«Notre monde ne veut pas ces jobs-là»

CHRONIQUE / Le président-directeur général des Serres Toundra de Saint-Félicien, Éric Dubé, a publié une mise au point dans le journal Le Progrès de samedi concernant des ouï-dire en ce qui a trait aux subventions et aux retombées économiques de l’entreprise qui fait pousser des concombres dans le Haut-du-Lac.

Bienvenue à l’ère des réseaux sociaux, Monsieur Dubé, une tribune où quiconque peut se manifester sans qu’on sache s’il s’agit de leur véritable identité et sans pouvoir distinguer le vrai du faux.

Un des ouï-dire concernant les retombées économiques est que les travailleurs étrangers qui œuvrent aux serres n’ont aucun impact économique pour la ville de Saint-Félicien, car ils travaillent dix heures par jour, six jours par semaine, et retournent la majorité de leur salaire au Guatemala ou au Mexique pour faire vivre leurs familles.

Plus facile pour eux

« Notre monde ne veut pas faire ces jobs-là. Nous avons besoin des travailleurs étrangers pour faire la récolte. Je ne sais pas, peut-être que c’est plus facile pour eux, ce sont des gens habitués à la chaleur et à l’humidité. Les travailleurs étrangers sont indispensables pour faire avancer ce projet », a commenté Benoît Laprise, l’ancien maire de Saint-Félicien (de 1983 à 1994) et ancien député du Parti québécois dans Roberval (1994 à 2003).

J’ai rencontré Benoît Laprise au restaurant Ô Mets Chinois, sur le boulevard Sacré-Cœur. L’ancien maire dînait en compagnie de son fils Gervais Laprise, qui est aussi conseiller municipal, sur les traces de son père. Juste à la table d’à côté, il y avait l’ancien débuté du Bloc québécois dans Chicoutimi, Robert Bouchard, et l’ancien candidat du Bloc dans Jonquière, Pierre Forest, nommé tout récemment à titre de directeur général de la Société nationale des Québécois de la région. Admettons que les forces nationalistes étaient à l’honneur autour de ces tables.

Des cas isolés

« Les gens qui remettent en question le projet des serres sont des cas isolés. Il faut avoir de la vision à long terme dans ce genre de projet. La culture des concombres a vu le jour grâce à la vision d’utiliser l’énergie de l’usine, il y a 25 ans, avec un parc hydrothermique. Il faut être visionnaire. Les travailleurs étrangers qu’ils embauchent aujourd’hui seront peut-être les familles de demain à Saint-Félicien. On s’implique de plus en plus pour les intégrer à la communauté et il y aura encore une soirée d’accueil cette semaine », fait valoir M. Laprise, qui n’a rien perdu de sa verve et qui s’exprimait avec conviction dans la salle à manger.

Les Serres Toundra sont un projet rempli de promesses. Il devait y avoir quatre phases de construction pour quatre serres, avec 500 employés, pour 2020. Actuellement, on compte environ 170 travailleurs et une seule serre est en production. Les problèmes de main-d’œuvre apparaissent comme un véritable frein pour le développement des serres.

Promesses non remplies

De nombreuses entreprises de la région vivent la même problématique et doivent freiner leur développement en raison de la pénurie de main-d’œuvre. En novembre dernier, un groupe de 32 immigrants de toutes origines est débarqué à Chicoutimi pour passer des entrevues avec des représentants de 28 compagnies, afin de pourvoir à des postes et de pallier le manque de main-d’œuvre criant au sein des entreprises régionales. Plusieurs entrepreneurs ont confié qu’ils devaient freiner leur développement et qu’ils refusaient des contrats.

Quand les projets retardent et que les promesses s’estompent, la grogne émerge dans la population. Le dernier épisode en lice est la vente du presbytère de l’église de Saint-Félicien à deux actionnaires des Serres Toundra, Éric Dubé et Caroline Fradette, qui ont l’intention de transformer le bâtiment pour loger les travailleurs guatémaltèques des serres.

Vente du presbytère

Le conseil de fabrique a décidé de vendre le presbytère pour la somme de 350 000 $.

Le maire de Saint-Félicien, Luc Gibbons, en poste depuis plus d’un an, n’a rien à redire sur la vente du presbytère. « Il n’était pas question pour nous d’en faire l’acquisition. Nous avons déjà suffisamment de bâtisses sur le territoire de la municipalité. Le conseil de fabrique a choisi de le vendre, c’est leur décision », de dire le maire, que j’ai rencontré lundi soir, à l’issue du conseil municipal.

Une dame de Saint-Félicien, Jeannine Lavoie, a créé une page Facebook qu’elle administre sous le nom de « Gens de Saint-Féliciens debout », dans laquelle elle dénonce cette vente rapide.

Sur les réseaux sociaux, ça ne demeure que des commentaires « facebookiens », ce qui équivaut aux commentaires des gérants d’estrade au hockey.

Mme Lavoie, que j’ai rencontrée au conseil municipal, m’a avisé qu’une pétition pour interdire la vente du presbytère serait bientôt mise en ligne et distribuée dans les commerces de la ville.