Roger Blackburn
Rémi Aubin et la caissière Constance Bouchard, de l’Accommodation des 21, demandent à la clientèle de respecter les consignes. Notons que sur la photo précédemment publiée, l'homme qui apparaissait au comptoir n'était pas monsieur Paul, mais bien un livreur qui n'a absolument rien à se reprocher.
Rémi Aubin et la caissière Constance Bouchard, de l’Accommodation des 21, demandent à la clientèle de respecter les consignes. Notons que sur la photo précédemment publiée, l'homme qui apparaissait au comptoir n'était pas monsieur Paul, mais bien un livreur qui n'a absolument rien à se reprocher.

L’indomptable Monsieur Paul

C’est l’angoisse, la peur et la paranoïa qui se sont installées à l’Accommodation des 21, à La Baie, dans le quartier Saint-Alexis. Le dépanneur est situé à proximité de la Villa St-Alexis où 17 cas de la COVID-19 ont été confirmés au sein du personnel et des résidants.

« Ce sont tous des gens qui venaient ici comme clients. On capote, les gens sont délinquants. On leur demande de se laver les mains en entrant et il y en a qui nous envoie promener. Je suis à la veille de me choquer », lance Constance Bouchard, caissière au dépanneur à qui j’ai parlé en respectant les deux mètres de distanciation sociale à l’intérieur du dépanneur.

Pas de respect pour les consignes

« Regarde le monsieur, l’autre côté de la rue, qui entre dans son appartement. Ce gars-là a 85 ans, il se promène toute la journée, il va au Dollarama, il va au marché Richelieu, il vient, ici, il ne veut pas se laver les mains, on ne sait pas quoi faire avec ce monde-là », témoigne la caissière, qui en a plein son casque de ceux qui ne comprennent rien.

Pourquoi vous n’appelez pas la police ?, que je demande.

« C’est déjà fait, mais quand ils viennent frapper à sa porte, il n’est pas là, ils ne l’ont pas encore intercepté », fait savoir Rémi Aubin, gérant du dépanneur. Pendant que le commerçant et la caissière me déballent leur sac d’anecdotes de clients délinquants, voilà que le vieux monsieur de l’autre bord de la rue entre dans le dépanneur pour acheter le journal.

« Coudonc, Paul-A..., ils ne t’ont pas encore confiné dans ta maison », lui demande la caissière ?

À mon tour je lui demande quel âge il a et il me répond « J’ai 85 ans ».

« Qu’est-ce vous faites là à vous promener partout en ville, vous ne savez pas que nous sommes dans une pandémie de coronavirus et que vous devez rester chez vous ? », que je lui lance.

Il me toise du regard en voulant dire « c’est quoi que tu veux » et il me répond; « Je n’ai pas peur de ça pantoute. J’ai quatre piqûres pour ça dans l’année », dit-il en sortant.

Des clients irrespectueux

L’Accommodation des 21 est tout petit comme endroit. Il y a une feuille de plexiglas devant la caissière, il y a des marqueurs sur le plancher pour indiquer une distance de deux mètres et seulement trois clients à la fois sont acceptés à l’intérieur.

« Nous devons rappeler à plusieurs clients de se désinfecter les mains à l’entrée du commerce. Ceux qui s’y opposent nous donnent souvent comme explications, pour ne pas se désinfecter, que “c’est pas pire qu’un petit rhume”, qu’il n’y a “presque pas de cas ici”, que “je me suis lavé avant de partir”, que “je rentre juste aller-retour”, que “c’est juste les voyageurs”, que “ça ne me dérange pas de mourir”, qu’“ils exagèrent avec ça”, qu’“il y a plus de monde qui meurt de la grippe chaque année dans le monde”, etc.. Ouf ! Les choses qui nous paraissent évidentes ne le sont pas pour tout le monde. Beaucoup ne comprennent pas la gravité de la situation. Nous devons faire preuve de beaucoup de patience. Heureusement ce n’est qu’une petite partie des personnes qui s’opposent. Je sais que beaucoup de commerçants doivent vivre des situations semblables. Nous conservons le sourire, car nous aimons notre travail. Nous sommes conscients que nous faisons face à des risques importants chaque jour d’être contaminés. Nous restons positifs et prenons attention à nous et à vous », a écrit Rémi Aubin sur la page Facebook du dépanneur.

Tannées des délinquants

« Je suis une personne souriante d’habitude, mais là, quand je vois entrer Paul-A... et qu’il refuse de se laver les mains, ou de me faire dire : “tiens, une autre qui a peur des microbes” et qu’ils déposent leurs clés ou leur sac à main sur mon comptoir, ça me prend 30 minutes pour me calmer. On est contents de travailler, mais on aimerait ça s’il n’y avait pas de monde », confie Constance Bouchard, avouant avoir passé une très mauvaise nuit.

« On n’accepte pas l’argent comptant, mais des fois on n’a pas le choix. La personne qui fait des courses pour les gens âgés qui vivent à la Villa St-Alexis, elle se promène probablement avec de l’argent contaminé dans ses mains. Cet argent se retrouve ici, on fait tout ce qu’il faut pour désinfecter et on prend des gants, mais c’est très stressant », admet-elle.

Rémi Aubin, pour sa part, vit avec son fils Jérémy qui souffre d’une maladie très rare et qui est immunodéprimé. « Je “paranoïe” par moment. On passe la journée à désinfecter partout dans le dépanneur, j’ai l’impression que chaque client qui entre ici est porteur du virus », confie celui qui invite les gens à faire leurs achats en ligne.

À l’heure où je termine ce texte, Rémi Aubin prend la peine de m’écrire sur Facebook : « On vient d’avoir un petit drôle qui entre en toussant sans se protéger la bouche, il voulait faire une blague. Il a dit à la caissière Constance qu’elle avait l’air bête. C’est le temps que cette crise prenne fin. »

La police de Saguenay pourrait aller faire une visite à monsieur Paul-A... du quartier Saint-Alexis à La Baie. Il y a 19 cas de confirmés dans une résidence pour personnes âgées de ce secteur.