Ann-Sophie Gagné, de Chicoutimi a vaincu l’anorexie et agit à titre de porte-parole de l’événement Victoire, de la Fondation de ma vie, une campagne de financement pour la Clinique multidisciplinaire de l’adolescence de l’hôpital de Chicoutimi.

On en guérit ou on en meurt

CHRONIQUE / Pendant notre entrevue, j’ai demandé à Ann-Sophie Gagné quel serait le conseil qu’elle donnerait aux parents qui vivent avec un enfant anorexique? Elle a répondu: «Je leur dirais d’être comme mon père et ma mère. Ils m’ont toujours fait sentir belle, ils n’ont jamais forcé la conversation, ils ne m’ont jamais forcée à manger, ils ne m’ont jamais bousculée. À la fin, ce sont les seules personnes qui te restent autour de toi», a confié avec émotion, devant sa mère, la jeune fille de 18 ans, qui a réussi à vaincre cette maladie.

Ann-Sophie a participé jeudi à l’événement Victoire, de la Fondation de ma vie, à titre de porte-parole de cette campagne de financement pour la Clinique multidisciplinaire de l’adolescence de l’hôpital de Chicoutimi. Elle a accepté de raconter son passage dans l’enfer de l’anorexie, le TCA (trouble du comportement alimentaire) le plus important chez les adolescents.

«Je pense que tout a commencé par une dépression. Avant, j’ai toujours été une fille qui avait confiance en elle. J’aimais la vie, je faisais le clown. En sixième année, j’ai changé d’école pour me retrouver en anglais intensif et je pense que ça m’a bouleversée. En entrant à [l’École secondaire] Charles-Gravel, j’ai trouvé ça difficile», explique celle qui a compris bien des choses ces trois dernières années.

«J’ai toujours eu un surplus de poids, et en entrant au secondaire, on voit les autres, et là, j’ai décidé de perdre du poids. J’ai fait du vélo et j’ai changé mon alimentation jusqu’à ce que ça devienne toxique comme comportement. J’ai diminué mon alimentation et j’évitais tous les événements où il y avait de la nourriture. Quand tu te mets à faire une fixation là-dessus, tu te rends compte qu’il y a de la nourriture partout, tout autour de nous. J’évitais les soupers de famille. On n’a plus le goût de ne rien faire, on s’isole. À l’école, je jetais mon lunch à la poubelle. Les gens remarquent tes changements de comportement et ta perte de poids, mais tu t’en fous. J’ai descendu à 79 livres», raconte la Chicoutimienne, qui ne monte plus sur une balance depuis son processus de guérison.

Perdre la vie

Même si les effets sont différents d’une personne à l’autre, Ann-Sophie a vécu tous les grands classiques de ce trouble alimentaire, comme la phobie de toujours se regarder dans le miroir et de toujours vouloir perdre du poids. «Le but de cette maladie, c’est de perdre la vie. Ce n’est pas compliqué: tu guéris ou t’en meurs», tranche sans hésitation la jeune adulte, qui a été hospitalisée à deux reprises.

«Pour moi, l’hôpital, c’était comme un monstre. Je ne voulais pas rester là. Ç’a été un choc. J’étais prête à manger pour que les spécialistes croient que j’étais guérie afin de sortir de là, pour ensuite recommencer à perdre du poids. C’est la maladie qui te fait penser comme ça. J’ai l’impression que c’est quelqu’un d’autre qui a habité mon corps pendant trois ans», témoigne Ann-Sophie, dont les mots se bousculaient un peu dans sa bouche avec l’intensité de son récit.

«Je voulais de l’aide, mais l’anorexie repoussait tous les gens qui voulaient m’aider. Un moment donné, tu ne sais plus à qui en vouloir, et t’as juste le goût de te faire du mal. Quand je rencontrais ma psy, une femme que j’adore aujourd’hui, je ne voulais rien savoir et je répondais oui, non, peut-être à ses questions», relate la jeune fille, qui a retrouvé la joie de vivre.

Raconter son histoire

La porte-parole de l’événement Victoire était très heureuse d’avoir été approchée par la Fondation de ma vie. «J’avais raconté mon histoire dans un travail personnel en cinquième secondaire, et ça m’a fait beaucoup de bien d’en parler. Mélissa Viau (chroniqueuse jeunesse dans Le Progrès) a fait un texte à ce sujet dans le journal, et j’ai ensuite passé à l’émission de Denis Lévesque à TVA», détaille celle qui souhaite aider ceux qui souffrent de trouble alimentaire par ses témoignages.

Ann-Sophie étudie présentement en journalisme au département d’Art et technologie des médias du Cégep de Jonquière et elle affiche déjà de grandes qualités pour les communications. Elle a écrit un livre de bord tout au long de sa maladie. «C’est ma psy qui a mes notes, et j’ai hâte de mettre la main là-dessus pour relire comment je me sentais durant cette période», conclut l’étudiante, qui est certes destinée à une carrière en communication.