L’artiste verrier de La Baie, Giuseppe Benedetto, contribue à la vie touristique et culturelle du Saguenay-Lac-Saint-Jean avec ses créations aux couleurs de son environnement et la gestion de l’économusée.

Le lien entre tourisme et culture

CHRONIQUE / Ça prenait juste un Italien pour ouvrir un atelier de verre soufflé à La Baie, un endroit couru par les touristes et les amateurs d’art. L’artiste verrier de l’économusée Touverre à La Baie, Giuseppe Benedetto, avait 16 ans quand il a quitté la Sicile pour rejoindre son père au Québec.

« Mon père a travaillé à la construction des barrages Manic I et Manic II. Je suis arrivé à Hauterive, Baie-Comeau aujourd’hui, avec ma mère, mon frère, ma soeur, et je ne parlais pas français. J’ai tout de suite trouvé un travail comme aide-cuisinier dans un restaurant. Le propriétaire voulait bien me garder à son emploi, mais j’avais d’autres ambitions. Je voulais travailler dans le domaine des arts », se rappelle le sculpteur de verre, que j’ai rencontré dans son atelier, lundi matin.

Enseigner l’art pour vivre
« Je me suis fait connaître à Hauterive dans mes études secondaires. J’avais fait le Lycée artistique en Italie et je me suis impliqué dans le milieu des arts », souligne celui qui a poursuivi ses études au Cégep de Jonquière, avant de s’inscrire à l’UQAC au programme d’enseignement des arts.

« Je voulais devenir artiste, mais je ne voulais pas les problèmes monétaires qui viennent souvent avec le statut d’artiste. Avec l’enseignement, je m’assurais d’un revenu pour élever ma famille, et ça me permettait d’oeuvrer dans le domaine des arts », explique celui qui ne connaissait rien du verre à la fin de son baccalauréat en 1976.

« À cette époque, il y avait du travail pour un enseignant en art. J’ai enseigné un an à la Polyvalente de La Baie avant de partir un an à Baie-Comeau pour lancer le programme d’enseignement des arts sur la Côte-Nord. J’étais connu dans le coin, et mes parents demeuraient toujours à Baie-Comeau, mais je voulais revenir à La Baie, un endroit merveilleux. Quand j’ai vu la baie des Ha ! Ha ! dans le stationnement de la polyvalente, j’ai dit : ‘‘C’est ici que je veux vivre.’’ », lance celui qui a grandi au pied de l’Etna, ce célèbre volcan italien.

Une vie à créer
C’est grâce à ses 33 années d’enseignement de l’art à la Polyvalente de La Baie que Giuseppe Benedetto a pu vivre la vie d’artiste dont il rêvait.

« Je suis un créateur au départ et j’ai passé ma carrière à créer avec mes élèves. Que ce soit la céramique, la sculpture, l’émail sur cuivre, la peinture, la sculpture, la poterie, peu importe, je ne faisais pas que l’enseigner, je pratiquais en même temps que les élèves. Je m’investissais à fond dans chaque projet, ce qui m’a permis de travailler avec toutes sortes de matériaux et différentes techniques de création », relate le professeur, qui a adoré cette profession.

« Quand je faisais des morceaux de verre, j’avais de la difficulté à travailler ce matériau. J’ai suivi un cours à l’Espace verre à Montréal et je les ai regardés travailler. Ce n’est qu’à la fin de ma maîtrise en art à l’UQAC, en 1994, que je me suis acheté un four pour fondre le verre », raconte celui qu’on connaît comme le souffleur de verre du Saguenay.

Giuseppe Benedetto enseignait de jour et sculptait le verre le soir et les fins de semaine. « J’ai travaillé fort pour monter cet économusée. J’ai commencé dans un garage sur le boulevard Grande-Baie. Mes collègues du monde artistique disaient que j’étais malade d’ouvrir un atelier de soufflage de verre ici. J’ai mis des années à maîtriser cet art », fait valoir cet immigrant italien, qui s’est impliqué dans le monde des arts du Saguenay-Lac-Saint-Jean tout au cours de sa carrière.

Aux couleurs de son environnement
Le sculpteur de verre a adapté sa production artistique aux réalités de son environnement. Pour le grand plaisir des touristes et croisiéristes qui visitent son économusée, les animaux qui vivent dans les habitats du fjord du Saguenay se retrouvent sous différentes formes de verre.

Les baleines et bélugas, les oies blanches, les sébastes et même les anémones de mer font partie de sa collection, en plus des ses créations artistiques.

L’artiste a encore plusieurs projets en tête. Dans le cadre de Saguenay capitale culturelle du Canada, en 2010, il a réalisé un projet pour ériger une Route maritime sur terre, soit l’érection de sept sculptures comme lien culturel entre le quai de croisière et le Musée du fjord, à La Baie, sous la thématique des monstres marins. « J’aimerais bien trouver le temps pour monter un projet et combler les espaces vides entre ces sculptures pour permettre à d’autres artistes de se réaliser », espère celui qui devrait recevoir une cinquantaine d’autobus de croisiéristes cet été et cet automne.

L’atelier Touverre fait partie des quelques attractions touristiques de propriété privée dans la région.

Giuseppe Benedetto se distingue pour laisser sa marque à la fois dans l’industrie touristique et culturelle de la région.