La mascotte Frigolo pose avec des résidants du Village sur glace de Roberval.

Les enfants dorment bien le soir

CHRONIQUE / Un anneau de patinage et un sentier de marche d’un kilomètre ceinturent le Village sur glace de Roberval. Il n’y a pas d’eau, ou presque pas, sous les 140 cabanes installées dans la baie de la pointe Scott, située à un jet de balle de neige du site de l’arrivée des nageurs de la Traversée du lac Saint-Jean.

Vous avez beau faire le tour à pied au complet, vous n’y verrez aucun trou de pêche dans la glace. « Les gens ne sont pas ici pour la pêche. Ils sont ici pour se rencontrer et profiter du dehors à travers les activités que nous organisons les fins de semaine. C’est la vie de village dans la ville », explique la jeune directrice générale du site, Alexandra Gosselin, qui voit à ce que tout se déroule bien sur le site.

Je suis allé faire un tour dimanche dernier, et ça ressemble tout à fait à un terrain de camping, à la différence que les gens marchent au lieu de prendre de la bière sur la plage. Comme en été, c’est dame Nature qui détermine l’achalandage. « La fin de semaine dernière, il a fait un doux temps, et plus de 7000 personnes ont visité le village en deux jours », assure la responsable, précisant que ce sont des bénévoles qui comptent les personnes à l’entrée du site.

« Bien sûr, il y a les propriétaires de cabanes qui viennent passer la journée sur le site, mais il y a aussi de nombreux visiteurs des villes et villages avoisinants et des touristes qui viennent faire un tour. L’accès est gratuit, et il y a de nombreuses activités », dit-elle.

Chaque propriétaire de cabane verse 115 $ de loyer. Les autres revenus proviennent de la vente de 2500 tirettes à 5 $ l’unité, un article promotionnel qu’on accroche après une fermeture éclaire.

Des partenaires comme Desjardins, des entreprises et la Ville de Roberval contribuent pour financer le village.

Ça nous oblige à sortir
Il y a même des cabanes – pour certains, ce sont des maisonnettes – qui affichent une enseigne « résidant accueillant », invitant les visiteurs à frapper à la porte pour discuter et faire connaissance. J’ai rencontré les membres des familles Larouche et Lajoie qui prenaient un café à l’extérieur de leur maisonnette, pendant que les enfants couraient autour.

« Ça fait 13 ans que nous avons une roulotte ici. Ça nous oblige à sortir. Ça permet aux familles de se rencontrer avec les petits-enfants. Je vous dis que ça dort bien le soir pour les enfants. Ils bougent toute la journée. Il y a des glissades, des jeux, on patine, on marche. C’est vraiment un beau rassemblement pour les familles », font savoir les résidants accueillants que j’ai rencontrés au pourtour de la patinoire, près de leur cabane d’hiver.

« On vient ici pour les activités. C’est plus intéressant que de rester à la maison pour écouter la télé. On prend une pause des Olympiques », me dit la dame en riant.

Dimanche dernier, il y avait le départ de la Traversée du lac à vélo et la Marche de l’Empereur, une randonnée de 10 kilomètres sur le lac, un trajet aller-retour jusqu’à l’île aux Couleuvres. « C’est la dixième année qu’on tient cette activité. Plus de 225 personnes ont pris le départ ce matin. Les gens font ça pour le plaisir, et on assure la sécurité avec des motoneigistes bénévoles », explique Réjean Perron, responsable de l’activité.

Prendre l’air
« L’objectif, c’est de prendre l’air. Bien sûr, il y a des gens qui préfèrent rester à l’intérieur de leur cabane pour jouer aux cartes, mais ça les sort de la maison. Les gens se motivent et marchent en groupe pour finalement se rendre compte en fin de journée qu’ils ont fait une dizaine de tours du village depuis le matin. Ça s’inscrit dans de saines habitudes de vie et dans les bienfaits de l’activité physique », fait valoir la directrice générale, Alexandra Fortin.

C’est vrai que ça bouge dans le Village de glace. Il y a des activités toutes les fins de semaine. C’est à partir du village que le Double Défi des deux Mario pour la fondation Sur la pointe des pieds prend son départ, tout comme la Traversée du lac à vélo.

Il y a des journées familiales, des courses pour les jeunes et le fameux dîner spaghetti Catelli, où 1000 repas gratuits sont servis dans une immense salle à manger extérieure, sur la glace.

Villages antidépresseurs
Ces terrains de camping d’hiver s’imposent comme des antidépresseurs à ces longs mois de froid et à la morosité de cette saison qui force les gens à s’encabaner. Je me souviens d’une entrevue que l’ex-ministre fédéral des Transports et député de Roberval Benoît Bouchard avait accordée au magazine L’actualité, à l’époque de Brian Mulroney et de Lucien Bouchard, dans les belles années du Parti progressiste conservateur. Il avait dit, en résumé, que le Lac-Saint-Jean était fermé l’hiver, que les gens hibernaient en attendant le printemps.

Alexandra Gosselin, directrice générale du Village sur glace de Roberval

Passer l’hiver enfermé fait maintenant partie du passé. Outre les amants de la neige qui ont toujours apprivoisé cette saison en pratiquant le ski, la motoneige ou la raquette, il y a maintenant les villages de glace comme ceux de Saint-Félicien, de Métabetchouan, de Lac-Kénogami, du lac Lamothe ou ceux sur le fjord du Saguenay, qui sont des prétextes à prendre l’air et à profiter du dehors. Une autre façon de vivre notre nordicité.