Le Centre d’histoire Sir-William-Price présente une collection de scies mécaniques de l’époque.

L’époque révolue des bûcherons

CHRONIQUE / Cette semaine, pour la première fois de ma vie, j’ai visité le Centre d’histoire Sir-William-Price, à Kénogami. J’ignore pourquoi je n’ai jamais pensé à découvrir ce lieu historique, qui raconte notre histoire du bois à travers la compagnie Price.

Si votre père ou votre grand-père a travaillé dans les chantiers, dans les scieries ou dans une usine de pâtes et papiers, c’est leur histoire que le musée raconte. Mon père, qui a passé près de 20 ans dans les chantiers comme bûcheron, m’a tellement raconté d’histoires sur ce dur métier qui a marqué mon imaginaire. Le musée Sir-William-Price les fait revivre.

Record de cordes de bois

Pierre Lavoie doit être fier d’y trouver la photo de son grand-père, Julien Lavoie, qui a été couronné du titre de champion des bûcherons pour la saison 1944-45 pour le chantier de Shipshaw, avec plus de 523 cordes de bois coupées en 135 jours d’ouvrage, pour une moyenne de 3,88 cordes par jour. À cette époque, on dit que seul un homme expérimenté doté d’une bonne capacité physique pouvait arriver à couper deux cordes de bois par jour.

Le musée nous raconte qu’à partir de 1930, la rémunération des bûcherons se faisait à la pièce dans les chantiers pour remplacer le salaire quotidien. Évidemment, ce système de paiement selon le nombre d’arbres coupés visait à augmenter la productivité et à diminuer les besoins de supervision du travail.

Ce mode de paiement a provoqué une plus forte compétition entre les bûcherons, exposant certains d’entre eux à l’épuisement.

Portraits des travailleurs

Une autre chose que j’ignorais, c’est que la compagnie Price offrait des portraits aux employés qui comptaient 25 années de service. Ces pastels ont été réalisés par deux artistes renommés, Francesco Lacurto et Katleen Shakleton, et sont au coeur de l’exposition permanente intitulée Oeuvres sur papier – Portraits de travailleurs de la compagnie Price Brothers (1930 à 1960).

Pendant plusieurs années, la compagnie Price Brothers a expédié des cartes du Nouvel An illustrées d’un portrait au pastel d’un de ses travailleurs. Plusieurs originaux sont exposés au musée.

On trouve une photo du grand-père de Pierre Lavoie en tant que gagnant du concours de bûcheron.

C’est donc autour des portraits d’employés du bois que se découvre la collection du musée. Il y a les portraits de contremaîtres, de chefs cuisiniers, de mécaniciens, de forgerons, de plombiers, de bûcherons, de draveurs et d’employés de bureau qui ont travaillé pour Price Brothers.

Scies mécaniques

J’ai été agréablement surpris d’y découvrir une belle collection de tronçonneuses, qu’on connaît mieux sous le nom de scies mécaniques ou scies à chaîne. Cet outil, qui a permis d’augmenter de 55 % la coupe de bois, a bien évolué au cours des années. À l’époque, il fallait être deux hommes pour le manipuler, tellement les tronçonneuses étaient lourdes. La préposée à l’accueil du musée, Julia Bergeron, m’a expliqué que même si les bûcherons coupaient plus de bois avec la scie mécanique, ils ne faisaient pas plus d’argent, car ils devaient payer leur scie et en assurer l’entretien, sans parler des nombreux cas de blessure.

Ma mère me racontait que dans sa jeunesse, elle a travaillé comme cuistot dans un chantier où mon père bûchait. Il y a un portrait consacré à un des chefs cuisiniers les plus célèbres de la compagnie avec les livres de recettes de chantiers. Ces travailleurs préparaient des repas sur des poêles à bois pour des centaines de travailleurs forestiers.

Ils vivaient dans des conditions médiocres avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale et ont trimé dur pour gagner leur vie. Les prisonniers de guerre étaient mieux traités que les bûcherons à l’époque, et c’est ce qui a permis d’améliorer leurs conditions de travail.

Histoire forestière de la région

Le Centre d’histoire Sir-William-Price nous fait donc mieux connaître l’histoire de la famille Price et de sa compagnie forestière.

Il est bon de se rappeler que le fondateur, William Price (1789-1867), est arrivé à Québec en 1810, à l’âge de 21 ans, avec le mandat d’acheminer du bois provenant des forêts de la colonie canadienne vers l’Angleterre, qui avait un grand besoin de madriers et de mâts pour ses navires.

Pour s’implanter dans la région du Saguenay, William Price s’est associé financièrement avec un groupe d’habitants de La Malbaie, la Société des Pinières du Saguenay, la fameuse Société des Vingt-et-Un à l’origine de la colonisation du Saguenay. Price a racheté la compagnie en 1842.

Oeuvres sur papier – Portraits de travailleurs de la compagnie Price Brothers (1930 à 1960) est une exposition à découvrir sur notre histoire du bois.

Depuis plus de 150 ans, le nom de la famille Price demeure bien ancré dans la mémoire des nos gens. Il était temps que je visite ce musée installé dans la petite chapelle anglicane St. James the Apostle, qui nous rappelle une époque révolue.