Les touristes européens sont ravis de découvrir les ours noirs du site Okwari aventure du Centre plein air Bec-Scie à La Baie.

Les Européens séduits par les ours

CHRONIQUE / Okwari Aventures ? Ça ne vous dit pas grand-chose, je présume. Mais ça ne m’étonne pas, car c’est un site plus connu des Européens que des Québécois. C’est un site d’observation de l’ours noir à La Baie, à environ 10 kilomètres du pavillon d’accueil du Centre plein air Bec-Scie. Sur la cinquantaine de personnes qui étaient présentes dans les deux observatoires, lundi en fin d’après-midi, il y avait bien peu de Québécois.

J’ai parlé avec des Français, des Belges et des Italiens qui ne pouvaient pas manquer ce rendez-vous avec la nature canadienne. « C’est ce qui représente le plus le Canada. L’ours noir, la nature, les grands espaces, c’est magnifique, c’est ce que nous sommes venus voir », commente une dame originaire de Toulon, dans le sud de la France, en vacances avec sa famille.

« Pour nous, c’était important de voir ces bêtes, c’est l’image du vrai Canada. Je suis impressionné par ces grandes étendues, en Belgique c’est tout petit comparé à ici », fait part un Belge, à l’allure d’un grand-père avec ses cheveux blancs et son chapeau de paille, entre deux photos.

Un spectacle hors du commun
Il faut dire que les visiteurs internationaux ont été gâtés par la nature lors de leur visite, car une quinzaine d’ours se sont pointés pour la collation en fin d’après-midi. C’était le silence total sur la passerelle d’observation, les gens chuchotaient entre eux. « Regarde le p’tit là-bas, y en a un autre à côté et un qui vient par le sous-bois à l’arrière. On dirait qu’il veut l’attaquer », chuchotent entre eux les visiteurs.

En arrivant à l’observatoire construit en surplomb avec des fenêtres, les touristes ont eu la chance de voir trois bébés oursons grimpés dans un arbre alors que les mâles et femelles se nourrissaient avec les collations de céréales et fruits séchés enrobés dans de la mélasse. Avec leur fourrure noire comme de la suie qui brillait sous le soleil, le spectacle était impressionnant. Il y a même eu un petit moment d’émotion quand le King, un vieux et gros ours, est arrivé en boitant. « Il a mangé sa patte pour se libérer d’un piège posé par un braconnier », a raconté le guide devant des visages attristés.

Un peu d’information
« En période de reproduction, les mamans ourses apprennent à leurs petits à monter dans les arbres pour leur survie. Les mâles adultes n’hésitent pas à manger les petits pour courtiser une femelle pour la reproduction, ils se trouvent donc en sécurité dans les arbres », explique le guide interprète, Christian Duchesne, qui se passionne pour ses ours.

Dans la balade de 10 kilomètres en autobus touristique pour se rendre au site d’observation Okwari (ours en langue iroquoise), le guide d’origine autochtone explique brièvement la vie de l’ours noir aux visiteurs. Il raconte que la bête se nourrit à 75 % de végétaux, qu’il est omnivore, mais surtout opportuniste. « Il va parfois manger un saumon mort au bord d’une rivière, mais ne le pêchera pas vivant », précise le guide aux visiteurs qui le pressent de questions.

Fécondation et bouchon muqueux
« L’ours doit manger de cinq à six kilogrammes par jour pour se préparer à passer l’hiver sous la neige dans sa tanière. Il doit faire une provision de gras pour se rendre au printemps. La femelle qui passera l’hiver en léthargie doit accumuler suffisamment de gras pour faire naître ses petits au mois de février. Même si l’accouplement se fait pendant l’été, ce n’est qu’en novembre que les embryons vont s’implanter si la femelle a assez accumulé de graisse, sinon elle va avorter (rejeter le sperme du mâle), car elle et ses petits ne pourront pas survivre si elle n’a pas assez mangé », détaille le guide devant des visiteurs curieux et intéressés.

Il raconte aussi que les mâles vont consommer leur réserve de graisse tout l’hiver et qu’ils n’urinent pas et ne défèquent pas. « Pendant cette période de dormance, il se forme un bouchon muqueux dans l’anus qui les empêche de déféquer. Au printemps, quand ils sortent de leur tanière, ils mangent des feuilles de tilleul, comme une fleur de pissenlit, qui agit comme un laxatif, ce qui leur permet de s’alimenter de nouveau », raconte le vulgarisateur.

Secret bien gardé
La visite dure trois heures et les déplacements se font en autobus à partir du pavillon d’accueil flambant neuf du Centre Bec-Scie. L’activité est vraiment de calibre international. Les Européens en ont pour leur argent avec une randonnée de 10 kilomètres en forêt boréale avec des points de vue sur la rivière à Mars et une cabane au Canada sur les berges du lac Côme.

« Nous avons déjà reçu des visiteurs des bateaux de croisières et ils ont été ravis. Nous avons fait une présentation l’an passé à l’équipe de Disney Cruise Line et nous faisons maintenant partie de l’offre touristique sur les bateaux. Les gens de Disney ont été impressionnés par notre produit », fait valoir Dany Tremblay, le président de Contact Nature, qui gère les activités d’Okwari Aventures.

« Les étrangers qui visitent le Canada veulent voir des ours noirs au même titre que les étrangers qui visitent l’Australie veulent voir des kangourous », met simplement en relief Dany Tremblay, qui se dit très fier de ce projet élaboré il y a 10 ans par Jean-Benoît Gagnon de La Baie, à environ 15 km de la ville. Le site d’Okwari demeure un des secrets les mieux gardés de l’industrie touristique régionale. Le guide Christian Duchesne m’a confié que sur les milliers de visiteurs reçus l’an passé, la majorité provient d’Europe et qu’il a dénombré deux Saguenéens seulement au cours de son été. Le site vaut le déplacement et il est coté cinq étoiles par Tripadvisor Canada.