Alexandre Gagné pose aux côtés d'une boîte remplie de petites sculptures en papier aluminium.

Les petites choses qui calment

CHRONIQUE / Alexandre Gagné, 15 ans et autiste, réalise des sculptures en papier d'aluminium. Il ne les donne pas, il les garde pour lui, sauf une fois lors d'un encan pour la fondation Jean Allard, il en a mis quatre en vente dans un encan silencieux et les généreux donateurs ont payé 400 $ pour les oeuvres.
Alexandre Gagné réalise de petites sculptures en papier aluminium à l'image des monstres qu'il voit à la télé ou qu'il imagine dans sa tête.
Alexandre Gagné pose avec ses parents Roger Gagné et Pauline Séguin au bord du lac Bouchard en montrant ses petites sculptures en papier aluminium.
« C'est arrivé drôlement dans notre vie. Chaque fois que je voulais utiliser du papier d'aluminium pour la cuisson, le rouleau était vide et je ne comprenais pourquoi. Un jour dans la chambre d'Alexandre je remarque des boulettes de papier d'aluminium dans la poubelle. Il sculptait des dinosaures et les jetait au panier. "Qu'est-ce que tu fais avec ça ?" que je lui demande et il me dit : ''Je joue, je joue, je joue'' » raconte sa mère Pauline Séguin, que j'ai rencontrée à sa résidence sur le bord du lac Bouchard à Sainte-Rose-du-Nord.
Elle lui a évidemment dit qu'il n'avait pas à se cacher pour jouer avec le papier d'aluminium et lui a acheté un gros rouleau pour s'amuser. Il avait sept ans. Depuis ce temps ça n'arrête pas, Alex fait des sculptures tous les jours. « Avant il sculptait avec de la pâte à modeler, mais il n'arrivait pas à faire ce qu'il voulait, c'était mou et difficile à manipuler. Il a fait toutes les espèces de dinosaures possibles, je les connaissais par leur nom scientifique. Il y en avait partout dans la maison, on n'avait plus de place où s'asseoir. On a fini par lui faire comprendre qu'il devait faire une sélection et se débarrasser de ceux qu'il aimait moins. Il ne veut pas les donner, il préfère les jeter », raconte sa mère souriante et dédiée à son fils. Le budget de papier alu pouvait atteindre 80 $ par mois.
Son père Roger Gagné raconte que c'est le Club Kiwanis qui fournit gracieusement les rouleaux de papier aluminium qu'utilise Alexandre. « Ces temps-ci, il s'inspire beaucoup des personnages qu'il voit dans des films ou dans des jeux sur internet comme King Kong ou Godzilla. C'est une activité qui le calme, ça lui fait du bien », explique Roger Gagné, qui a choisi d'habiter au bord d'un lac parce que la présence de l'eau a un effet bénéfique chez les autistes du type d'Alexandre.
Sa mère racontait en début d'entrevue qu'Alexandre ne veut pas donner ses sculptures. Mais lors d'un souper-bénéfice pour la Fondation Jean Allard, un organisme dédié à la cause de l'autisme, le couple s'est retrouvé à la même table que Stéphane Bédard, l'ancien député de Chicoutimi. « Alexandre venait de réaliser une sculpture pendant le souper avec du papier alu et par un geste de gentillesse, M. Bédard a offert à Alexandre d'acheter sa sculpture, mais il n'a pas réussi à le convaincre », raconte en riant la maman qui garde un bon souvenir de cette soirée.
« C'est la blogueuse Valérie Jessica Laporte "Au royaume d'une Aspergirl" qui nous a mis en contact avec le club Kiwanis lors d'une exposition d'oeuvres artistiques d'autistes à la bibliothèque de Jonquière. « Pour nous c'est rendu normal, nous avons des coffres dans sa chambre et dans la salle de télé où il dépose ses monstres de papier alu, mais c'est peu habituel pour les gens qui nous visitent », relate Roger Gagné.
Alexandre est présentement en troisième secondaire et a fait tout son parcours scolaire, malgré son trouble de l'autisme. « Il va à l'école Lafontaine dans un programme spécial et c'est la première année qu'il prend l'autobus. Il sait lire et écrire. On travaille présentement pour lui faire apprendre les mathématiques. On remarque qu'il gagne en autonomie chaque année », se réjouit Pauline Séguin.
Alexandre n'aime pas faire des câlins et il est caractérisé par l'écholalie, une tendance à imiter les bruits qu'il entend. Il mange toujours, ou presque, la même chose, de la saucisse ou de la pizza. Il a accepté gentiment de nous faire une sculpture pour le photographe Rocket Lavoie et il nous a donné sa création, chose qu'il ne fait presque jamais. « Quand les gens lui demandent, il accepte parfois », dit sa mère. Il faut donc nous considérer comme des chanceux.
Vous auriez dû lui voir l'expression quand je lui ai suggéré de vendre ses sculptures en papier d'aluminium via les réseaux sociaux. Sa mère lui dit qu'avec les profits de la vente il pourrait acheter les jeux qu'il veut. Son visage s'est rempli de joie et de bonheur. Si jamais vous le retrouvez sur Facebook un de ces bons matins, achetez-lui une sculpture, ça risque de le remplir de joie.