Fernand Harvey, professeur associé à la Chaire de recherche Fernand Dumont sur la culture, Centre urbanisation, culture et société de l’institut national de la recherche scientifique, croit à la prise en charge par le milieu du patrimoine.

Le patrimoine appartient au milieu

CHRONIQUE / Curieusement, la même journée où l’on démolit la maison Bossé sur la rue Racine à Chicoutimi, le professeur associé à la chaire Fernand Dumont sur la culture, Fernand Harvey, était à l’UQAC pour prononcer une conférence sur la stratégie de mise en valeur du patrimoine régional au Québec.

À la toute fin de la période de questions, il lance la phrase fatidique. « On ne peut pas démolir des bâtiments patrimoniaux pour faire des stationnements ». Voilà c’est dit... mais on le fait pareil.

Le mystère Chicoutimi

L’historien Éric Tremblay était parmi l’assistance lors de cette conférence. Il me confiait, dans le corridor en sortant du local de classe que le mystère patrimonial de Chicoutimi poursuit son oeuvre de démolition. « À Chicoutimi, c’est incroyable de constater tout ce qui a disparu depuis la démolition de la maison Peter Mcleod (sur les rives du Saguenay et de la rivière du Moulin) en 1951. À Chicoutimi on se lève un matin et il y a une maison ancienne qui a disparu pendant la nuit. C’est un mystère que je n’arrive pas à m’expliquer. Même si la maison Bossé n’était pas classée patrimoniale, elle aurait mérité d’être conservée, au moins pour son caractère historique », fait valoir l’historien.

Du bas vers le haut

Le conférencier Fernand Harvey a dressé la petite histoire de la protection et de la mise en valeur du patrimoine en région en excluant Montréal et Québec. Il a parlé des pionniers de 1920 à 1945, l’époque où Mgr Victor Tremblay a fondé la Société historique du Saguenay (1934) et l’arrivée d’une législation sur les monuments historiques (1922) et les années de transition de 1945-1972. « C’est durant cette époque qu’on a vu arriver des initiatives locales qui partaient du bas vers le haut. C’est dans cette période qu’on a commencé à élargir le sens de patrimoine et qu’on a vu plusieurs initiatives d’individus », fait-il remarquer.

Il rappelle également que de 1972 à nos jours, de plus en plus de responsabilités ont été dévolus aux municipalités. « En 1985, les municipalités pouvaient citer des monuments historiques. Toutes les régions n’ont pas le même rythme, mais cette mise en lien avec le milieu a permis notamment la mise en valeur d’un patrimoine industriel et la création de plusieurs musées », explique le spécialiste de l’histoire régionale et locale.

La Pulperie et Val-Jalbert

Le chercheur cite en exemple La Pulperie de Chicoutimi, le village historique de Val-Jalbert et de nombreux musées qui ont été créés. « Je ne crois pas qu’on va créer d’autres musées au Québec. Le défi patrimonial à l’heure actuelle est de trouver ce qu’on va faire avec toutes les églises du Québec. On ne pourra pas toutes les sauver et les préserver. Ce sont les initiatives locales qui vont sceller le sort de ces bâtiments », estime celui qui considère très importantes les pressions du milieu. « Le patrimoine doit être rendu à ceux qui s’y intéressent », a-t-il conclu.

Le message est clair, il faut que ça parte d’en bas pour se rendre en haut. Il faut que le milieu se mobilise pour protéger ce qu’on veut garder. L’architecte Daniel Paiement a déclaré au Quotidien cette semaine que c’est à la population de se mobiliser pour protéger le patrimoine en citant quelques exemples. Le cas d’Arvida est un beau cas de prise en charge par le milieu avec le soutien des dirigeants municipaux.

Inquiétude pour le patrimoine

C’est un peu décourageant de constater tout ce qui est disparu comme bâtiments historiques à Chicoutimi, notamment sur la rue Racine, au cours des années. « Les églises dans les villages sont des repères visuels et symboliques. Il en va de même pour les maisons historiques qui sont des repères dans les villes. Toute une génération de gens a porté la valeur patrimoniale sur ses épaules, ces dernières années. Je formule des inquiétudes pour les prochaines générations. Je ne crois pas que l’intérêt pour les valeurs patrimoniales soit très valorisé dans les écoles. Il ne faudrait pas qu’on se retrouve avec un chaînon manquant pour la protection et l’intérêt pour le patrimoine », a commenté le professeur Fernand Harvey lors de la période de questions.