Serge Leblanc a lancé son livre Par-delà la paralysie cérébrale. L’homme ébranle les préjugés dans cet ouvrage.

Le «last call» de Serge Leblanc

CHRONIQUE / Serge Leblanc est un être d’exception. Les personnes de plus de 50 ans du Saguenay–Lac-Saint-Jean l’ont connu et côtoyé pendant 20 ans à titre de directeur de l’Association régionale de la paralysie cérébrale. Il vient de lancer un livre autobiographique, Serge Leblanc, par-delà la paralysie cérébrale, publié chez M Éditeur avec une préface signée par Yvon Deschamps.

L’auteur se raconte à travers ces pages et passe encore des messages pour encore une fois provoquer une réflexion et influencer les perceptions des gens face à ceux qui vivent avec un handicap, ainsi que guider ceux qui vivent avec une déficience quelconque pour les aider à s’intégrer davantage dans la communauté.

Écrire pour provoquer

«J’ai voulu écrire ce livre pour provoquer. Je l’ai fait toute ma vie, mais là c’est mon «last call». C’est mon dernier effort pour ébranler les préjuger», a-t-il confié à l’aube de ses 65 ans lors d’une entrevue téléphonique. «Il y a énormément de différence entre ce que les gens disent et ce qu’ils font dans la vie. Si tu demandes aux gens dans un sondage s’ils sont pour l’égalité des personnes handicapées au travail, ils vont répondre oui à 95 %, mais la réalité est très différente», fait valoir celui qui a toujours voulu qu’on considère les personnes avant leur handicap.

Je me souviens de lui quand il entrait dans la salle de rédaction du journal pour défendre ses positions et sensibiliser les journalistes que nous étions sur la perception vis-à-vis des personnes handicapées. Il entrait, toujours bien vêtu, souriant avec sa démarche désarticulée et son élocution plombée par son handicap. Malgré le mouvement de ses yeux et de ses membres crispés, il a réussi à nous faire voir l’homme. Son handicap ne nous empêchait pas de discuter avec lui et il réussissait à avoir l’écoute des gens.

Évolution du vocabulaire

C’est lui qui nous a appris à écrire une personne handicapée au lieu d’un handicapé dans les pages de notre journal. Mon collègue Normand Boivin se rappelle encore le moment où Serge Leblanc lui a demandé de ne plus écrire qu’il souffrait de paralysie cérébrale. «Je ne souffre pas, ahhhhhhh ahhhhhhh, ça ne me fait pas mal, je n’ai pas de douleur, c’est mon état», lui avait-il dit. Ç’a été la dernière fois que Normand a écrit le mot handicapé sans le précéder du mot personne.

À ce sujet, Serge Leblanc, qui n’a pas perdu son franc-parler, n’hésite pas à dire que les mentalités n’ont pas beaucoup évolué. «Oui on a un peu évolué, le vocabulaire surtout. On ne dit plus des infirmes ou des invalides ou des handicapés, on parle plutôt de personnes à mobilité réduite ou de personnes en situation de handicap», balance-t-il en se moquant. «Le vocabulaire a beaucoup évolué, mais pas les mentalités. Le pire, c’est de penser qu’on n’a pas de préjugés», tranche celui qui a donné plusieurs conférences sur le sujet.

Mettre les gens à l’aise

«J’ai passé ma vie à essayer de mettre les gens à l’aise face aux personnes handicapées. Je ne voulais pas passer ma vie à parler de paralysie cérébrale, c’est juste une tête normale dans un corps pas normal. Le matin, quand je me lève, je ne pense pas à la paralysie cérébrale», blague celui qui a été à la tête des 18 téléthons de la paralysie cérébrale et qui a multiplié les entrevues médiatiques.

Les passages les plus savoureux de son livre sont d’ailleurs quand il parle de ses relations d’amitié, du plaisir qu’il a eu à côtoyer des gens qui vivaient des moments avec lui et quand il ne parlait pas de paralysie cérébrale. Dès son jeune âge, il aimait pratiquer des activités physiques. «Quand je tombais, il m’arrivait de pleurer, mais je riais en même temps parce que le plaisir éprouvé surpassait ma douleur», écrit-il dans un passage sur son enfance.

Il avait six ans quand sa mère est décédée (en 1960), laissant aussi dans le deuil son père et ses trois soeurs. Il aborde ce chapitre avec une phrase du poète anglais John Petit-Senn: «La mort d’une mère est le premier chagrin qu’on pleure sans elle».

Un homme extrêmement heureux

Au cours de l’entrevue, il confie qu’il a extrêmement apprécié les vingt années qu’il a vécues à Chicoutimi. «J’étais le gars le plus heureux, ça n’a pas de bons sens. Les gens de la région ont toujours vu la personne avant mon handicap, ils ont réussi à passer par-dessus mon état de paralysie cérébrale et on pouvait avoir des discussions sur toutes sortes de sujets en dehors de mon travail», se rappelle-t-il.

L’homme originaire de Montréal vit dans la métropole depuis 1994 et est à la retraite depuis le mois de juin 2018. «J’ai passé les quatre dernières années à écrire ce livre. Je vais passer les prochains mois à en parler et après, je vais me reposer», dit-il, précisant qu’il viendrait faire un lancement à Chicoutimi dans quelques semaines.

S’il a un seul regret, c’est de ne pas avoir terminé son baccalauréat en travail social à l’UQAC. «Je passais beaucoup de temps à l’extérieur et je manquais souvent des cours. Mais je me suis quand même bien débrouillé», dit humblement celui qui a été reconnu comme personnalité de l’année 1980 au Saguenay–Lac-Saint-Jean.