Lise Payette, qui pose avec le joueur Jacques Lemaire, a gardé les buts du Canadien dans le cadre d’un reportage en février 1973.

Lise Payette, je vous aimais tant

Le décès de Lise Payette laissera un grand vide dans l’univers féminin au Québec. J’ai tant aimé cette dame, qui a excellé en communication, en politique et comme auteure – elle aurait peut-être préféré autrice – à la télévision avec ses téléromans.

J’ai passé mon adolescence à écouter l’émission de fin de soirée Appelez-moi Lise de 1972 à 1975. C’est en compagnie de cette dame et de ses invités que je terminais mes journées.

À la fois sérieuse et souriante, dotée d’une grande intelligence et d’une grande culture, elle était capable de faire une entrevue avec un premier ministre ou un joueur du Canadien. Je me souviens de l’avoir vue habillée en gardienne de but lors d’un entraînement du Canadien. Les joueurs lançaient la rondelle dans sa mitaine, alors que Guy Lafleur faisait siffler la rondelle dans le coin du filet. J’adorais ses entrevues. Elle était capable de poser des questions brûlantes, et les invités ne se défilaient pas derrière des phrases clés. L’expression « la cassette » n’existait pas à l’époque.

Elle avait de la considération pour tout le monde et ne profitait jamais de la faiblesse intellectuelle d’un invité pour le coincer. C’était un beau modèle pour un garçon de 11 à 14 ans. Elle osait ridiculiser et dénoncer les concours de beauté féminine, en organisant le concours du plus bel homme du Canada, avec des personnalités publiques qui se prêtaient au jeu.

Cette femme que j’aimais tant a décidé de faire le saut en politique provinciale en se faisant élire dans le gouvernement du Parti québécois en 1976. Je l’ai aussi aimée comme politicienne et comme ministre. Il y avait une douceur et un sourire dans sa voix qui nous incitaient à l’écouter.

Il fallait beaucoup de conviction pour convaincre les députés et ministres du bien-fondé de la Société de l’assurance automobile du Québec. Une chance qu’il n’y avait pas de réseaux sociaux à cette époque. Les détracteurs de cette politique disaient que les gens allaient faire exprès de causer des accidents pour recevoir de l’argent. J’imagine les commentaires sur Facebook. Je crois que ça aurait été viral.

L’affaire des Yvettes
J’étais triste pour elle, au référendum de 1980, quand elle a dû se débattre dans le dossier des Yvettes. Elle voulait défendre le statut de la femme au Québec en dénonçant les femmes soumises. Elle a cité le contenu d’un livre scolaire à l’Assemblée nationale en tant que ministre de la Condition féminine. Sur le Blog du Québec, on rapporte les propos de l’époque qu’il vaut la peine de remettre en contexte.

Lise Payette a lu l’extrait suivant en chambre : « Guy pratique les sports : la natation, le tennis, la boxe, le plongeon. Son ambition est de devenir champion et de remporter beaucoup de trophées. Yvette, sa petite soeur, est joyeuse et gentille. Elle trouve toujours le moyen de faire plaisir à ses parents. Hier, à l’heure du repas, elle a tranché le pain, versé l’eau chaude sur le thé… Après le déjeuner, c’est avec plaisir qu’elle a essuyé la vaisselle et balayé le tapis. Yvette est une petite fille bien obligeante. »

Mme Payette a affirmé que cette période était terminée, en ajoutant à propos du chef du Parti libéral Claude Ryan : « C’est justement le genre d’homme que je hais. Des Yvettes, oui, il va vouloir qu’il y en ait plein le Québec. Il est marié avec une Yvette. » Madeleine Ryan, son épouse, était mère au foyer…comme des milliers de Québécoises ! C’est à la suite de ce commentaire que Mme Ryan a organisé des rassemblements d’Yvettes. Elles étaient 14 000 féministes fédéralistes au Forum de Montréal pour y entendre des discours faisant appel au sens de la responsabilité des femmes. Lise Payette trouvait triste que des femmes se soient soulevées contre elle et que ce cas ait été récupéré par le politique.

Grandes réalisations
Elle nous a fait pester avec le personnage de Jean-Paul Belleau dans le téléroman Des dames de coeur.

À l’occasion de son décès, j’apprends encore plus de choses sur ses réalisations. Je ne savais pas qu’elle était à l’origine de la devise « Je me souviens » sur les plaques d’immatriculation ; que c’était elle qui a organisé le grand party de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal en 1975, alors qu’elle avait rassemblé sur scène Gilles Vigneault, Louise Forestier et Yvon Deschamps, devant une foule record. C’est à cette occasion que Gilles Vigneault a chanté Gens du pays pour la première fois ; c’est aussi grâce à elle que les enfants peuvent, depuis 1981, porter le nom de famille de leurs deux parents.

Au cours des dernières années, Lise Payette a fait parler d’elle pour avoir défendu le cinéaste Claude Jutras dans une affaire de pédophilie et pour avoir tenté de dissuader Léa Clermont-Dion de porter plainte dans une affaire d’agression sexuelle.

Son décès aura pour conséquence de reconnaître l’ensemble de son oeuvre, et non seulement les dossiers des dernières années.

Je me souviendrai toujours de cette femme que j’ai tant aimée.