Météo catastrophe

CHRONIQUE / Les prédictions météorologiques ont pris beaucoup de couleurs avec les années. Parfois même ça dépasse l’imagination. Quand j’étais jeune, mon père avait reçu un baromètre comme cadeau de retraite de l’Alcan. De temps en temps, il tapotait sur la vitre avec le bout de son index pour fait bouger l’aiguille et il prédisait le temps. «Le temps s’en va au beau fixe ou il va y avoir du mauvais temps», les prédictions se résumaient à ça: beau ou mauvais.

Je me rappelle les premiers bulletins météo quand les météorologues commençaient à nous parler de dépressions qui venaient de l’Ouest ou de vague de haute pression, ou de système dépressionnaire. Ils commençaient à nous perdre un peu avec leur vocabulaire scientifique. Ce qu’on voulait savoir c’est: est-ce qu’il va faire beau ou s’il va pleuvoir? Les probabilités de précipitation, le refroidissement éolien et l’index UV se sont ensuite ajoutés pour enrichir notre vocabulaire sur la météo.

Météoréalité

De nos jours la météo est presque devenue une téléréalité qu’on suit quotidiennement et le vocabulaire pour l’exprimer ne cesse de s’aggraver. La dernière expression en liste parle de bombe météorologique; la catastrophe hivernale est à nos portes. «Cette expression ne vient pas des bureaux d’Environnement Canada, je vous l’assure. Les Américains aiment bien ce genre de mots qui sont ensuite récupérés par les médias, ça fait plus sensationnel, exprime Jean-Philippe Bégin, météorologue depuis cinq ans à Environnement Canada. Nous on préfère parler d’une tempête qui s’intensifiera rapidement», a-t-il dit lors d’une entrevue réalisée jeudi avant que la bombe météorologique nous débarque dessus.

Quand on habite au Saguenay-Lac-Saint-Jean, des prévisions de 15 à 20 cm de neige avec des rafales de vent à 50 km/h, ça ne nous énerve pas trop. On sait que ce n’est pas le temps de rouler sur les routes régionales, mais qu’il sera toujours possible de se déplacer en ville. Les rues de quartier peuvent être praticables avec 10 cm à 15 cm de neige sans que les déneigeuses passent pendant 24 h et pour les autres artères les camions s’activent généralement assez rapidement. En région, nous n’avons pas la même météoréalité que dans les grandes villes comme Montréal ou Québec.

Choix des mots

Depuis quelques années, les prévisions météorologiques ont énormément gagné en popularité, à un point tel que des chaînes spécialisées y sont consacrées 24/h sur 24/h. Évidemment, pour faire de l’information en continu sur le temps qu’il fait, ça prend un peu d’imagination et un vocabulaire varié pour ne pas être trop répétitif. 

C’est pour ça que maintenant les tempêtes deviennent des avertissements et des veilles de tempête hivernale, qu’un mercure à la baisse se traduit par une vague de froid polaire, que les vents sont exceptionnellement forts, que la neige devient aveuglante, que la poudrerie provoque la formation de congères et qu’il y a des avertissements de blizzard et de froid extrême. Le refroidissement éolien nous fait peur et les expressions «bombe météo», «cocktail météo», «tempête historique», des avertissements «d’onde de tempête» ou de «vortex polaire» nous donnent plus de frissons que les conditions météorologiques elles-mêmes.

«Le choix des mots demeure important pour ne pas minimiser l’importance des phénomènes. Pour les prévisions de jeudi et vendredi, on utilise l’expression tempête intense, c’est ce qui est le plus significatif pour la population», précise le météorologue Jean-Philippe Bégin, qui n’hésite pas à utiliser des expressions comme «froid nordique» quand la vague de froid vient du Nord ou de froid polaire quand le mercure descend sous la barre des moins 25 Celcius.

Les outils pour mesurer les prévisions météorologiques ont beaucoup évolué au cours des dernières années et les celles à court terme sont de plus en plus précises. «Plus la prédiction est courte dans le temps, plus elle est précise, mais il est maintenant possible, à quelques variations près, de prédire des phénomènes météorologiques à plus de 72h, comme pour cette tempête qu’on a vue arriver sur la côte Est, et prédire ses impacts sur l’est du Québec», fait remarquer celui qui est passionné de météorologie.

«Je me passionne pour la météo depuis l’âge de 10 ans et j’ai fait mes études en sciences atmosphériques à McGill pour devenir météorologue, une profession qui me passionne encore aujourd’hui», a-t-il confié entre deux prévisions de neige abondante pour la région.