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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Carl Huth, copropriétaire des restaurants l’Inter et du Rouge Burger Bar.
Carl Huth, copropriétaire des restaurants l’Inter et du Rouge Burger Bar.

Livraisons coûteuses pour les restaurateurs

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CHRONIQUE / Des fois, j’ai l’impression de vivre à des années-lumière des nouvelles applications qui arrivent dans l’univers du 2.0. Je n’arrive pas à suivre, il y a trop de notre vie dans ce foutu téléphone qui est devenu un prolongement de ce que nous sommes. J’ai fait la connaissance de l’application SkipTheDishes (plus besoin de faire la vaisselle), récemment. Évidemment, ce sont les jeunes adultes qui m’ont mis au parfum de ce service de livraison qui a pris de l’ampleur durant la pandémie.

Avec toutes les normes sanitaires, les restaurateurs ont dû tirer dans toutes les directions pour s’en sortir. Quand ton métier est de faire vivre une expérience client aux gens avec le savoir-faire de la cuisine servi en salle à manger, tu es loin de tes chaussures quand tu dois servir des mets pour emporter.

Avant la pandémie, on faisait livrer à l’occasion à la maison, mais on appelait ceux qui avaient un service de livraison. Si on voulait autre chose ailleurs, on allait le chercher en commande pour emporter ou en commande à l’auto.

Dans la première vague de la pandémie, les restaurants qui avaient un service de livraison ont connu une nette augmentation des commandes. « J’étais sur la route avec mes employés, les commandes entraient régulièrement et on voyait seulement les voitures de livraison habituelles des restaurants connus de Chicoutimi dans les rues de la ville. Dans la deuxième vague, nous avons remarqué une baisse des commandes de livraison et on a cherché à comprendre. On s’est rendu compte qu’une part de notre marché était passé entre les mains de l’application Skip. Les consommateurs pouvaient maintenant commander des repas dans des restaurants qui n’avaient pas de service de livraison », explique Jean-François Abraham, du restaurant Chez Georges.

Plus que de la livraison

« Skip, ce n’est pas seulement un service de livraison, c’est aussi une application mobile qui fait la promotion de ton restaurant quand tu t’inscris sur leur site. Il y a des promotions et les utilisateurs ont le choix entre plusieurs restaurants afin de passer leur commande qui sera livrée par des livreurs de Skip embauchés localement », fait savoir Jean-François Abraham.

Curieusement, Chez Georges a son propre service de livraison, mais fait tout de même affaire avec l’application Skip.

« Des livreurs de Skip se présentent ici au restaurant pour apporter des commandes à des clients qui ont commandé via l’application. Ça nous permet de nous faire connaître auprès d’une nouvelle clientèle, mais nous ne savons pas à qui sont livrés les repas commandés par Skip. Nous avons nous aussi une application mobile pour notre service de livraison et ça nous permet d’interagir avec la clientèle, et leur proposer des promotions et vérifier avec eux si le repas qu’ils ont commandé était à leur goût. Le service de Skip nous propose de nouveaux clients, mais nous ne les connaissons pas et on ne peut même pas insérer une publicité dans le sac de livraison pour inviter ces clients à utiliser notre application mobile », mets en relief le restaurateur.

Jean-Francois Abraham, copropriétaire du restaurant Chez Georges.

Service onéreux

Les applications de livraison sont comme le Facebook de la restauration ; ils vous proposent du contenu qu’ils n’ont pas réalisé. Ils font autant, sinon plus de profit, que le restaurateur sans gérer de restaurant. Pour bénéficier des services de livraison Skip, le restaurateur doit lui verser entre 25 et 30 % du prix de la commande à livrer. En plus, Skip charge des frais de livraison d’environ 4 $, sans compter que le livreur s’attend à recevoir un pourboire de 3 à 4 $. On compte une quarantaine de restaurants de Saguenay inscrit sur le site de Skip.

Livraison locale

Ce nouveau joueur dans la livraison vient modifier considérablement le monde de la restauration. Carl Huth, des restaurants l’Inter, Rouge Burger Bar et Fabricca, sur la rue Racine à Chicoutimi, a fait le choix de travailler avec des forces locales en faisant livrer ses repas par les chauffeurs de Taxis Unis.

« Les coûts d’opération dans un restaurant sont de 30 % pour l’achat de nourriture, 30 % pour le personnel et un autre 15 à 20 % pour les frais fixes comme le loyer et les équipements. Je ne pouvais pas donner 30 % de mes revenus pour le service de livraison. D’autant plus qu’en faisant affaire avec la plateforme Skip, je n’avais pas de contact avec la clientèle », fait savoir Carl Huth.

« En s’associant avec un partenaire comme Taxis Unis, nous avons fait le choix d’un service local. Nous chargeons 4 $ pour la livraison au client, nous ajoutons un autre montant pour le chauffeur de taxi et nous arrivons à payer entre 12 % et 15 % pour les frais de livraison », estime le restaurateur.

Nouveau marché pour les taxis

Pour Hugo Lapointe, directeur et propriétaire de Taxis unis, il s’agit d’une collaboration intéressante.

« Depuis notre entente avec l’Inter et le Rouge Burger Bar, d’autres restaurants utilisent nos services. La Voie Maltée, le Bistrot D, Le Gros Luxe et Joachim font affaire avec nous pour la livraison de repas », mentionne Hugo Lapointe.

« Skip, ça va vampiriser les restaurants comme Uber s’est attaqué à l’industrie du taxi. L’application s’accapare la clientèle des restaurants pour en faire leurs clients à eux. Les clients disent qu’ils ont commandé du Skip ou qu’ils ont mangé du Skip hier soir à la maison », met en relief le directeur de Taxis unis.

Hugo Lapointe de Taxis Unis, en compagnie de Raphaël Girard, copropriétaire du Rouge Burger Bar, lors de la signature d’une entente de livraison en octobre dernier.

Au final, c’est le consommateur qui va payer pour les services de livraison. Certains restaurateurs affichent des prix différents, qu’on mange en salle à manger ou qu’on fasse livrer. Il faut bien que le restaurateur compense le 30 % qu’il donne au service de livraison.