Omer Harvey est un grand bénévole de la motoneige au Québec.

Omer Harvey : monsieur motoneige

CHRONIQUE / Omer Harvey d’Alma trimballe ses fesses sur des motoneiges depuis 56 ans partout au Québec. Il fait partie des fondateurs des clubs de motoneige de la région au début des années 1970 et n’a jamais cessé de s’impliquer depuis l’achat d’un Snow-Cruiser en 1966. C’est lui, du haut de ses 78 ans, qui était le guide de la caravane de concertation, la semaine dernière, pour une balade de 1300 kilomètres reliant les monts Valin à la réserve d’Oujé-Bougoumou à Chibougamau. Il connaît tous les sentiers comme le fond de sa poche et il parcourt encore de 8000 à 10 000 kilomètres de sentier chaque hiver.

« J’ai toujours été un gars de moteur, un gars de mécanique. On a ouvert des sentiers de motoneige à la hache et à la scie mécanique, dans le temps. On voulait toujours aller plus loin. On partait avec des bougies dans les poches et une paire de pinces pour couper les clôtures des cultivateurs », raconte-t-il en riant tout en se prenant la tête entre les mains, lui-même fils de cultivateur.

Endormir les enfants en ski-doo

« Le soir, on partait en ski-doo pour endormir les enfants, on les endormait au gaz », blague le plus grand bénévole de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ). Lors de notre escapade sur le circuit de la passerelle du 49e parallèle, j’ai osé prétendre à Mario Gagnon, président de la FCMQ, que chaque région devait avoir son Omer Harvey au sein de leur organisation et il m’a répondu : « Non. Omer est une exception, il n’y a pas d’égal au Québec pour l’industrie de la motoneige », a-t-il assuré.

Omer Harvey en a fait beaucoup, sur une longue période et il en fait encore beaucoup pour l’avancement de la pratique de la motoneige. Il a donné des cours de formation aux patrouilleurs de la province, il est à l’origine avec l’Association touristique régionale de la publication de la première carte de sentiers régionaux de motoneige en 1987 en plus de s’impliquer à la fédération provinciale comme président.

Bénévole à vie

Lors d’un souper au site de Chute à l’Ours à Normandin, le député fédéral Richard Hébert a tenté une comparaison des sentiers de motoneige avec la véloroute des Bleuets et Omer Harvey a bondi sur sa chaise.

« Ne comparez pas la Véloroute avec les sentiers de motoneige. Notre réseau de sentiers a été entièrement développé par des bénévoles qui négocient des droits de passage, qui les entretiennent et qui voient à la signalisation. Nous n’avons jamais reçu d’aide financière pour mettre en place ce réseau. À l’époque, on n’a pas acheté de terres pour faire passer nos sentiers », a-t-il insisté devant le député de Lac-Saint-Jean pour, encore une fois, se porter à la défense du bénévolat dans cette industrie et faire valoir leur travail.

Notre motoneigiste de 78 ans monte encore sa motoneige le plus souvent qu’il peut. « À la retraite, j’ai plus de temps et mon épouse m’accompagne la plupart du temps. C’est plus facile aujourd’hui avec les motoneiges quatre temps, les poignées chauffantes, les sièges chauffants, les casques chauffants antibuée et même les bottes chauffantes. On peut se brancher au complet sur la motoneige », fait-il remarquer.

Omer Harvey roule encore des milliers de kilomètres par année, mais il concède qu’il ne ferait pas 18 000 kilomètres, comme en 2004, alors qu’il a parcouru les sentiers de la province avec d’autres bénévoles pour enregistrer les données GPS des sentiers.

L’impact incroyable du Raid Harricana

Monsieur motoneige garde de bons souvenirs de toutes ses années dans les sentiers et des nombreuses heures consacrées à l’avancement de la motoneige. « J’ai fait la promotion de notre grand tapis blanc en France avec des délégations touristiques et j’ai même passé quelques semaines en Russie pour les aider à mettre sur pied un réseau de sentiers de motoneige, mais mon plus beau souvenir demeure l’organisation du Raid Harricana en 1990, 1991 et 1992.

« Harricana a fait vendre notre tapis blanc partout en Europe, c’était une organisation extraordinaire. Nicolas Hulot de la chaîne TF1 et René Metge gagnant et organisateur du Paris-Dakar ont demandé à me rencontrer en 1989 pour organiser un raid en motoneige dans les grands espaces du Québec. Ça va faire 30 ans l’an prochain et je m’en rappelle comme si c’était hier », indique Omer Harvey.

Organisation internationale

« C’était une très grosse organisation avec 33 équipes de trois compétiteurs pour parcourir plus de 3000 kilomètres hors pistes ; c’était tout un exploit. On avait deux hélicoptères pour suivre et filmer les coureurs, en plus d’un avion pour les liaisons satellites et les communications et toute une équipe de journalistes européens qui suivait à bord d’une caravane », se rappelle le vieux routier qui a été des premières sorties de repérage pour le tracé.

« René Metge voulait absolument traverser le lac Saint-Jean le soir, lors de la première édition, pour un départ du Ski-Ranch de Saint-Gédéon en direction de Roberval pour une distance de 32 kilomètres. J’avais recruté 32 bénévoles qui allumaient des feux de détresses à chaque kilomètre pour orienter les motoneigistes dans la bonne direction », relate Omer Harvey qui n’oubliera jamais les impacts de cette course pour l’industrie de la motoneige.

Le Raid Harricana fait partie des grands événements internationaux de la région qui ont marqué l’imaginaire.

« Avec l’évolution des motoneiges, on pourrait facilement refaire un événement de ce genre et les temps seraient plus rapides qu’à l’époque », conclut-il avec un brin de nostalgie.