L’Auberge Capassisit est située au coeur du village d’Oujé-Bougoumou.

L’histoire méconnue de la baie d’Hudson

CHRONIQUE / Lors d’une randonnée de motoneige, récemment, je me suis rendu jusqu’au village cri d’Oujé-Bougoumou dans le coin de Chibougamau à environ 300 kilomètres de Roberval. J’ai découvert un coin de pays dont j’ignorais même l’existence. Pourtant c’est au nord de notre région.

Quand la caravane de motoneiges est arrivée au village, nous sommes arrêtés au musée d’Oujé, l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw. J’y ai découvert tout un pan d’histoire que j’ignorais. On nous parle souvent ici de la route des fourrures et des postes de traite de Tadoussac, Chicoutimi, Métabetchouan et de l’Ashuapmushuan, mais on ignore tout des centaines de postes de traite que les Britanniques ont exploitée avec la Compagnie de la Baie d’Hudson le long des rivières de la Baie-James (Eeyou Istchee).

Dans le musée d’Oujé, on peut y voir une carte de la Jamésie et de toutes les rivières tributaires de la baie James et de la baie d’Hudson qui bordent les provinces du Québec, de l’Ontario et du Manitoba. Les administrateurs du musée ont répertorié les quelques centaines de sites archéologiques des centaines de postes de traite qu’il y avait entre la baie James et le lac Saint-Jean.

L’agent de tourisme d’Oujé-Bougoumou, Ron Simard à droite, a organisé une visite de l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw pour la caravane de motoneigistes.

Présence britannique au nord du lac

On a oublié, ou on ne nous l’a simplement jamais enseigné dans nos cours d’histoire, mais les Britanniques ont eu une présence très active dans ce coin de pays. Les Anglais entraient dans ces territoires du Nord par bateau en naviguant dans la baie d’Hudson pour y faire le commerce de la fourrure pendant que les Français exploitaient la vallée du Saint-Laurent. C’est une des raisons pour lesquelles les Cris parlent essentiellement l’anglais au nord du lac Saint-Jean.

L’arrivée des Britanniques à la baie James, en 1668, et la création de la Compagnie de la Baie d’Hudson ont fait vivre ce territoire pendant plus de 200 ans avec les activités de la traite des fourrures. Nos cours d’histoire ne nous ont pas souvent parlé des aventuriers comme Radisson et Desgroseillers. Nous n’avons pas appris grand-chose au sujet de la signature du traité d’Utrecht en 1713 qui a redonné aux Anglais les territoires de la baie d’Hudson.

Il aura fallu que ce soit les Cris d’Oujé-Bougoumou qui me fassent découvrir cette histoire oubliée. La communauté crie, située sur la rive du lac Opémisca à 26 kilomètres au nord de Chapais, a d’ailleurs reçu un prix de l’UNESCO pour ses constructions selon plusieurs critères de développement durable ainsi que pour son architecture traditionnelle.

Les motoneigistes de la caravane ont visité la bibliothèque de l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw.

Village moderne

On m’avait dit: «Ne t’attends pas à grand-chose, les conditions de vie des Autochtones sont très primaires». J’ai découvert là un village moderne où tous les bâtiments sont chauffés par un système central, une centrale thermique qui brûle les résidus de bois de la scierie Chapais. Tous les bâtiments et les maisons du village sont chauffés par ce système.

Nous avons séjourné dans l’auberge Capassisit au coeur du village, une auberge de qualité supérieure comparativement à de nombreux sites d’hébergement en ville. Le responsable du tourisme pour la communauté, Ron Simard, nous a fait visiter le centre sportif comptant une patinoire, une piscine semi-olympique et une salle d’entraînement dernier cri, sans jeu de mots.

C’est aussi dans ce musée qu’est exposé le document original de la Convention de la Baie-James signée par le premier ministre de l’époque, Robert Bourassa. Le document est accompagné d’un document vidéo qui montre les chefs Billy Diamond, et Robert Kanatewat, du Grand Conseil des Cris en compagnie de Robert Bourassa et Gérard D. Lévesque.

Un document original de la Convention de la Baie-James est exposé à l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw.

Sentier de motoneige cri

Lors de notre visite à Oujé-Bougoumou, les membres de la nation, qui souhaitent développer le tourisme dans leur communauté, ont demandé au président de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ), Mario Gagnon de quelle façon ils pouvaient joindre le réseau de sentiers de motoneige et figurer sur la carte nationale des sentiers.

Les Cris sont sur leur territoire, ils possèdent des surfaceuses et veulent veiller eux-mêmes à l’entretien des sentiers. Pour la fédération provinciale, question d’assurance, de signalisation et d’entretien, un sentier fédéré doit être entretenu par un club membre de la fédération.

Les Cris d’Oujé-Bougoumou et la FCMQ ont un beau défi de collaboration devant eux. Comment faire pour ajouter les kilomètres de sentiers d’Oujé au circuit fédéré du Québec, alors qu’il y a un moratoire sur l’ajout de nouveaux sentiers au Québec. D’autant plus que l’Auberge Capassisit est un site d’hébergement tout indiqué pour les motoneigistes qui veulent visiter ce territoire.

L’Auberge Capassisit d’Oujé-Bougoumou offre un hébergement de qualité.

Les adeptes de la motoneige doivent savoir qu’il n’y a pas d’alcool au village d’Oujé-Bougoumou et que le restaurant de l’auberge Capassisit ne sert donc pas de bière ou de vin. Les touristes peuvent en consommer dans leur chambre à l’apéro ou au digestif.