L’époque révolue des Métropolitains

CHRONIQUE / Dans les années 1970, le Festival son et couleur des corps de tambours et clairons au stade Richard Desmeules de Jonquière était un événement très populaire. À cette époque, il y avait près de 500 jeunes qui pratiquaient environ 40 heures par semaine au sein de ces organisations , qui étaient de toutes les manifestations, que ce soit les parades religieuses, la Saint-Jean-Baptiste et même les défilés du père Noël.

L’ancien corps de tambours et clairons Les Métropolitains de Chicoutimi tiendra une activité retrouvailles le samedi 20 avril à la microbrasserie La Tour à bière. «C’est le seul bar de notre époque qui est encore ouvert aujourd’hui», lance Bruno Lavoie, le tambour major de la formation de 1974 à 1980 et aujourd’hui coordonnateur au développement économique de la MRC Marguerite-D’Youville.

«C’était une affaire de gang, nous étions une centaine de gars et de filles et on pratiquait quarante heures par semaine pour apprendre nos partitions et nos chorégraphies» se rappelle Bruno Lavoie, qui apprécie toujours ces retrouvailles.

Une affaire de gang

«Il y a des amitiés qui durent depuis tout ce temps. C’était l’époque des familles nombreuses, c’était l’endroit pour rassembler les jeunes, la musique était un prétexte. Ce qu’on voulait, c’était de se retrouver ensemble. On partait pour des compétitions à Québec et on nolisait trois autobus, un pour les gars, un pour les filles et un autre pour les plus jeunes», rappelle à sa mémoire le chef d’orchestre des Métropolitains.

«Dans les années 1970, les formations du Saguenay étaient de haut calibre. On remportait des compétitions. Je me souviens de l’offensive des Lions de Jonquière et des Mousquetaires de La Baie en plus des Métropolitains de Chicoutimi. Chaque organisation comptait une centaine de membres composée des cuivres, des percussions et des couleurs», dit-il.

«C’est un phénomène social qui a disparu. Il y avait une trentaine de formations dans le temps et il en existe une seule au Québec, dans la région de Sherbrooke. Le phénomène s’est estompé au début des années 1980. C’est peut-être dû aux familles moins nombreuses et à une offre d’activités plus diversifiée pour les jeunes. Je crois que le fait que les cours de musiques ne soient plus obligatoires dans le cheminement scolaire peut être aussi une des raisons de ce changement», propose celui qui garde de grands souvenirs de ces spectacles musicaux.

Du talent en région

«Nous avons gagné les championnats juniors C en 74, le junior B en 76 et le junior A québécois en 78 en plus de remporter le circuit de compétition québécois à l’été 79. À cette époque, ce sport musical était dominé par des groupes du Saguenay», relève Bruno Lavoie avec un peu de fierté.

«On présentait des prestations musicales d’une durée de 12 minutes et il y avait beaucoup de jeunes bourrés de talents. Nos activités étaient financées par les villes, les cotisations des membres et toutes sortes d’événements et collectes, comme des casinos ou le ramassage des bouteilles par les maisons. Ça servait à payer nos costumes, nos instruments et nos frais de déplacement», fait savoir Bruno Lavoie, ajoutant qu’à la dernière année, le budget était de 100 000 $.

Des moments magiques

Les corps de tambours et clairons, les fanfares ou les majorettes, comme on les appelait à l’époque, font partie du décor urbain qui nous manque un peu aujourd’hui. Quand tu es un enfant de cinq ou six ans planté sur le bord de la rue lors d’un défilé, l’arrivée des fanfares était un pur moment de magie. On les entendait de loin, précédées de marches musicales connues et on avait hâte de les voir arriver avec leur costume, leur casquette attachée sous le menton avec une ganse dorée et leur instrument de musique. Il n’y a pas un défilé de chars allégoriques qui pouvait battre les tambours et clairons.

Bruno Lavoie m’a fait parvenir un lien YouTube avec des images de la dernière compétition qui avait lieu à Indianapolis en Indiana, aux États-Unis. La magie est encore plus magique. C’est juste dommage que ces grands rassemblements ne fassent plus partie de notre décor musical.

«Il y a une recrudescence pour les tambours et clairons aux États-Unis, nous y allons pour une semaine de vacances chaque année. Peut-être que ce nouvel intérêt gagnera le Québec», espère-t-il en terminant.