Partout dans le monde, les étendues d'eau se retrouvent polluées par le plastique.

Liquider le plastique

CHRONIQUE / Je ne suis généralement pas alarmiste. Que ce soit les réchauffements climatiques, l’avènement de l’intelligence artificielle, la déforestation, la disparition de certaines espèces ou autres phénomènes du genre, ça ne provoque pas d’anxiété chez moi. Je m’intéresse, me tiens au courant, pour suivre l’évolution de ces dossiers, et constate ce que les scientifiques en pensent.

Ces sujets ne m’inquiètent guère et je ne considère pas, à tort peut-être, qu’un changement de comportement de ma part va changer quoi que ce soit dans ces problèmes planétaires. Je ne m’achèterai pas une voiture électrique pour sauver la planète, ou je n’arrêterai pas de faire des feux au chalet pour diminuer les gaz à effet de serre. J’ai l’impression que ce sont les leaders mondiaux qui ont les solutions entre leurs mains pour ces enjeux.

La pointe de l’iceberg
Mais récemment, j’ai reçu un grand coup de fouet de sensibilisation derrière la tête en ce qui concerne l’utilisation du plastique. Les images du 7e continent constitué de déchets de plastique m’impressionnaient, mais je me disais, un peu naïvement, qu’avec des efforts et un peu de volonté politique, on finirait par ramasser et récupérer tout ça un jour. C’est quand j’ai su que le plastique visible à la surface des océans ne représentait que la pointe de l’iceberg que le coup de fouet est arrivé. À peine 1 % de ces déchets flotteraient à la surface ou près de la surface de l’eau. C’est le plastique qu’on ne voit pas qui nous affectera le plus.

Les nanoparticules qui se dégradent au fond des océans ont intégré la chaîne alimentaire. Les particules de plastique sont ingérées par le plancton, les petits poissons, les plus gros et finissent par se retrouver dans nos assiettes avec des conséquences encore méconnues.

« Plus il est petit, plus il a une forme sphérique, plus il offre une surface relativement susceptible de s’imbiber de produits chimiques divers, des pesticides comme le DDT, des déchets polluants provenant de l’agriculture, des hôpitaux, etc. Le plastique est hydrophobe et attire ces molécules toxiques comme une éponge », a expliqué le scientifique Gaby Gorsky, directeur scientifique de Tara Expéditions, dans diverses entrevues.

Un autre risque, plus inquiétant encore, c’est que l’enfouissement du plastique pourrait bien polluer les nappes phréatiques et nos réserves d’eau potable. Je capote un peu honnêtement, même si les scientifiques se mobilisent pour éliminer le plastique de notre consommation. Certains chercheurs font valoir qu’ils en détectent déjà dans les échantillons d’urine des êtres humains.

Les personnes les plus alarmistes dans le dossier de la pollution du plastique insinuent que la présence de ces polluants dans la chaîne alimentaire pourrait rendre l’être humain infertile. On ne parle pas ici de l’extinction de la race, mais ça donne tout de même des frissons.

Faire sa part
J’ai donc décidé de faire ma part. Ça ne donnera pas grand-chose, je le sais, mais je trouve qu’on exagère avec le plastique et le suremballage. J’essaierai d’en consommer le moins possible. Donc, fini les bouteilles d’eau ! L’organisation Contact nature Rivière-à-Mars de La Baie annonçait récemment, dans le cadre du Mois de l’eau, qu’elle prend l’engagement de cesser la vente de bouteilles d’eau individuelles en plastique dans ses établissements.

Pour moi, fini les fruits et légumes dans des barquettes d’emballage et fini les sacs d’épicerie. Je vais acheter du ketchup dans des bouteilles de verre, même si elles sont moins pratiques que les distributrices en plastique, je vais recommencer à tapoter le fond de la bouteille pour le faire sortir. Ah oui, aussi, fini les pailles en plastique. McDonald’s veut en faire autant, tout comme de nombreux gouvernements. La tendance est mondiale. IKEA a annoncé récemment qu’elle retirerait tous les produits en plastique à usage unique d’ici 2020 de ses 363 magasins dans le monde ainsi que de tous ses restaurants externes et pour employés.

J’achetais des caisses de 48 bières Heineken au Costco dans des emballages en carton, mais chaque caisse de 24 est emballée dans du plastique et chaque six packs est ceinturé par des attaches en plastique. Je trouve qu’on sucre le sucre. Alors, fini les Heineken. Je trouverai bien une autre marque de bière qui utilise moins de plastique.

Revenir aux bonnes habitudes
Je ne virerai pas fou avec le plastique, mais pour une fois, je vais changer mes habitudes personnelles pour un problème planétaire. Je reviens tout juste d’un voyage en Autralie et un restaurateur de fish and chips m’a remis des ustensiles, comme on en donne dans les restaurants pour des repas à emporter, mais elles étaient en bois avec un emballage de carton au lieu d’ustensiles en plastique enveloppés dans une pellicule plastique.

J’ai grandi dans un environnement de récupération, nous étions 14 enfants à la maison et on remplissait à peine une poubelle par semaine au bord du chemin. Le lait était dans des pintes en verre, les bocaux de moutarde devenaient des verres à boire, les caisses de bière étaient en carton réutilisable, les caisses de boisson gazeuse étaient en bois, les sacs d’épicerie étaient en papier, les meubles de patio étaient en métal ou en bois, et personne n’achetait de bouteilles d’eau. Ça devient difficile de faire des choix responsables, car le plastique est presque partout, mais au moins, c’est un début de sensibilisation.