Les bénévoles de la Légion canadienne étaient nombreux au brunch des sans-abri.

Mécène du prendre soin

CHRONIQUE / La Légion canadienne a remis 80 coupons à la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi pour son brunch annuel du temps des Fêtes. Je pose la question au vice-président de la Légion, Alain Langlois, qui accueillait les visiteurs à l’entrée : « Il y a vraiment 80 sans-abri à Chicoutimi ? » « Il y en a bien plus que ça », dit-il. « Il y en a pas mal plus que ça, je te jure », renchérit Mario Gagnon, ce mécène de la gentillesse et du prendre soin, bien connu pour sa caserne de jouets.

« Il y a des gens qui ne l’ont pas facile dans la vie. Il y a toutes sortes de causes à l’itinérance et à la misère humaine. Ça peut être une perte d’emploi, des mauvaises décisions, de mauvaises fréquentations, de la consommation de drogue, d’alcool ou de la maladie mentale. Il y a des gens dans la vie qui ont besoin d’encadrement et qui n’en ont pas », résume Mario Gagnon, qui considère que les ressources en société sont insuffisantes pour ces gens.

On leur a retiré leurs enfants

Il y avait ce couple dans le fond de la salle qui se préparait à partir. Elle, 50 ans, et lui, 46 ans, ils avaient terminé leur déjeuner et ils enfilaient leur tuque et leurs mitaines pour repartir à la maison avec des sacs de vêtements chauds que leur ont donnés les anciens militaires de la Légion. Ils ont accepté de témoigner de leur condition.

« Nous sommes sur l’aide sociale. On a fait des mauvais choix dans notre vie, on a fait des conneries, on a consommé, on nous a retiré nos enfants. Nous avons le droit de les voir une heure trente aux six semaines. Avant on pouvait les voir trois heures aux trois semaines ; j’ai l’impression que les travailleurs sociaux nous prennent pour des fous. On dirait qu’ils travaillent davantage pour briser les familles que pour les aider », dénoncent ce père et cette mère qui sont très tristes de savoir leurs enfants de 6 et 10 ans dans des familles d’accueil.

« On ne verra pas nos enfants à Noël et eux non plus ne se verront pas. Le frère et la soeur ne se verront pas à Noël, c’est triste », dit cette mère qui a été diagnostiquée bipolaire, il y a quelque mois. « On les a vus le 24 novembre et la prochaine visite sous surveillance ne sera pas avant le mois de janvier. On essaie de se prendre en main, mais la bipolarité c’est difficile, ce n’est pas une maladie, c’est un trouble de l’humeur et je suis très affectée par les émotions », dit-elle pendant que son conjoint confirme ses dires.

« Elle a été hospitalisée encore récemment. On tente tant bien que mal de s’en sortir, mais ce n’est pas facile. Des déjeuners comme celui de ce matin ça met un peu de bonheur dans nos coeurs », fait valoir le père de famille, content de repartir avec des vêtements chauds.

« Mario (Gagnon) nous aide beaucoup, il avait mis de côté pour moi un beau manteau d’hiver trouvé dans la récolte de vêtements. Il me l’a donné en disant ‘‘tiens je trouvais qu’il t’irait bien, il est de ta grandeur’’ », témoigne la maman.

« Le mal triomphe à cause de l’inaction des gens de bien ; j’ai lu cette citation récemment, je ne me souviens plus c’est de qui, mais je trouve que c’est vrai pareil », s’exprime l’homme de 46 ans quand il parle des gens qui gèrent le dossier de leurs enfants.

L’histoire de Serge

Il y a Serge, 33 ans. Son histoire a fait les manchettes, il y a deux ans. Son père, décédé en 2014, souffrait du syndrome de Diogène (désordre compulsif qui force les gens à accumuler des objets inutiles). La maison était pleine de moisissures. Encore une fois c’est Mario Gagnon qui a pris l’affaire en main pour rénover l’appartement de Serge qui vivait avec sa mère et sa soeur.

« Il y avait des champignons partout dans la maison, j’ai été à l’hôpital trois semaines, ils ont trouvé une bactérie, causée par les champignons. Sans Mario je ne serais pas là, c’est mon sauveur. »

Malheureusement, la vie a mal tourné pour Serge, il a posé des gestes de violence contre sa mère et il a été condamné à ne pas avoir de contact avec elle pendant un an. Il s’est donc retrouvé à la rue et ça fait plusieurs mois qu’il demeure dans la Maison des sans-abri à Chicoutimi.

Il aide beaucoup de monde

C’est quoi ta maladie Mario, de vouloir aider tout le monde dans le besoin que tu rencontres ? « Je ne le sais pas, c’est plus fort que moi, je suis né comme ça. J’ai été adopté dès ma naissance. Ma mère m’a donné à sa soeur deux jours après ma naissance. Jusqu’à l’âge de 15 ans, pour moi ma mère biologique était ma tante, ça fait bizarre de découvrir ça à l’adolescence », raconte l’aidant naturel des mal pris de Chicoutimi.

Martine Aubé, la conjointe de Mario, était assise en face de lui pendant notre rencontre et je lui demande en blague : «Vous faites comment pour vivre avec le père des enfants pauvres ? « Je trouve ça dur, on fait du bénévolat ensemble et la période des Fêtes est très intense. Il aide beaucoup de monde, y a plus de limites, c’est plus fort que lui. De plus on dirait qu’en vieillissant, on est plus sensible, ça nous touche plus, on ne s’habitue pas à la misère des gens. Le pire souvent c’est que les familles des sans-abri sont gênées d’eux, ils ont honte de ce que sont devenus leurs proches, alors ces gens se sentent rejetés. Notre aide leur fait du bien », conclut-elle en serrant la main de son bienfaiteur de chum.

Mario Gagnon et sa conjointe Martine Aubé, des aidants naturels pour les démunis de Chicoutimi.