Roger Blackburn

Les gens vont faire le show

CHRONIQUE / On apprenait cette semaine que la Ville de Drummondville autoriserait la consommation dans certaines rues pour relancer la vie au centre-ville. Quelle excellente idée de laisser couler l’alcool au coeur de la ville au vu et au su de tout le monde !

Supposons qu’il fait chaud, qu’on fait du télétravail à la maison et qu’on n’a pas de climatiseur. Supposons que pour souper, ça ne nous tente pas d’allumer la cuisinière, alors que la maison est déjà elle-même un four. On décide d’aller au centre-ville pour commander dans un restaurant un repas pour emporter, pour ensuite aller le manger sur la zone portuaire, près de la rivière où un peu de fraîche nous fera le plus grand bien.

Il me semble que ce serait aussi très agréable de prendre ce repas avec une bonne bouteille de vin entre amis à deux mètres de distance dans un lieu public où on peut rencontrer des gens.

Imagination et audace

Il va falloir être imaginatifs si les villes veulent soutenir les restaurateurs pour les aider à survivre à cette crise. Pour ce qui est de la consommation d’alcool dans les lieux publics, il est temps de se mettre à la page, de lâcher notre vieux fond judéo-chrétien et de laisser un peu de lousse avec l’alcool en public. La consommation d’alcool dans les lieux publics existe déjà dans plusieurs grandes villes du monde entier. Je vous l’ai déjà raconté : à Copenhague l’an dernier, nous marchions sur la rue Toldbodgade, laquelle longe le canal Nyhavn qui, lui, est bordé par des maisons aux couleurs vives et par de nombreux restaurants. On arrête près d’une terrasse pour se commander une bière après une longue marche dans les rues de la ville. Avant de verser la bière, le serveur demande si c’est pour boire sur la terrasse ou pour emporter ? J’ai dit « pour emporter » ; il l’a versée dans un verre de plastique et nous avons pu la boire les pieds pendants le long du canal. À côté de nous, un groupe d’amis assis sur l’herbe mangeaient de la pizza avec une bouteille de vin. Tout ça en plein centre-ville !

J’imagine très bien des gens en train de jaser sur un banc public en face de l’hôtel de ville avec une bière à la main ou de voir un groupe de jeunes sur la pelouse de la cathédrale en train de pique-niquer. Aussi bien se le dire tout de suite : c’est le monde qui va faire le show cet été. Les scènes seront vides et les vedettes, ce seront les citoyens.

Si ça se passe comme d’habitude, les jeunes vont se cacher dans le fond de leur cour arrière pour prendre un verre et s’amuser. Mais si on faisait exception en temps de pandémie ? Et si on disait aux jeunes que, cet été, c’est comme dans le bon vieux temps des boomers, apportez votre « six pack » et prenez une bière entre amis sur la place publique à deux mètres de distance ?

À Drummondville, le maire Yves Grondin a déclaré à Radio-Canada que la Ville a bien circonscrit le projet, tant dans les règles sanitaires que par rapport à l’alcool sur la place publique. À Saguenay, le cabinet de la mairesse indique que Josée Néron n’est pas contre un projet de permettre la consommation d’alcool au centre-ville, pourvu que ça respecte les règles.

« Présentement il n’y a pas de projet en ce sens dans les discussions que la Ville entretient avec les commerçants du centre-ville. Cette demande ne nous a pas été faite. Les discussions se poursuivent avec les commerçants des différents centres-ville de Saguenay pour savoir à quoi pourra ressembler l’été », a commenté Stéphane Bégin, du cabinet de la mairesse.

À Saguenay, comme ailleurs au Québec, on attend les directives de la Santé publique pour la réouverture des restaurants et des bars, et pour obtenir la permission de la Régie des alcools du Québec pour la consommation d’alcool dans les rues.

Restaurants

Ça va prendre un peu d’ouverture pour les restaurants. Certains ont installé des camions-bouffe devant leur établissement. C’est très bien pour les commandes à emporter, mais la Ville devra faire un effort pour leur offrir de l’espace afin d’aménager des terrasses où les gens pourront consommer leur repas à l’extérieur. On ne peut pas laisser crever le centre-ville ! Il faut s’arranger pour le faire revivre à la mode COVID-19.

Bruno Gauthier, président de l’Association des centres-ville de Chicoutimi, dit être en discussion depuis un mois avec la Ville et les commerçants. « On a demandé à ce que la rue Racine soit propre, bien entretenue, avec des fleurs, pour que ce soit invitant. On ne peut même pas mettre des bacs à fleurs, de peur que les gens s’assoient dessus. On ne peut rien faire qui pourrait provoquer un attroupement », résume-t-il.

« On ne veut pas fermer la rue. Il y a trop de livraisons, mais on pourrait essayer de la fermer le vendredi, de 16 h à 22 h, pour permettre aux restaurateurs d’agrandir leur terrasse. On attend les directives de la Santé publique pour voir comment les restaurants et les bars pourront s’organiser », dit-il.

Pour certains commerçants, on n’a pas toujours besoin d’une vedette à 50 000 $ pour rendre un milieu de vie intéressant. Une libre circulation de l’alcool, des tables à pique-nique, des gens, des fleurs et une rue propre, c’est déjà un début. Les commerçants craignent que les centres-ville se vident au profit des cours arrière, où les barbecues et l’alcool sont permis.