Rosaire Verreault, retraité depuis 25 ans, artiste et bricoleur, pose devant ses créations réalisées dans sa petite chambre du Manoir Champlain.

«Mais je suis bien»

CHRONIQUE / On passe le temps comme on peut quand on a 87 ans, qu’on habite dans un petit un et demi dans une résidence pour personnes âgées et qu’on souffre d’un manque d’équilibre dans ses déplacements. Il suffit parfois de peu de choses pour remplir sa vie et les journaux n’en parlent pas.

Rosaire Verreault a pris la décision de s’installer au Manoir Champlain il y a près de quatre ans.

« Je perdais l’équilibre à tout bout de champ, je tombais et je me cognais partout. Je ne pouvais plus rester à la maison. Je me déplace avec une marchette, mais c’est chambranlant. Mes enfants m’en ont acheté une belle avec des roues et des freins, c’est plus facile ainsi », raconte le vieux monsieur, qui voulait me faire découvrir les objets de décoration qu’il fabrique.

« J’aime bien ma chambre. Ce n’est pas grand, mais je n’ai pas besoin de plus, me dit-il, assis dans sa chaise, en me montrant son lit, près de la cuisinière à deux ronds et la petite table de cuisine. Je prends le repas du midi à la cafétéria et pour le reste, je m’organise. J’aime bien me faire à manger. C’est mon voisin qui fait mes courses à l’épicerie. »

« Je ne pouvais pas passer le reste de ma vie assis sur ma chaise à ne rien faire. Il fallait que je fasse quelque chose et c’est là que j’ai décidé de décorer mon étagère avec des bâtons de bambou. J’y ai mis tout mon temps. Je suis quelqu’un qui se couche tôt et je me lève vers 4 h ou 5 h du matin. Ce projet de bricolage m’a permis de passer le temps et de me faire bouger un peu, explique Rosaire Verreault. Je pouvais bricoler tôt le matin, mon passe-temps ne faisait pas trop de barda. »

« J’ai eu une belle vie, vous savez ».

Il me parle de son fils décédé à l’âge de 6 ans à cause d’un problème à un rein, me raconte aussi comment ses quatre filles prennent soin de lui et des visites qu’il reçoit.

« J’ai travaillé toute ma vie pour la Ville de Chicoutimi-Nord avant qu’on fusionne avec Chicoutimi, en 1976. Je faisais un peu de tout, j’étais à l’entretien et j’ai même été paysagiste. Je gagnais 0,75 $ de l’heure. On était content quand on a monté à un dollar de l’heure. Ce n’était pas la vie d’aujourd’hui », philosophe le vieux monsieur, qui a pris sa retraite à l’âge de 61 ans.

« J’ai acheté plusieurs pots de colle, ces dernières années. Tous les objets que j’ai réalisés sont des créations originales. Je n’avais pas de modèle, je n’ai rien copié », précise-t-il.

Rosaire Verreault s’amuse à fabriquer des objets de décoration.

« Mes deux dernières créations sont un moulin à vent et un phare. J’ai réussi à installer un système d’éclairage à l’intérieur et je n’ai pas peinturé le bambou pour laisser passer la lumière », décrit l’homme, qui a toujours eu un tempérament artistique.

« Dans le temps, j’étais musicien. Mon groupe s’appelait Les joyeux copains. Mon frère jouait du violon, un autre de l’accordéon et je jouais de l’harmonica. Dans le temps du Carnaval-Souvenir, il y avait un concours de musique à Place du Saguenay et j’ai gagné le premier prix », se souvient-il. Une de ses filles l’a amené voir le film La Bolduc au cinéma, l’an dernier. « C’était de mon temps, cette époque-là », fait-il remarquer.

« J’ai fait de la peinture aussi, au cours de ma vie. J’étais, comme on dit, un peintre sur demande. Si quelqu’un voulait une peinture avec un Ski-Doo je lui faisais, si un autre voulait un paysage avec de l’eau, je lui faisais. Je les vendais 25 $ et je ne fournissais pas. J’ai tout arrêté ça. Ça ne me dit plus rien », avoue-t-il.

J’ai passé une bonne heure à jaser avec Rosaire Verreault de sa vie fort simple et de ses bricolages, qui l’ont aidé à passer le temps. « Il y a des gens qui m’ont dit que je devrais montrer mes créations, que c’était trop beau pour que ça reste ici sans que personne ne les voie. C’est pour ça que je vous ai téléphoné, là au moins les gens vont savoir ce que j’ai fait », commente Rosaire Verreault, qui vit dans sa dernière place.

« Vous savez, j’en ai plus de fait qu’il m’en reste à faire. Je suis rendu à l’étape des dernières fois. J’ai déménagé pour la dernière fois, j’ai acheté ma dernière voiture, j’ai acheté ma dernière chaise, ma dernière télé. Je suis conscient que je suis parti sur l’autre bord et qu’on ne peut pas revenir en arrière, mais je suis bien. J’aime bien ma place », conclut-il.