Roger Blackburn
Puisque les festivals seront plutôt inexistants cet été, le droit de consommer dans différents parcs de Saguenay est une bonne façon de socialiser.
Puisque les festivals seront plutôt inexistants cet été, le droit de consommer dans différents parcs de Saguenay est une bonne façon de socialiser.

Occupons enfin nos espaces publics

CHRONIQUE / Le conseil municipal de Saguenay a annoncé lundi, par un avis de motion, que la consommation d’alcool pour accompagner un repas serait permise dans sept parcs de la ville dans le cadre des mesures sanitaires liées à la COVID-19.

Cette décision prise en pleine pandémie pour accommoder les commerces devrait être la norme en tout temps pour l’avenir. Les citoyens devraient avoir ce droit depuis longtemps. Pensons aux jeunes qui n’ont pas d’endroit pour se réunir et prendre une bière ensemble, pensons aux amis qui vivent dans des appartements et qui n’ont pas de cour arrière pour pique-niquer entre eux avec une bouteille de vin.

Ce n’est pas sept parcs qu’on devrait rendre accessibles, mais tous les parcs de la ville. Cette décision pour cause de pandémie devra s’installer de façon permanente à Saguenay. Pour l’instant, les élus ont pris une excellente décision, et ça s’imposait. Il y a peu de propriétaires, et encore moins de locataires, qui peuvent recevoir dix personnes avec distanciation de deux mètres dans leur cour arrière.

En autorisant la consommation d’alcool dans les parcs, ça va permettre aux jeunes de sortir du bois ou des pics de sable pour se réunir. Des gens de toutes les générations pourront se rencontrer dans des lieux publics comme cela est possible lors du Festival des bières ou du Festival des vins. On a le droit de prendre une bière pendant un spectacle, mais pas entre amis en fin d’après-midi pour socialiser, ça n’a pas de sens.

Pour les restaurateurs et les citoyens

Ce changement réglementaire vise en premier lieu à aider les restaurateurs qui vivent une période très difficile avec la fermeture de leur établissement. Cette mesure ne devrait pas être mise en place seulement pour accommoder les restaurants, mais devrait être la norme pour accommoder les citoyens. La Ville de Saguenay attend les instructions de la Santé publique pour mettre en place son plan de match et permettre l’occupation de l’espace public pour agrandir les terrasses.

La permission d’agrandir les terrasses ne sera qu’un baume sur les plaies des restaurateurs. Avec les étés nordiques et pluvieux qu’on connaît dans la région, ça va prendre plus que quelques tables à l’extérieur pour rendre vivantes ces terrasses qui auront besoin de chaleur plus chaleureuse que la chaleur humaine.

Comme le dit le maire Labeaume de Québec, y faut se tricoter un bel été. En des termes différents, la mairesse de Saguenay Josée Néron souhaite aussi que les citoyens passent un bel été. « Il faut réinventer la ville tous les jours. On prépare des façons de faire et le lendemain, il faut refaire nos devoirs parce que les règles de la Santé publique ont changé », commente la mairesse.

« Cet avis de motion pour permettre de consommer de la boisson dans sept parcs en prenant un repas est valide jusqu’au 31 décembre 2020. Il faut considérer cette démarche comme un projet pilote. Ça réinvente la façon d’occuper le territoire de notre ville », a exprimé Josée Néron lors d’une entrevue téléphonique.

« S’il y a des demandes provenant des associations des centres-ville pour d’autres endroits, de petits parcs par exemple près des commerces, nous sommes ouverts à considérer ces demandes », dit-elle.

« C’est d’abord et avant tout pour accommoder les restaurants qui servent des repas pour emporter que nous permettons la consommation d’alcool dans ces endroits publics. Si tout se passe bien, je n’exclus pas la possibilité de conserver cette façon d’occuper le territoire de la ville dans les années à venir, ce n’est pas improbable », concède la mairesse qui veut observer comment va évoluer ces nouvelles « permissions sociales ».

Faut le faire comme du monde

Pour ma part, ça fait longtemps que j’aurais permis ça. Mais comme l’a souligné le maire Régis Labeaume dans une allocution télévisée cette semaine, il faut que ça se fasse comme du monde.

Ce n’est pas le temps de virer des souleries et de péter des bouteilles sur les murs de pierre pour se défouler. On a la chance de prouver à nos dirigeants que nous sommes des adultes responsables et qu’on est capable d’occuper notre espace public de manière festive en respectant les consignes de Santé publique et aussi de Sécurité publique.

Si des gens sont capables de passer des heures sur des plages publiques à se lancer le frisbee et le ballon de football en prenant un verre, on doit être capable de faire ça dans un parc.

La mairesse de Saguenay dit que ça va prendre un peu d’encadrement parce que plusieurs parcs sont utilisés par des enfants durant la journée et il ne faudrait pas se retrouver avec des tessons de bouteilles cassées sur le sol.

Donc, ramassez vos déchets, ne surchargez pas inutilement les poubelles publiques ; c’est un autre des conseils du maire Labeaume. Utilisez vos espaces publics intelligemment, peut-être que nos élus vont lâcher un peu de lousse pour que nos étés soient plus agréables pour festoyer entre amis.

Dans quelques jours, on va pouvoir laisser nos rencontres virtuelles en se disant : hey, on vas-tu faire un 5 à 7 sur la zone portuaire? « Je ramasse une pizza chez Sorrento ; va nous chercher du vin ; Jo va amener de la bière et des coupes en plastique ». Voilà comment ça se passe dans de nombreux pays d’Europe. Il n’y a pas de raison qu’on ne puisse plus profiter de nos étés qui durent à peine deux mois en occupant nos espaces publics. Si la COVID-19 nous laisse ça en héritage, c’est déjà ça de gagné.