Dans le passé, avant les années 80, de nombreux villégiateurs se sont installés en forêt avec ou sans autorisation du gouvernement et ont ensuite régularisé leur situation.

Les MRC veulent «déprivatiser» des lacs

CHRONIQUE / Le rêve de nombreux villégiateurs en forêt est de posséder un lac, d'être le seul à posséder un chalet sur le bord d'un lac et d'en profiter en toute quiétude sans être importuné par des voisins. Certains chanceux jouissent de ce privilège dans la région et ailleurs au Québec. En fait ils ne sont pas propriétaires du lac, les plans d'eau sont un bien public au Québec, mais le hasard a voulu qu'ils soient les seuls à posséder un chalet sur ce lac. Ce privilège risque d'être chose du passé. Les MRC de la région ont l'intention de « déprivatiser » ces lacs en accordant à d'autres villégiateurs la possibilité de s'installer sur ces petits lacs de 20 hectares et moins.
Un lac de 20 hectares c'est un lac de 0,2 kilomètres carrés, ce qu'on appelle dans le jargon un « crachat » ou un petit « lacotte » qui sont par contre très appréciés par les chasseurs et pêcheurs pour leur beauté, leur tranquillité et leur facilité à se déplacer en embarcation.
Dans le plan régional de développement des terres publiques (PRDTP) du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles, ces petits lacs sont protégés contre le développement et il n'est pas possible d'obtenir un bail de villégiature pour y construire un chalet privé ou d'hébergement commercial, incluant le camping, sauf dans quelques exceptions sur certaines zecs où les lacs de plus de 20 hectares sont limités.
Dans le passé, avant les années 80, de nombreux villégiateurs se sont installés en forêt avec ou sans autorisation du gouvernement et ont ensuite régularisé leur situation dans le cadre du PRDTP. Il y a donc quelques centaines de propriétaires de chalets dans la région qui ont la chance d'être les seuls à habiter sur le bord d'un petit lac.
Déprivatisation
Dans la MRC Maria Chapdeleine au Lac-Saint-Jean, par exemple, les gestionnaires du territoire ont dénombré 135 plans d'eau où il n'y a qu'une seule occupation. « Nous voulons ''déprivatiser'' ces lacs et offrir à d'autres villégiateurs la possibilité de s'y installer », a fait savoir Marc Dubé, directeur général de la MRC.
« L'an dernier, nous avons offert 40 terrains de villégiature au tirage au sort sur notre territoire et nous avons reçu plus de 750 demandes d'inscription. Il y a une forte demande de villégiature et nous croyons qu'en autorisant la construction de chalet sur ces lacs de 20 hectares et moins où il y a déjà une occupation, nous respectons la philosophie de l'accessibilité de la forêt à tous les citoyens », estime Yanick Morin, technicien en aménagement du territoire à la MRC Maria-Chapdeleine.
« Il n'est pas question de développer des espaces de villégiature sur les lacs de 20 hectares et moins où il n'y a pas d'occupation, mais là où il y a déjà un chalet de construit, nous allons considérer la possibilité en respectant les critères de support du milieu », fait valoir le DG de la MRC.
Consultations
Les MRC poussent cette demande au ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles (MERN) qui est en consultation pour réviser le PRDTP et en faire une mise à niveau. Il est évident que pour les MRC, la possibilité d'ajouter des centaines de chalets sur leur territoire est une opportunité pour développer davantage ce secteur d'activités qui génère des revenus de taxes et 50 % des revenus des baux de location que les MRC partagent avec le MERN.
Évidemment, cette possibilité de construire d'autres chalets sur des petits lacs de villégiature ne fait pas l'affaire de tout le monde. Les propriétaires uniques sur ces lacs auraient raison d'être déçus de perdre leur privilège.
Désaccord au RLTP
Le président du Regroupement des locataires des terres publiques (RLTP), Daniel Potvin de Saint-Gédéon, se dit en total désaccord avec la demande des MRC de développer la villégiature sur ces petits lacs. « Le ministère subit la pression des MRC qui veulent développer davantage la villégiature. Les lacs de moins de 20 hectares sont déjà utilisés par des chasseurs de gros gibier. En ajoutant d'autres chalets, ça va venir compliquer encore l'occupation du territoire », fait valoir celui qui possède un bail de villégiature sur un lac de moins de 20 hectares.
« Nous n'avons pas été consultés par le ministère et les MRC dans leur intention d'exploiter la villégiature sur ces petits lacs. Les propriétaires de chalets de villégiature ont déboursé de l'argent au cours des années pour aménager un chemin d'accès pour accéder à leur terrain et je ne suis pas certain qu'ils seront contents de voir d'autres utilisateurs s'installer à côté d'eux sur le lac. Ce n'est pas la meilleure façon de favoriser le bon voisinage », estime le président du RLTP. Il s'inquiète également de la capacité de support de ces plans d'eau tant au niveau de l'environnement que des ressources fauniques.
Les gestionnaires de la MRC Maria-Chapdelaine assurent que les développements futurs respecteront les normes et la capacité de support des plans d'eau. C'est un dossier à surveiller, ça ressemble à la fin des lacs privés. C'est dommage pour ceux qui avaient cette chance de posséder cette mythique cabane au Canada, mais ça fera sûrement le bonheur de ceux qui pourront s'installer à l'avenir.
Consultation
La position du MERN dans ce dossier est que « le Plan régional de développement du territoire public permet déjà de tels développements sur certaines parties du territoire, mais pour ce qui est de la proposition qui vise toutes les MRC de la région et la Ville de Saguenay, mais principalement la MRC de Maria-Chapdelaine, est à l'étude. Une consultation se poursuit jusqu'au 15 septembre. Le MERN analysera alors l'ensemble des commentaires reçus et présentera ensuite une version finale du plan mis à jour. »