La photo du petit Alan Kurdi, un enfant syrien échoué sur une plage en septembre 2015, de la photographe turque Nilüfer Demir, a fait la une des grands journaux et le tour de la planète en moins de 24 heures.

Les photos coups de poing

CHRONIQUE / Des photos coups de poing et des images fortes, le Zoom Photo Festival Saguenay nous en met plein la vue jusqu’au 11 novembre, avec une vingtaine d’expositions au hangar de la Zone portuaire de Chicoutimi et à La Pulperie, entre autres. Il faut aller faire un tour. Ça fait du bien de voir des images de partout dans le monde, même si elles ne sont pas toujours agréables à regarder.

La dernière photo coup de poing qui a fait le tour de la planète, au cours des dernières années, est celle du petit Alan Kurdi, un enfant syrien échoué sur une plage en septembre 2015, un cliché de la photographe turque Nilüfer Demir. Le cliché a fait la une des grands médias et a été partagé à une vitesse fulgurante sur les réseaux sociaux, pour ainsi faire le tour de la planète en moins de 24 heures.

Images fortes

Il y avait une table ronde, la semaine dernière, avec des représentants de Greenpeace, d’Humanité & Inclusion et de Médecins sans frontières, des organismes non gouvernementaux qui oeuvrent sur le terrain et qui utilisent des photos pour faire connaître le travail de leur organisation, dénoncer des situations inacceptables, et aussi pour faire des campagnes de financement. «Une photo comme celle de cet enfant mort sur la plage est un bel exemple d’une image forte, mais qui n’a pas réglé le problème des migrants. La photo a eu un impact mondial très fort, mais n’a pas permis d’aider les migrants. La situation est encore pire», a commenté Arnaud Richard, d’Humanité & Inclusion (HI), après la table ronde.

«Chez Humanité & Inclusion, nous préférons utiliser des photos montrant des gens avec des prothèses, après un drame, qu’une photo d’une personne blessée», explique-t-il au sujet de l’organisme qui oeuvre dans des contextes de pauvreté, d’exclusion, de conflits et de catastrophes naturelles.

«Ces images très fortes nous permettent un travail d’explication auprès des populations et peuvent être aussi utilisées en marketing pour des collectes de fonds», fait valoir le responsable de l’information fédérale pour HI.

Éviter le sensationalisme

Pour Julie Rémy, de Médecins sans frontières, «une image qui donne du sens est une image qui doit être vue». «On préfère les images positives. C’est mieux pour les communications. Ça nous permet de faire connaître les problèmes. On n’a pas besoin de photos sensationnalistes qui vont seulement choquer. On veut continuer notre travail sans mettre en péril nos projets», indique celle dont l’organisme est toujours au coeur des événements.

Elsa Palito, de Greenpeace France, estime que «le but d’une photo n’est pas de faire un buzz». «Nous faisons affaire avec des photographes professionnels. Nous pouvons compter sur des photographes engagés, qui sont des passionnés de leur travail. Greenpeace travaille rarement dans l’urgence. Nos activistes sont formés, mais ils ne peuvent pas fournir la même qualité de photo que des spécialistes», dit-elle.

Dans le texte de présentation de l’exposition de Greenpeace présentée au hangar de la Zone portuaire, il est précisé que l’approche de l’organisme en matière de photos revendicatrices est un mélange de photojournalisme et de stratégie commerciale, laquelle vise à mettre de l’avant des photos inspirant les gens à agir sur des enjeux environnementaux et humanitaires critiques et propres à notre époque.

Les photos de blanchons ensanglantés sur les banquises de Terre-Neuve et des Îles-de-la-Madelaine, pour militer contre la chasse aux phoques au Canada, au même titre que les photos sanglantes de chasse à la baleine au Japon, ont permis de récolter des fonds importants.

Pour influencer

Pour Michel Tremblay, directeur général de Zoom Photo Festival Saguenay, les images fortes ne servent pas seulement à faire lever des campagnes de financement. «La photo du jeune Alan Kurdi, l’enfant syrien échoué sur la plage dans le drame des migrants, n’a peut-être pas réglé les conflits en Syrie, mais cette photo a influencé des dirigeants politiques, comme le président français de l’époque, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel, à faire des propositions à l’Union européenne sur l’accueil des réfugiés en Europe. Cette photo a aussi influencé le premier ministre Justin Trudeau pour que le Canada accueille plus de réfugiés au pays», analyse le photographe du Quotidien et du Progrès.

Julie Rémy, de Médecins sans frontière, Arnaud Richard, de Humanité & Inclusion, l’animateur et photographe Valerian Mazataud et Elsa Palito, de Greenpeace, ont participé à une table ronde sur l’impact des photos pour les organisations à but non lucratif, à l’Université du Québec à Chicoutimi, dans le cadre de Zoom Photo Festival Saguenay.

Une simple recherche sur Google nous permet de voir l’importance de certaines photos qui ont eu plus d’impact que les reportages ou les documentaires sur certains conflits ou événements dramatiques dans le monde. La photo de Nick Ut, lors de la guerre du Vietnam, en 1972, qui montre une jeune fille nue fuyant une attaque de napalm, ou celle de « l’Homme de Tian’anmen », debout devant des chars d’assaut, capturée par Jeff Widener, en 1989, font partie des photos qui ont changé le monde.