Gisèle Piedalue, archéologue chargée de terrain, Marilyne Tremblay, Jany-Claude Bouchard stagiaire et Jennifer Gagné participent aux fouilles du poste de traite de Chicoutimi.

L'histoire couche par couche

CHRONIQUE / Une équipe d'archéologues s'est installée sur les vestiges du poste de traite de Chicoutimi, mercredi, espérant trouver les fondations du magasin de l'époque. Ça me rend toujours heureux quand les archéologues grattent l'histoire de Saguenay, car cette année on devrait célébrer le 341e anniversaire au lieu de notre 179e anniversaire.
C'est en 1676 que les Français ont construit, sur ce site de campement amérindien, le poste de traite et une chapelle au confluent de la rivière Chicoutimi et du Saguenay. La ville de Québec a été fondée en 1608, Trois-Rivières en 1634 et Montréal en 1642. Il me semble normal qu'on devrait considérer que Chicoutimi, aujourd'hui Saguenay, a été fondée en 1676 en non en 1838 lors de l'arrivée des colons de Charlevoix. Pourquoi tout le monde célèbre leur année de fondation et nous on fête l'année de notre colonisation ? Bonne question pour nos historiens.
Berceau du Saguenay
« Pour moi, ici, c'est le berceau du Saguenay », affirme Gisèle Piedalue, chargée de terrain dans le projet archéologique du poste de traite de Chicoutimi. « C'est ici que les marchands européens et les autochtones faisaient l'échange de marchandises entre Tadoussac et les autres postes de traite de Métabetchouan, Ashuapmushuan et Nikabau en passant par le lac Kénogami », relate l'archéologue associée au chargé de projet Érik Langevin de l'UQAC
« Il y avait sept portages à partir d'ici pour se rendre au lac Kénogami. C'est un lieu de passage qui montre des traces datant de plus de 5000 ans », rappelle Gisèle Piedalue qui affectionne particulièrement ce site qui a donné naissance à Chicoutimi.
L'équipe d'archéologues a dressé une bâche juste au-dessus du site qu'ils vont expertiser. « Nous n'avons rien de concret, mais nous avons déjà creusé ici et on espère trouver des artéfacts. C'est difficile d'avoir une idée précise, même avec les cartes existantes de l'époque. Comme l'aménagement du littoral a été complètement modifié, on estime que ça pourrait être ici que le magasin a été construit », dit-elle.
« Nous sommes confrontés à un important couvert végétal et nos principaux obstacles sont les racines des arbres. Nous travaillerons couche par couche pour faire avancer nos recherches », explique l'archéologue qui sera sur le terrain avec son équipe pour une durée de neuf semaines.
Gisèle Piedalue se passionne pour le poste de traite de Chicoutimi. Elle parle de la chapelle, du presbytère, de la maison du commis et de l'étable comme des bâtiments existants dans sa tête. Elle rêve un jour de reconstituer le site avec les emplacements des différents bâtiments.
« C'est un projet auquel la Ville tient et l'UQAC aussi. Petit à petit nous trouvons des choses et les gens apprennent à le découvrir. Ce genre de projet ne comprend pas seulement des fouilles, nous prendrons au moins 5000 photos, il y aura des tests de datation et des recherches historiques. Le soir avant d'aller au lit, j'ai un petit carnet dans lequel j'inscris des idées, ça finit par occuper beaucoup de place dans notre esprit », confie la chercheuse.
« Le registre de Tadoussac note la présence du magasin du poste de traite de Chicoutimi à partir de 1702 jusqu'à 1808, et on parle d'un bâtiment en deux parties. C'est toujours intrigant de découvrir les événements », dit-elle.
Reconstitution
Je rêve du jour où on aura complètement reconstitué le poste de traite avec les emplacements exacts des différents bâtiments pour qu'on puisse les situer sur leur lieu d'origine. Peut-être qu'un jour les prochaines générations décideront de reconstituer avec des bâtiments semblables aux 15 qui existaient à l'époque et qu'on finira par en faire un site historique et touristique directement associé au Musée de La Pulperie de Chicoutimi.
Le projet est déjà bien amorcé avec l'exposition Chik8timi et les différents objets exposés, mais il faudrait peut-être commencer à monter un projet significatif avec plus d'archéologues sur une plus longue période de temps pour en faire l'élément déclencheur du 350e anniversaire de Saguenay en 2026. Les croisiéristes auraient sûrement du plaisir à savoir que c'est à cet endroit que les Européens et les Amérindiens se sont rencontrés pour la première fois à Saguenay.
Rappelons que le site du poste de traite a été désigné lieu historique national en 1972 et classé site historique en 1984. Des fouilles archéologiques ont eu lieu de 1969 à 1972, en 1982, en 2004 et depuis 2013.