Le maire sortant Lucien Martel affronte celui qu’il a battu en 2013, Claude Boucher, qui avait été à la tête de la municipalité de 2005 à 2013.

Le nouveau face à l'ancien à L'Anse

CHRONIQUE / Il y a une campagne électorale aussi à L’Anse-Saint-Jean. Les petits villages sont un peu laissés de côté dans ces campagnes municipales partout en province. Je suis allé faire un tour, mercredi, du côté des négligés médiatiques, dans la métropole du Bas-Saguenay, le village du Roi de L’Anse, le village dont le pont couvert figurait au dos des billets de 1000 $.

C’est un maudit beau village, même quand les voiliers sont entreposés sur le quai en marge du fjord et que le gazon recouvre encore les pentes de ski du mont Édouard. C’est mort à L’Anse entre deux saisons. Il n’y a plus de feuilles dans les arbres, personne sur les routes et seulement quelques clients au restaurant L’Est-Anse-Ciel.

C’est mort, en novembre à L’Anse, mais ça reste beau. Le fjord tel un miroir reflétait les flancs de montagnes, la rivière à saumon coulait, agitée dans son lit, et le cimetière de pierres blanches, près de l’édifice municipal, nous rappelle toujours notre rendez-vous final. C’est là, dans son bureau de l’hôtel de ville, que j’ai rencontré Lucien Martel qui a terminé un premier mandat et qui en sollicite un deuxième.

Une montagne et un fjord

La municipalité anjeannoise de 1223 habitants ne se résume pas à une montagne et un fjord, mais ces attraits demeurent les deux principaux axes de développement. « Pour un petit village, nous avons une montagne de ski, un quai avec des bateaux de croisières, une zec de chasse et pêche, une rivière à saumon, une école secondaire, une école primaire, deux médecins, sept restaurants, deux épiceries et deux microbrasseries », détaille le maire qui brigue un deuxième et dernier mandat.

« Le tourisme s’impose comme notre produit intérieur brut. Il n’y aura jamais de grandes entreprises ici et l’industrie du bois n’est plus ce qu’elle était. On ne vise pas à développer un parc industriel, notre principale industrie c’est le tourisme », expose Lucien Martel.

Le maire explique qu’au village, en période estivale, les gîtes, hôtels et condos peuvent héberger 900 touristes par soir. « Il faut s’organiser pour bien recevoir les visiteurs. Au quai l’été, nous devons être en mesure d’accommoder les gens en aménageant des stationnements et en réalisant la promenade des navigateurs jusqu’au camping. Il faut que les infrastructures soient adéquates si on veut que les gens reviennent », dit-il.

L’hiver, la station de ski affiche environ 52 000 visites alors que de 80 à 100 000 visiteurs se pointent en période estivale.

Un village d’étrangers

Lors des quatre dernières années, selon le maire sortant, 64 nouvelles constructions ont été érigées dans la municipalité. « Ça représente 170 000 $ de nouvelles taxes chaque année », fait-il valoir. Le village alpin du Mont-Édouard compte 300 portes, ce qui fait dire au maire que le village anjeannois peut compter plus de 3500 habitants au plus fort de son activité. « On estime que 50 % des propriétaires de L’Anse-Saint-Jean possèdent une deuxième adresse à l’extérieur », soutient Lucien Martel, démontrant ainsi l’importance de l’aspect villégiature et destination vacances du village.

Assainissement des eaux

Un des gros dossiers de L’Anse-Saint-Jean pour le prochain mandat est l’assainissement des eaux. « On a trois réseaux sanitaires au village : celui du Mont-Édouard qui est conforme aux normes ; celui du croisement des routes sur la 170 où toutes les propriétés déversent leurs égouts dans la rivière à saumon et les maisons du village qui déversent dans le Saguenay. Ce n’est pas chic, il faut que ça cesse, on espère que les gouvernements vont nous aider à hauteur de 95 % des coûts, nous n’avons pas les moyens d’assumer une telle facture », souligne Lucien Martel qui affronte l’ancien maire Claude Boucher dans la campagne électorale.

L’ancien et le nouveau

Claude Boucher a été maire de L’Anse-Saint-Jean pendant huit ans de 2005 à 2013. Il a perdu ses élections il y a quatre ans et se présente à nouveau cette année. « En 2013, j’ai perdu mes élections parce que les gens ont opté pour le changement. On ne peut pas grand-chose quand les gens souhaitent du changement, ça arrive après deux mandats à la tête du village », a-t-il commenté alors qu’il me recevait à sa résidence au pied des pentes dans le village alpin.

Évidemment, il a des reproches à faire au maire sortant et à sa façon de diriger la ville, mais veut lui aussi procéder à l’assainissement des eaux et développer la promenade des navigateurs, des dossiers qu’il a initiés lors de ses deux mandats.

Claude Boucher diverge d’opinion avec le maire sortant concernant le développement du Mont-Édouard. « C’est bien beau d’investir 2,5 millions $ dans la montagne pour faire homologuer des pistes pour des compétitions nationales, mais ce qu’il faut dans la montagne, c’est élargir les pistes, développer deux pistes de plus pour les skieurs de tous les jours et surtout investir dans un télésiège débrayable et dans le développement résidentiel. Des canons à neige c’est bien, mais entre nous, ce n’est pas la neige qui manque ici », commente celui qui voudrait faire un dernier mandat pour préparer la relève et faire de la place aux jeunes dans l’administration municipale.

Claude Boucher est resté amer de sa défaite de 2013, mais l’ancien professeur de mathématiques à l’UQAC philosophe un peut avant les élections de dimanche. « J’ai dit à mon fils: ‘‘si je gagne, je vais fêter ça, et si je perds, je vais fêter ça aussi’’, comme ça, ça me laissera plus de temps pour m’occuper de mes affaires et de ma collection de timbres », a laissé tomber le philatéliste qui possède une collection impressionnante.