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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Les enfants en souffrant de problèmes de santé mentale ont perdu leurs repères et leurs outils sociaux, qui agissaient comme facteurs de protection et de développement.
Les enfants en souffrant de problèmes de santé mentale ont perdu leurs repères et leurs outils sociaux, qui agissaient comme facteurs de protection et de développement.

Le SOS d'un gamin en détresse

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CHRONIQUE / Le gamin a 9 ans. Il souffre d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) doublé d’un trouble du spectre de l’autisme. En contexte de pandémie, il vit des difficultés scolaires. Il a voulu s’enlever la vie le 27 novembre et a frappé son meilleur ami trois jours plus tard, pour une banalité. Ses parents, qui vivent à Alma, l’ont conduit à l’urgence et sont repartis avec un diagnostic de détresse importante à traiter en urgence.

La maman raconte. « Nous aurons des services psychiatriques, il y aura une intervenante dans sa classe et nous avons établi un plan d’intervention. Nous n’avons même pas le temps de recevoir les services mis en place qu’il apprend, à la télévision, qu’il n’y aura pas de Noël. Ça n’a pas passé ; ç’a été la crise de sa vie. Noël, c’est tout ce qui lui restait de normal dans la vie », exprime la maman, à qui j’ai parlé au téléphone après un échange de courriels.

« Il a une grand-maman en fin de vie et il ne pourra pas lui faire un câlin. C’est rendu que dans les CPE, on apprend aux enfants à faire des colleux en serrant les genoux des adultes. Ils sont désemparés. Ils n’ont plus rien à faire. La semaine dernière, il n’y avait pas de neige, mais il est parti se glisser sur le gazon derrière l’école avec son trois-skis. Cet été, j’ai prévenu la police que j’installais des planches dans la rue pour que les jeunes puissent s’amuser à vélo. Un moment donné, la rue était pleine de jeunes et la Ville a décidé d’aménager un circuit dans le stationnement du Centre Mario-Tremblay », raconte la dame, qui en a plein les bras.

« Les jeunes sont en train de capoter. Ce ne sont plus les mêmes jeunes que je vois dans la rue. Ils ont changé de comportement. Je les sens plus agressifs », observe la maman, qui habite sur le chemin de l’école et qui voit défiler des élèves chaque jour devant sa maison.

« C’est la fête des enfants »

« Quand mon fils a appris du premier ministre François Legault qu’il annulait les rassemblements entre le 24 et le 27, il m’a demandé si on pouvait fêter Noël le 22. C’est la fête des enfants. C’est encore plus important que leur propre anniversaire. J’ai fini par le raisonner, mais sa marraine va venir le voir avec sa fille. Je paierai le ticket s’il le faut, mais il ne peut pas rester seul à Noël », confie la maman au bout du fil.

Plus vulnérables que jamais

Dans une étude du Conseil supérieur de l’éducation publiée l’an dernier (Couture, Hugo. 2019. La santé mentale des enfants et des adolescents), on nous apprend que chez les jeunes de 3 à 14 ans, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA ou TDAH) est le trouble le plus fréquemment rapporté (9 %), suivi des problèmes de comportement diagnostiqués (5 %), de l’autisme (1 %), du retard de développement ou d’une déficience physique (4 %). Chez les jeunes de 5 à 19 ans, le trouble anxieux (6,4 %) est le plus fréquent, suivi du TDAH (4,8 %), du trouble de la conduite (4,2 %), du trouble dépressif (3,5 %) et de l’abus de substances (0,8 %).

Ces jeunes qui vivent des difficultés à l’égard de leur santé mentale sont encore plus malmenés dans cette pandémie.

Après neuf mois de COVID-19, ce virus aura fini par toucher tout le monde. Les aînés ont été les premiers, avec un nombre important de décès, des problèmes d’isolement et de manque de soins. Les employés du domaine de la santé sont mis à rude épreuve, les personnes souffrant de problèmes de santé mentale ont perdu leurs repères, les jeunes et les ados sont en souffrance. Le mal-être des jeunes est palpable ; les témoignages sont nombreux.

Selon l’étude, entre 2000 et 2015, la proportion d’enfants de moins de 5 ans ayant reçu un diagnostic de trouble mental a augmenté « de manière significative ». En 2017, au moment d’entrer à l’école, plus du quart des enfants de moins de 5 ans (27,7 %) présentaient une vulnérabilité dans au moins un domaine de leur développement.

À partir de l’âge de 17 mois et jusqu’à celui de 10 ans, 56 % des enfants québécois ont été affectés par un problème de santé mentale perçu à un moment ou à un autre de leur parcours.

Les relations saines avec des camarades de classe et le soutien des amis et des enseignants sont des facteurs importants dans la réussite scolaire et des facteurs de protection pour le développement. À peu près tout ça a pris le bord avec la pandémie...

Dans les prochaines semaines, il y a des enfants qui devront comprendre les problèmes des grands. De nombreuses personnes dans mon entourage ont annulé leurs projets pour Noël et le jour de l’An. Plusieurs parents du Saguenay avaient prévu de visiter leur progéniture à Montréal ou à Québec, ou de les recevoir ici, dans la région, pour le réveillon. Tout ça a été annulé.

Il appartient maintenant aux parents d’expliquer aux enfants ; ils vont comprendre.

N’oublions pas, enfin, qu’il existe des ressources téléphoniques pour ceux qui éprouvent des difficultés.

Si vous ou l’un de vos proches êtes en détresse, une ligne d’intervention téléphonique sans frais est accessible 24 heures sur 24, sept jours sur sept, au 1 866 APPELLE. Une équipe d’intervenants professionnels expérimentés est là pour vous écouter, vous soutenir et vous orienter vers les ressources appropriées.