Laurence Arsenault, 4 ans et demi, de Chicoutimi, est inscrite au programme pour enfants amputés Les Vainqueurs, de l’Association des amputés de guerre du Canada.

Les autres ne sont pas normaux

CHRONIQUE / Je me souviens de ces porte-clés qu’on recevait par la poste dans une enveloppe avec une lucarne en plastique pour y lire notre adresse. Il y avait des petites plaques d’immatriculation qu’on devait attacher à notre porte-clés. Je voyais mes grands frères attacher ce petit bidule en aluminium et ils me disaient que s’ils perdaient leurs clés, ils les recevraient par la poste.

Tout jeune, on savait déjà que c’était des plaques fabriquées par des amputés de guerre, qu’il suffisait de déposer les clés dans une boîte aux lettres et que, comme par magie, les clés retourneraient à leur propriétaire, un peu comme lorsque la fée des dents transforme une molaire en pièce de deux dollars. C’est plus vieux, en voyant des reportages à la télévision, que j’ai compris qu’il n’y avait rien de magique là-dedans et que ce sont des personnes amputées qui fabriquaient ces petites plaques.

En moins de 24 heures

Les résidants de la région ont reçu leur plaque porte-clés de l’Association des amputés de guerre. Ça fait 70 ans que ces petites plaques s’accrochent à nos clés en plus de permettre à des employés amputés de gagner leur vie en offrant ce service. Depuis ses débuts, en 1946, année où les anciens combattants amputés ont créé le Service des plaques porte-clés, l’Association des amputés de guerre du Canada a retourné plus de 1,5 million de trousseaux de clés perdus à leurs propriétaires ! Les employés reçoivent environ 50 porte-clés par jour, lesquels sont retournés en moins de 24 heures généralement. Avec les nouvelles puces électroniques utilisées dans les clés de voiture, ça peut coûter entre 300 $ et 500 $ pour remplacer une clé perdue.

Le financement et les dons reçus grâce au programme des plaques porte-clés a aussi permis de mettre en place différents services pour venir en aide aux personnes amputées. L’histoire de la petite Laurence Arseneault, 4 ans et demi, de Chicoutimi, qui porte une prothèse à l’avant-bras, démontre comment les jeunes amputés sont forts et résilients, et à quel point le programme Les Vainqueurs peut les aider.

Des séminaires émouvants

« La première fois que nous sommes arrivés au congrès de l’Association des amputés de guerre, à Québec, il m’a fallu un bon cinq minutes pour me dénouer la gorge tellement j’étais ému. Je voyais que nous n’étions pas seuls à vivre avec un enfant qui avait besoin d’une prothèse », raconte Prescila Gagné, la maman de Laurence, que j’ai jointe au téléphone.

« C’est vraiment émouvant de voir comme ça, devant nous, une centaine d’enfants avec des prothèses qui fraternisent entre eux. Un adolescent me disait l’an passé que quand les jeunes amputés se retrouvent ensemble, ils ont l’impression qu’ils sont normaux et que ce sont les autres qui ne sont pas “normaux” », témoigne la dame, qui est toujours en admiration devant la débrouillardise des jeunes avec leur prothèse.

« Lors des séminaires de l’Association des amputés de guerre, il y a des témoignages très touchants », ajoute-t-elle.

Des jeunes ingénieux

« Parfois, on se “bazoute” des affaires pas mal ingénieuses. Ça va de la brosse fixée avec une suce au fond de la baignoire pour se laver jusqu’à des acrobaties incroyables pour se mettre un élastique dans les cheveux. Les jeunes rivalisent d‘ingéniosité, malgré leur condition, avec un grand sourire. On ne les entend jamais se plaindre de leur situation, ils vivent avec leur handicap et ils ont découvert une grande famille de gens qui vivent les mêmes choses qu’eux dans les congrès de l’Association des amputés de guerre, qui reviennent chaque année », raconte la maman de Laurence.

Prescila Gagné fait également remarquer que sa petite Laurence profite de cette rencontre pour partager son vécu avec d’autres amies, en leur posant des questions sur leur nouvelle prothèse. « Elle aime bien parler aux plus grands qu’elle et toucher à leur prothèse », confie la mère. À qui voulez-vous parler de votre prothèse à part un thérapeute ou vos parents ? C’est pour cette raison que les rencontres des amputés de guerre et le programme Les Vainqueurs, créé en 1975, continuent de donner de l’espoir aux jeunes. « Laurence a subi une amputation congénitale au bras gauche à sa naissance, juste en haut de l’avant-bras. On finit par s’habituer à la longue, mais l’autre jour, je la regardais fermer son zipper de manteaux avec sa prothèse et j’étais vraiment impressionnée par son habileté », raconte la maman de 45 ans.

« Laurence est suivie régulièrement par les spécialistes du Centre de réadaptation en déficience physique (CRDP) de Jonquière, et sa prothèse est ajustée et adaptée en fonction de sa croissance. Bientôt, elle portera une prothèse myoélectrique. Elle pourra actionner un pouce électrique avec ses contractions musculaires », explique la maman.

Ne vous privez pas de faire un don quand vous recevrez votre plaque porte-clés, si vous ne l’avez pas déjà reçu. C’est une façon de mettre du bonheur dans la vie des gens. C’est une aubaine pour rendre les gens heureux.