennent blancs avec les lèvres bleues, ils sont étourdis et il y en a qui vont jusqu’à vomir », raconte Frédéric Coulombe.

Les toits de maison peuvent atteindre une température de 77 à 80 °C sous le soleil d’été, et ce phénomène de surchauffe est très dur à supporter. C’est le même phénomène pour ceux qui posent du bitume sur la chaussée. « C’est un métier qu’on aime ou qu’on n’aime pas. On travaille à l’air libre, nous ne sommes jamais au même endroit, ça nous fait découvrir des coins de notre région. Moi j’aime ça. J’ai travaillé cinq ans dans une usine, toujours à la même place et je mouchais noir à la fin de la semaine, pour recommencer le lundi matin. Ça, plus jamais », de conclure le couvreur.