Les recherches du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ont montré que les bars rayés qui fréquentent le Saguenay appartiennent aux populations du sud du golfe du Saint-Laurent et du fleuve Saint-Laurent.

Les bars rayés du Saguenay s’alimentent de crustacés

CHRONIQUE / Le mystère du bar rayé dans la rivière Saguenay commencer à s’éclaircir. Selon la dernière mise à niveau réalisée par les spécialistes du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), les deux espèces de bars du Québec remonteraient le fjord jusqu’à Chicoutimi en période estivale.

Il faut rappeler qu’il existe deux populations distinctes de bars rayés dans les eaux du Québec : la population du sud du golfe du Saint-Laurent (bars rayés du golfe), originaire du Nouveau-Brunswick, et la population du fleuve Saint-Laurent, résidante du fleuve (bars rayés du fleuve), réintroduite en 2002. Les deux populations n’ont ni les mêmes statuts légaux ni le même niveau d’abondance.

Les bars rayés du fleuve sont protégés par la Loi sur les espèces en péril, ce qui en interdit la pêche récréative. Ce sont ces bars rayés qui fréquentent en majorité les eaux du Saguenay depuis 2003. Cette population a été réintroduite dans le fleuve en 2002 et est en constante croissance.

« Le bar rayé fréquente la rivière Saguenay depuis 2003. Toutefois, comme pour la Côte-Nord, sa présence a été particulièrement importante en 2017. En 2018, les bars rayés ont été beaucoup moins observés sur la Côte-Nord et dans la rivière Saguenay comparativement à 2017. Les bars rayés qui fréquentent la région de la Côte-Nord appartiennent essentiellement à la population du sud du golfe du Saint-Laurent. Pour ce qui est des bars rayés fréquentant la rivière Saguenay, exception faite de l’année 2017, ils appartiennent majoritairement à la population du fleuve Saint-Laurent », indique la dernière mise à jour des connaissances du MFFP.

Pourtant, en 2017, 29 bars rayés capturés dans le Saguenay et 67 sur la Côte-Nord ont également été analysés. Tous ont été identifiés comme appartenant à la population du sud du golfe, à l’exception d’un individu échantillonné à la rivière Sheldrake, dans la région de la Côte-Nord, dont la population d’origine était celle du fleuve Saint-Laurent.

Chute observée

Les bars rayés qui fréquentent le Saguenay appartiennent donc aux deux populations. « Dans ce cas, des mesures particulières doivent alors s’appliquer, car, sur le plan légal, la protection de la population du fleuve Saint-Laurent a préséance sur toute forme d’exploitation de la population du sud du golfe du Saint-Laurent », indiquent les spécialistes du MFFP.

D’autres captures de bars rayés dans le Saguenay serviront à acquérir des connaissances supplémentaires sur l’espèce.

La population du sud du golfe du Saint-Laurent, estimée à près de 1 000 000 de reproducteurs en 2017, selon Pêches et Océans Canada, a chuté à 300 000 reproducteurs en 2018, selon les derniers chiffres publiés récemment. « Cette population en abondance occupe quant à elle un vaste territoire incluant le golfe et s’étendant dans le fleuve jusqu’à Rivière-du-Loup sur la rive sud, et jusqu’aux environs de Forestville sur la rive nord (plus de 98 % des bars rayés capturés). À l’occasion, certains individus sont aussi observés en amont de ces localités et dans la rivière Saguenay », précise le document du MFFP.

Les pêcheurs se rappelleront l’abondance de bars rayés dans le Saguenay en 2017. Les poissons avaient même remonté dans nos rivières à saumon, ce qui avait suscité beaucoup d’inquiétudes de la part des gestionnaires de rivière.

« Les raisons expliquant l’étendue de la migration estivale de 2017 demeurent inconnues. Beaucoup de bars rayés ayant migré au-delà de leur aire de répartition historique en 2017 ont hiverné dans des régions nordiques, qui ne sont pas connues pour être fréquentées par des bars rayés en hivernage », indique Pêches et Océans Canada.

« La présence exceptionnelle de bars rayés en période hivernale a été observée durant l’hiver 2017-2018 sur la rive nord du Saint-Laurent à l’est de la rivière Saguenay. Il semble y avoir eu de nombreuses pertes parmi les individus qui sont restés au sud du Labrador pendant l’hiver 2017-2018 puisque de nombreuses carcasses ont été observées dans les zones peu profondes de rivières ou d’embouchures de rivières au début de la fonte des glaces, en avril. Les causes exactes de ces mortalités demeurent inconnues, mais on pense que le milieu nordique et les conditions environnementales pendant l’hiver n’étaient pas favorables à la physiologie de beaucoup de bars rayés en hivernage », fait savoir le rapport.

« La mortalité combinée découlant de la pêche et de causes naturelles subie par les bars rayés ayant migré plus loin au nord en 2017 est inconnue, mais on croit qu’elle est importante. On ne sait pas si cette mortalité est suffisante pour expliquer la diminution des estimations de l’abondance de reproducteurs entre 2017 et 2018 », relatent les spécialistes.

Nourriture dans le Saguenay

Les techniciens de la faune du bureau régional du MFFP sont à l’oeuvre sur le Saguenay pour capturer d’autres bars rayés afin de compléter l’acquisition de connaissance sur cette espèce. « Nous avons fait l’analyse des contenus stomacaux des bars pour connaître leur alimentation. Dans les captures de 2017 et de 2018, nous n’avons trouvé aucune trace de salmonidé dans les estomacs des bars rayés. Ils se nourrissent de capelans, d’éperlans et de crustacés comme les crevettes, bref des poissons qui se tiennent en banc », a commenté la biologiste Karine Gagnon, lors d’une entrevue téléphonique.

Volià une information qui rassurera les pêcheurs qui craignaient que les saumoneaux et les truites de mer qui fréquentent le Saguenay soit affectés.