De gauche à droite, assises, Gabrielle Roy, Esther Larouche et Antide Côté-Guimond, ex-présidentes de l’Association des universitaires du troisième âge (UTA), Nicole Bouchard, rectrice de l’UQAC, et Violette Couillard, ex-présidente de l’UTA ; debout, Josée Tremblay et Jasmine Paradis-Laroche, du CESAM, Danielle Hébert, présidente de l’UTA, Ghislaine Martin, ex-présidente de l’UTA, et l’abbé Florent Villeneuve, un des fondateurs de l’UTA.

Les études n'ont pas d'âge

CHRONIQUE / Une cohorte d’environ 70 étudiants âgés de 55 à 82 ans qui font partie de l’Association des universitaires du 3e âge (UTA) de l’UQAC célébrait le 30e anniversaire de ce regroupement mardi à La Pulperie de Chicoutimi.

« Les études n’ont pas d’âge », a lancé l’animatrice Christiane Pilote. Ils étaient une soixantaine dans la salle pour cette rencontre de reconnaissance et pour souligner la fin du cours de politique américaine qu’ils venaient de terminer. L’an dernier, les étudiants du troisième âge ont suivi un cours sur l’islam. « Ce n’est pas toujours collé sur l’actualité, ça dépend des sujets qui intéressent nos gens, ça change chaque session », explique Danielle Hébert qui est présidente de l’UTA.

L’animatrice relatait les débuts des cours de communication et expression offerts pour les gens du 3e âge qui s’adressaient surtout à la génération silencieuse. « À cette époque, on n’osait pas s’exprimer, on n’osait pas répondre à nos besoins culturels, de savoir et de connaissance », en faisant référence à 1987.

« Au début, ce sont des femmes qui ont choisi de rester à la maison pour l’éducation des enfants et qui n’ont pas eu la chance de faire des études qui ont exprimé le désir d’aller à l’université. Aujourd’hui, c’est différent, il y a une dizaine d’hommes qui suivent des cours avec nous et la génération des baby-boomers qui arrivent à la retraite a eu la chance de réaliser des études postsecondaires », met en relief Danielle Hébert.

Pour comprendre et apprendre

Ma vieille mère s’était inscrite à l’université à la fin des années 70 pour suivre un cours de théologie (c’est dans ce département qu’est née l’UTA en 1987), car elle manquait d’arguments face à 14 enfants qui n’allaient plus à la messe et qui avaient basculé la religion par-dessus bord. « Dans 2000 ans, quand les gens liront qu’il tombait des cordes ou des peaux de lièvre à Chicoutimi, ça va prendre quelqu’un qui explique ce que voulaient dire ces paraboles. C’est la même chose pour la Bible ; il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre », m’expliquait-elle alors qu’elle revenait de l’université la tête pleine de nouvelles connaissances. C’était une joie pour cette femme de la génération silencieuse qui avait passé sa vie à la maison à élever ses enfants.

C’est un peu la même chose que ces étudiants du troisième âge ressentent quand ils ont suivi une dizaine de cours sur l’islam ou la politique américaine ; on comprend et interprète mieux l’actualité quand on possède la connaissance et le savoir. Si le contact humain figure en tête de liste des motivations pour ces gens de s’inscrire à l’UQAC, les besoins intellectuels viennent tout de suite après.

Rendre le savoir plus accessible

La première femme rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard, a profité de cette occasion pour parler de l’avenir de l’université régionale qui fêtera ses 50 ans l’an prochain. « Il fallait de l’audace au début pour mettre sur pied l’UTA. Ça prenait des gens qui croyaient à l’éducation au-delà de la formation », a lancé Nicole Bouchard lors d’une courte allocution.

« L’avenir, c’est la formation et l’éducation tout au long de la vie. On parle de plus en plus du 4e et du 5e âge », dit-elle faisant référence aux gens qui vivent de plus en plus vieux et en pleine santé physique et intellectuelle. « Nous avons un défi de mixité intergénérationnelle pour éviter le repli sur soi-même. D’ailleurs, le réflexe de nommer les générations mène à du cloisonnement. Les baby-boomers ne sont pas responsables des maux passés de notre société, pas plus que les milléniaux sont responsables des maux à venir », a plaidé la rectrice de l’UQAC, qui considère que les gens n’auront pas le choix de développer leurs connaissances tout au long de leur vie .

Nicole Bouchard a insisté sur l’importance de ne pas mélanger formation et éducation. « Nous avons de la pression pour offrir de la formation qui mène à des métiers payants, mais la formation sans éducation mène à des dérives intellectuelles. Il faut éviter les raccourcis de la pensée critique. Des thèmes comme la neutralité religieuse, l’aide médical à mourir ou la légalisation du cannabis doivent être traités par des gens informés », a lancé la rectrice.

Pour elle, la solution face aux nouveaux défis passe par l’université populaire, une démocratisation du savoir qui s’est manifestée lors du printemps arabe en Europe. « Le savoir ne doit pas être seulement réservé aux élites. Il faut être éduqué pour devenir de meilleures personnes. Il faut s’ouvrir à l’intergénérationnel par des ateliers d’échanges et des conférences. L’université populaire n’existe pas au Québec, mais on ne part pas de zéro. Il faut que ça passe par un noyau comme l’UTA qui a une histoire à succès pour y arriver avec la collaboration des collèges, des villes, des commissions scolaires et des employeurs. L’université populaire est un projet de société pour les 30 prochaines années », a conclu la rectrice sous les applaudissements des étudiants du 3e âge.